Dimanche 11 août 2019

19ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de la Sagesse (Sg 18, 6-9) – Psaume (Ps 32 (33), 1.12, 18-19,20.22) – 2ème lecture : Lecture de la lettre aux Hébreux (He 11, 1-2.8-19) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 12, 32-48)]

L’Évangile de ce jour, pourrait constituer une invitation à parler de la vigilance. Pourtant, je ne sais pas si je souhaite parler de la vigilance.

En effet, pour parler de la vigilance, il faut désirer attendre quelque chose, et je me demande si nous, catholiques du XXIe siècle, nous attendons quelque chose ? En effet, nous sommes prévoyants, qu’il s’agisse des diocèses, de la Conférence épiscopale, des paroisses, des mouvements ou même des centres de méditation, nous prévoyons, depuis un certain temps, les dates des rencontres de l’année prochaine, les dates des sessions, les dates des événements importants. Tout est bien balisé. Le calendrier liturgique lui-même est balisé et nous savons exactement à quel moment nous fêterons Pâques, à quel moment commencera le Carême ou l’Avent. Mais, est-ce que nous attendons ? Est-ce que nous attendons avec impatience la venue du Fils de l’Homme ? « Bien sûr, » me direz-vous, « j’attends cette venue lorsque je serai mort, à ce moment-là, oui, je serai face à face avec Dieu. » Et nous espérons tous, bien entendu, aller plutôt du côté du ciel que du côté des enfers, afin de faire la rencontre avec Dieu Lui-même.

Pourtant, la vie quotidienne nous invite à penser que nous sommes immortels, et de ce fait même, cette rencontre, nous ne la préparons pas. La mort viendra bien assez tôt ! Ne prévoyons rien. Pourtant, nous savons tous et toutes que nombre de nos contemporains connaissent une mort brutale, que nos familles sont frappées par des décès brutaux qui nous laissent comme abasourdis, comme sidérés, car ni la personne, ni nous-mêmes, n’étions prêts à cet ultime moment auquel, pourtant tous, un jour, nous serons confrontés. Nous sommes un peu comme cette pièce de Ionesco : « Le Roi se meurt ». Le roi a peur de mourir, et quelqu’un lui dit : « Mais, si tu avais pensé à la mort, ne serait-ce qu’une fois par jour durant toute ta vie, tu n’aurais pas aussi peur. Elle ferait partie de ton existence. ». D’ailleurs, les pères du désert, que j’affectionne comme vous le savez, ont l’habitude de dire que la paix intérieure est tout à la fois le fruit de la prière et de la contemplation de la mort. Mais notre société, et parfois même notre Église, évacuent la mort. Dès la célébration des obsèques, nous parlons de la résurrection. Certes, c’est vrai, mais il faut prendre en compte le Vendredi Saint avant de passer au Samedi Saint.

Mais, ce n’est pas de cela que j’aimerai vous parler. Pour être vigilant, il faut attendre, comme ces serviteurs, le retour impromptu du maître de la maison. Le Christ nous l’a dit. Le Christ nous l’annonce ici même : « C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’Homme viendra ». Il peut surgir maintenant, à tout moment, dans cette église, en plein milieu de la messe, avant la messe, après la messe, aujourd’hui ! Est-ce que nous attendons cela avec impatience ? Ou, est-ce que nous avons peur de cela ? Je crains que, malheureusement, souvent, ce soit la deuxième réponse. Pourtant, quand nous disons le Notre Père : « Que ton Règne vienne », est-ce une clause de style ou un cri vers le Seigneur ? Oui, que Ton Règne vienne maintenant parce que ce monde est trop injuste, parce que, dans ce monde, il y a trop de mal et de malheur, parce que, dans ce monde, trop de gens souffrent et meurent injustement. Alors, nous attendons, nous crions à Dieu : « Reviens. Viens établir ton Règne ». Cela devrait être notre supplique, dès le lever du soleil : « Que Ton Règne vienne aujourd’hui, un règne de justice et de paix. ». Mais les films, la culture ambiante ont fait de l’Apocalypse une fin du monde et nous en avons peur.

L’Apocalypse, c’est la fin d’un monde, mais le dévoilement d’un monde nouveau. Un monde où ce sera Notre Seigneur qui régnera, où il n’y aura plus d’attentats, plus de guerres, plus de violences, plus de haine, où les êtres humains, enfin, y compris dans les communautés chrétiennes, ce qui n’est pas peu dire, seront capables de vivre ensemble, d’accepter l’autre, de l’aimer tel qu’il est. Nous le savons, nous en sommes encore loin !

C’est pourquoi cet Évangile d’aujourd’hui ne doit pas rester lettre morte. Quand le Christ reviendra, nous vivrons pleinement, nous serons libérés et comme le dit Maurice Zundel : « Nous serons libérés de nous-mêmes ». Oui, parce que, parfois, notre ego nous torture, nos passions nous emprisonnent. Après sa venue, nous serons vraiment libres. Notre nature, à la fois humaine et divine, sera pleinement révélée. Enfin, nous serons des êtres à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Cet Évangile porte pour moi tout à la fois une espérance infinie, mais il est aussi source d’une petite inquiétude au fond de mon cœur : je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais je reconnais humblement que je ne suis pas toujours prêt à accueillir le Christ. Mon cœur parfois est un petit peu alourdi par un certain nombre de choses. Après m’être mis en colère ou avoir exprimé de l’impatience ou après avoir jugé quelqu’un, je me dis : « Ouf, heureusement Jésus n’est pas revenu au moment où j’étais en colère ! Jésus n’est pas revenu au moment où je jugeais l’autre, où je le critiquais ! Dieu n’aurait pas été content de cela. »

Penser qu’Il peut revenir à chaque instant, constitue pour nous, oserai-je dire, un challenge. Cela nous invite à avoir le cœur pur à tout instant, à avoir sur tout être humain un regard d’amour, à voir en l’autre ce qu’il y a de plus beau : l’image de Dieu, à être des artisans de paix et non pas de discorde, à avoir toujours la bonne parole, parce que, si nous pensons que Dieu reviendra bien plus tard, alors nous nous disons parfois, de manière tout à fait consciente : « Allez, je pèche mais j’irai me confesser, comme cela je serai pardonné et je pourrai recommencer ». Non, Il peut venir à tout moment.

Pour terminer, dans le secret de nos cœurs, demandons au Seigneur d’établir son règne dans celui-ci. J’aime cette prière de Dimitri de Rostov qui disait : « Ouvrez-vous, portes et verrous de mon cœur, afin que le Christ, le Roi de Gloire, puisse entrer ».

J’aimerais que cette prière soit mienne à tout instant et ne jamais l’oublier.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 4 août 2019

18ème dimanche du Temps Ordinaire

La vie chrétienne est naissance

[1ère lecture : Lecture du livre de Qohèleth (Qo 1, 2 ; 2, 21-23) – Psaume (Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens (Col 3, 1-5.9-11) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 12, 13-21)]

Comme d’habitude, la Providence est là, et, aujourd’hui, comme un clin d’œil, elle éclaire par les textes de la liturgie, la fête du Curé d’Ars d’une manière toute particulière. Un prêtre n’est pas un produit fini le jour de son ordination ; c’est un être en devenir mais, finalement, comme chacun d’entre-nous, comme chaque baptisé. La vie chrétienne, qu’elle soit courte ou longue, est une naissance. Nous avons sans cesse à naître à nous-mêmes, à Dieu. Le problème, et l’Antienne de l’Évangile chantée par les sœurs le disait très bien, c’est que nous manquons de vigilance. Manquer de vigilance, c’est, finalement, par exemple, dire tout ce qui nous passe par la tête, ou bien, ne pas chercher de manière rigoureuse à conformer nos pensées, nos paroles et nos actes. C’est un exercice difficile, et les pères du désert appelaient cela : l’art des arts, la science des sciences. Or, aujourd’hui, finalement, vivre en chrétien apparaît peu exigeant.

J’ai été frappé la semaine dernière, alors que j’animai une retraite spirituelle, ici même, de voir que les personnes étaient toutes étonnées que la vie spirituelle soit exigeante. Nous avons plongé dans des textes anciens pour découvrir comment les vivre aujourd’hui et comment ils pouvaient transformer notre quotidien. Nous avons lu l’Évangile, nous l’avons écouté, nous avons célébré l’Eucharistie, et certains, en fin de semaine, m’ont dit, comme catastrophés : « Je suis fatigué ! Cette semaine m’a fatigué ». On dirait que la vie spirituelle, est devenue désormais un un moment de détente, de loisir. C’est surprenant, et je l’ai déjà dit et je le répète : nous passons des années à l’école à apprendre un tas de choses utiles ou inutiles, peu importe. Ensuite, il nous faut des années pour acquérir un savoir professionnel et nous nous y investissons à fond. Alors que la vie spirituelle occupe, finalement, notre temps libre ou nos vacances. Les textes de ce jour, comme un clin d’œil, nous rappellent la primauté de la vie spirituelle dans notre quotidien, et elle me pose, cette liturgie d’aujourd’hui, comme j’espère qu’elle vous posera, un certain nombre de questions.

La première chose, c’est de remettre les choses à leur place. Qu’est-ce qui sera le plus important le jour de notre enterrement, qu’on dise de nous : « C’est formidable ! Il a accumulé une grande richesse. Ses héritiers vont être ravis ! Ils ont des maisons, des biens, de l’or, un bon compte en banque. C’est merveilleux » ? Ou bien, qu’on dise de la personne, comme je l’ai entendu récemment lors d’un enterrement : « C’était une belle personne. C’était un être lumineux qui savait à tout moment trouver la parole qui éclairait comme un soleil ceux et celles qui étaient dans la tristesse » ? Les larmes, alors, seront de la tristesse de ne plus avoir en vis à vis cette personne et non pas les larmes de joie à la perspective de se retrouver chez le notaire…

Malheureusement, notre âme est malade. Il nous faut guérir notre âme, et la vie spirituelle, c’est aussi cela. Saint Paul nous dit dans la Lettre : « Faites mourir en vous la débauche, l’impureté, la passion mauvaise, les désirs mauvais, cette soif de posséder ». Saint Paul ne fait pas la morale, ni la psychologie de gare, il nous rappelle l’essentiel : nous sommes des êtres créés à l’image de Dieu, mais nous sommes tombés malades parce que nous ne sommes pas toujours dans l’axe avec Dieu. Dès lors, nous sommes atteints d’un tas de maladies. Il faut guérir de ces maladies.

Mais alors, me direz-vous, comment guérir ? En unissant deux choses : l’effort et la grâce. D’abord, il nous faut faire un diagnostique : « Oui, je suis malade : je suis coléreux, je suis orgueilleux, je trouve que tous les gens sont nuls, à part moi, je critique constamment ceux et celles qui m’entourent, le monde et sa marche ». Ensuite, il nous faut désirer guérir : « Je désire avoir un cœur pur. Je désire avoir la parole lumineuse. Je désire être un passeur de lumière ». Alors, il faut demander à Dieu la guérison parce que seul Lui guérit. Quand des pères du désert arrivaient à se débarrasser de ce que saint Paul nous désigne comme les impuretés, la passion, les désirs mauvais, la débauche ou autres, ils glorifiaient Dieu dans leur cœur en disant « Dieu agit en moi » ; et c’est pour cela que je trouve aujourd’hui, comme un clin d’œil merveilleux, cette fête du saint Curé d’Ars. Si le Curé d’Ars était une lumière spirituelle, intellectuellement, ce n’était pas sa réputation : il n’était pas docteur en théologie… C’était un homme tout simple qui avait failli ne pas être prêtre. Pourquoi ? Il ne parlait pas assez bien le latin, ne comprenait pas la théologie. Il était renvoyé de tous les séminaires, mais il persévérait. Finalement, il a été ordonné et, très vite, les gens, le peuple chrétien a vu dans cette homme tout simple la lumière de Dieu. Ils ont vu dans ses yeux cette intensité ardente de l’amour de Dieu. Ils ont entendu de ses paroles, et ils ont perçu en lui quelque chose d’extraordinaire. Alors que son évêque, certainement très intelligent et diplômé de théologie, l’avait nommé dans un « trou » pour qu’il ne « sévisse » pas et ne fasse pas de mal aux âmes, les gens se déplaçaient de partout, en foule, pour venir le voir.

Je vais vous lire quelques lignes du Curé d’Ars qui nous rappelle l’essentiel : « Si nous voulons avoir un cœur pur, si nous voulons naître à la vie de Dieu, il faut prier, prier sans cesse. » Et c’est pourquoi, la vie spirituelle n’est pas seulement ce qui doit occuper notre temps libre ou nos vacances. Nous devons prier jour et nuit. Et quand nous ne prions pas la nuit, pensons que dans le monde, d’autres chrétiens à ce moment-là prient pour nous, et qu’il y a une communion des saints et que nous sommes responsables. Ainsi, vous voulez des prêtres exemplaires, et vous avez raison, vous voulez des prêtres lumineux, et vous avez raison, vous voulez des prêtres qui ne chutent jamais, et vous avez raison. Priez pour eux, parce que si vous ne priez pas pour eux, ils ne deviendront pas des saints. Et nous avons besoin de vos prières et de vos larmes dans cette prière. Nous avons besoin de votre cri vers Dieu, parce que sans cela, nous n’avancerons pas. La prière, c’est l’essence de notre moteur. La prière, c’est l’air que nous respirons. La prière, c’est la lumière dont nous avons besoin, et sans prière, notre vie devient obscure.

Le Curé d’Ars le dit bien mieux que moi. Je lui laisse maintenant la parole :
« Voyez, mes enfants : le trésor d’un chrétien n’est pas sur la terre, il est dans le ciel. Eh bien ! Notre pensée doit aller où est notre trésor.
L’homme a une belle fonction, celle de prier et d’aimer. Vous priez, vous aimez : voilà le bonheur de l’homme sur la terre !
La prière n’est autre chose qu’une union avec Dieu. Quand on a le cœur pur et uni à Dieu, on sent en soi un baume, une douceur qui enivre, une lumière qui éblouit. Dans cette union intime, Dieu et l’âme sont comme deux morceaux de cire fondus ensemble ; on ne peut plus les séparer. C’est une chose bien belle que cette union de Dieu avec sa petite créature. C’est un bonheur qu’on ne peut comprendre.
Mes enfants, vous avez un petit cœur, mais la prière l’élargit et le rend capable d’aimer Dieu. La prière est un avant-goût du ciel, un écoulement du paradis. Elle ne nous laisse jamais sans douceur. C’est un miel qui descend dans l’âme et adoucit tout. Les peines se fondent devant une prière bien faite, comme la neige devant le soleil.
On en voit qui se perdent dans la prière comme le poisson dans l’eau, parce qu’ils sont tout au bon Dieu. Dans leur cœur, il n’y a pas d’entre-deux. Oh ! Que j’aime ces âmes généreuses !

Puissions-nous, les uns et les autres, devenir ces âmes généreuses.

Amen

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 28 juillet 2019

17ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 18, 20-32) – Psaume (Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 6-7ab, 7c-8) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens (Col 2, 12-1) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 11, 1-13)]

Après un nouvel épisode caniculaire qui a frappé une grande partie de l’Europe et de nombreux pays dans le monde, épisode aux origines « inconnues », nous respirons. De plus, aujourd’hui, après quelques gouttes de pluie qui ont rafraîchi la nature et nos esprits, il fait beau. Tout est là pour éprouver un sentiment de joie, voire de légèreté.

Pourtant, et je ne vous le cacherai pas, aujourd’hui dans mon cœur, il y a un mélange de tristesse, de colère, un brin de désespérance et, en même temps, un soleil qui se lève. Cet état intérieur n’est pas dû aux rebondissements dignes d’un roman de gare qui frappent actuellement les différents ossuaires du Vatican où les découvertes se succèdent. Il est dû aux déclarations intempestives d’un des plus grands dirigeants de la planète, chrétien, élu démocratiquement. Ce dirigeant, s’en prenant à des élus de sa nation et à certains états, a parlé d’infestation. A travers cela, il voulait parler de la présence de Noirs et de Sud-américains dans ces états.

Certes, ce pays est éloigné, mais nous savons qu’au sein même de l’Europe, actuellement, certains dirigeants tiennent les mêmes discours. Ça y est, j’entends l’esprit de certains d’entre-vous qui pense : « Le père Gourrier fait de la politique. Qu’il nous parle de l’Évangile ! ». C’est une tendance rapide que nous avons dans l’Église : quand des chrétiens se déclarent contre l’avortement, on dit qu’ils sont traditionalistes, voire intégristes, quand des chrétiens s’intéressent au social, on dit qu’ils font de la politique et qu’ils sont « rouges ». Non, mon discours se fonde sur la Bible. Dès le premier chapitre de la Bible, il est dit que Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance et non pas seulement ceux qui sont blancs ou de type arien. Tout homme sur cette terre est créé à l’image de Dieu, appelé à la ressemblance et, tout au long de la Bible, il est dit que l’homme est le sommet de la création, qu’il est aimé de Dieu.

Dieu, tout au long de l’Évangile, par le Christ son fils, vrai Dieu, vrai Homme, nous donne le commandement d’aimer. D’aimer profondément. Il nous demande, comme le disent les psaumes, d’accueillir la veuve, l’étranger, l’orphelin. Discours difficile à tenir dans une société en crise. Mais les chrétiens sont-ils chargés de penser comme tout le monde ? Sûrement pas. Alors oui, en voyant ces déclarations et les réactions qu’elles ont suscitées, j’ai pleuré. Oui, j’ai pleuré car je me suis dit : « Mais, avec la violence de tels propos, la guerre n’est plus très loin ! ». Opposer les hommes les uns contre les autres quand on dirige une nation à la puissance nucléaire, n’est-ce pas jouer avec le feu.

Alors, sommes-nous impuissants ? Ici, nous, petite communauté de moniales, de chrétiens, certains de passage durant l’été, sommes-nous impuissants ? Sûrement pas. Aujourd’hui plus que jamais, je ressens cette célébration comme un appel profond, à vivre la messe avec le cœur. A vivre la messe intensément. A vivre chaque instant comme un cri.

Tout à l’heure, à la fin de l’Oraison, vous répondrez d’une seule voix : « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». C’est là tout le sens de notre présence ici. Nous sommes aujourd’hui en mission, comme tous les dimanches, comme à chaque célébration. Nous sommes ici pour célébrer la gloire de Dieu, ce Dieu Créateur qui a créé le monde et tous les êtres qui s’y trouvent, par amour. Mais, nous sommes ici aussi pour le salut du monde, ne l’oublions jamais.

La participation des chrétiens à la célébration, ce n’est pas seulement : faire les annonces ou la procession d’offrande. Cela, ce sont des gestes visibles. La participation de chacun d’entre-nous à la messe, c’est la prière pour le salut du monde. Et les textes d’aujourd’hui sont un rappel : « Demandez, on vous donnera. Cherchez, vous trouverez. Frappez, on vous ouvrira. ». Dans ces trois courtes phrases, se trouvent réunis à la fois l’effort de l’homme qui demande, qui cherche, qui frappe, et la grâce de Dieu qui se donne, qui se trouve, qui s’ouvre. Effort et grâce sont les deux ailes de notre vie spirituelle. Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons à prier Dieu, à le supplier de sauver le monde, d’envoyer son esprit comme Il nous le dit, comme Il nous le promet, pour que cet Esprit éclaire tous les hommes. Les baptisés, mais aussi les membres de toutes les religions, car l’Esprit Saint, par ses rayons, brille aussi ailleurs comme le déclare le Concile Vatican II. Cet Esprit peut sauver le monde si nous supplions Dieu de sauver le monde.

C’est la vocation des sœurs, qui, tout au long du jour, à des moments réguliers, prient Dieu de sauver le monde. Nous retrouvons là l’esprit de la Première lecture qui nous donne une indication : le monde va mal. Oui, le monde va mal. Comme le disait Nicéphore le Solitaire au VIe, les hommes sont devenus fous, ils prennent le bien pour le mal et le mal pour le bien. Mais, s’il y a dix justes, Dieu sauvera le monde, et nous, chrétiens, sommes chargés d’être ces justes, non pas une heure par semaine ou à chaque célébration, mais à tout instant de notre vie. Tous les jours, à chaque heure, nous devrions comme les cloches sonner vers le ciel et dire à Dieu : « Sauve le monde ! Envoie ton Esprit. ». Que le cœur des hommes souffre, que ce vivre ensemble dont on parle tant dans notre société, dans l’Europe ou dans le monde, ne soit pas un concept mais une réalité. Alors, le Psaume 137 nous éclaire à son tour: « De tout cœur, je te rends grâce, Seigneur. Tu as entendu les paroles de notre bouche. Tu fais grandir en mon âme la force ». Dès lors, tristesse, colère ou désespérance n’ont pas leur place dans notre cœur parce que nous savons que Dieu a déjà sauvé le monde.

Ce que j’ai entendu hier, ce que j’ai vu et qui a fait jaillir de mon cœur les larmes, ne doit pas nous inviter à être soumis mais, au contraire, debout, à être des chrétiens convaincus, des chrétiens brûlants. Annoncer l’Évangile sans amour, c’est être une cymbale qui retentit. Annoncer l’Évangile, la vérité de Dieu, avec amour, alors, c’est être de vrais disciples du Christ.

Cela peut commencer maintenant, dès aujourd’hui. Cela dépend de notre prière.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 21 juillet 2019

16ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 18, 1-10a) – Psaume (Ps 14 (15), 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens (Col 1, 24-28) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 10, 38-42)]

Certains d’entre-vous m’ont carrément dit que je les agaçais lorsque j’en parlais. D’autres, sans me le dire, par des soupirs ou des regards, me l’ont fait comprendre. En ce qui me concerne, je suis un peu comme un fumeur qui, tout en continuant de fumer, annonce qu’il va arrêter, avec le secret espoir que cela arrivera un jour. Mais, de quoi parlons-nous ? De la sainteté.

Encore une fois, parlons de la sainteté, car une vie chrétienne sans désir de sainteté, sans désir de transformation, est une vie tiède et médiocre. Dieu souhaite que nous soyons des ardents. Pour nous aider sur ce chemin de la sainteté, Dieu déroule devant nous un véritable tapis rouge. Le Christ, tout d’abord, Il est l’homme parfait, le modèle, Celui que nous devons, comme le dit saint Paul, imiter afin de devenir comme Lui.

Par le baptême, Dieu nous donne l’Esprit-Saint qui nous mène à la perfection. Vous le voyez, tout est fait pour que nous devenions des saints. Mais, en plus, l’Église nous propose régulièrement des modèles de sainteté. Ainsi, aujourd’hui, nos frères Libanais sont en fête. En effet, ils fêtent aujourd’hui celui qui, à leurs yeux, est l’un des plus grands saints du Liban : saint Charbel Makhlouf. Saint Charbel est si important que l’on trouve son portrait dans la basilique souterraine de Lourdes. Il a vécu au XIXe siècle. Prêtre et moine, il devint au bout d’un certain temps ermite. L’érémitisme, une vocation qui nous paraît désuète, et pourtant le code droit canon de 1983 a remis en avant cette vocation instituant la vocation de prêtres diocésains ermites. Des prêtres diocésains qui, un jour, deux jours, trois jours ou toute la semaine, vivent seuls, non pas repliés sur eux-mêmes, mais dans le silence à l’écoute de Dieu.

L’Évangile de ce jour nous montre un chemin privilégié : entre Marthe et Marie, le Christ n’hésite pas, celle qui a choisi la meilleure part, c’est Marie, car elle est aux pieds du Seigneur en silence et elle prie. Dans ce débat qui secoue l’Église régulièrement et qui semble opposer prière et action, la prière est fondamentale. Nos sœurs, ici même, nous rappellent la devise de saint Benoît : « Ora et labora », « prie et travaille », et non « Labora et ora », « travaille et prie ». La prière est le fondement de la vie chrétienne. La prière est la voie royale vers la sainteté. La prière, c’est ce cœur à cœur avec Dieu où l’on entend réellement sa voix. La prière, c’est ce moment où l’on peut méditer la Parole de Dieu. Aujourd’hui, les textes sont riches. Ainsi, je vous invite à reprendre le psaume 14 qui, à lui-même, est un véritable programme de sainteté : ne pas faire de tort à son frère, ne pas outrager son prochain, mettre un frein à sa langue, prêter son argent sans intérêt, ne rien faire qui nuise à l’innocent. Saint Paul, dans sa lettre, donne un sens à la souffrance. Cette souffrance que nous traversons, car personne n’y échappe, « lui permet », dit-il, « de continuer à accomplir dans sa chair les épreuves du Christ ». Oui, la sainteté est un chemin exaltant, et les saints qui nous sont proposés tous les jours, tout au long de l’année, sont pour nous des modèles

Alors, aujourd’hui, permettez-moi de vous livrer, comme un cadeau, ces quelques paroles de saint Charbel Makhlouf. Je les ai découvertes cette semaine en reprenant un ouvrage qui lui est consacré. Ces paroles sont pour chacun d’entre-nous un chemin. Prenez le temps, si vous le souhaitez de fermer les yeux et « d’ouvrir les oreilles de votre cœur ».

Voilà ce que nous dit saint Charbel :

Votre voyage dans ce monde est un cheminement vers la sainteté. Tous les humains sont dotés de deux oreilles pour entendre, mais peu nombreux sont ceux qui entendent. Parmi ceux qui entendent, peu nombreux sont ceux qui comprennent. Aussi, parmi ceux qui entendent et comprennent, très peu sont ceux qui vivent en conformité avec ce qu’ils ont compris. Écoutez, comprenez et témoignez. Prêtez l’oreille à la voix du Seigneur. Que votre cœur soit tendre et votre esprit libre. Vivez dans la lumière de la vérité que vous saisissez.

Priez pour vous transformer en lumière. Écoutez en priant. Faites que toute votre vie soit prière et service. Si vous servez sans prier, vous vous servez vous-mêmes. Priez en famille. Priez en communauté. Priez en Église. Priez dans votre chambre en intimité avec le Seigneur, vous garderez votre esprit et vous ouvrirez votre raison au mystère de Dieu. Priez en famille, vous garderez votre famille et la mettrez au cœur de la Trinité. Priez en votre communauté, l’Église, vous garderez votre Église et vous rendrez proche le royaume de Dieu. Votre prière personnelle en privé avec le Seigneur vous mettra dans le cœur de Dieu.

Exercez-vous au silence, silence qui écoute, silence qui vit, silence qui est bien loin du calme du néant.

Pratiquez la charité, laissez-vous transformer par la sainteté. Écoutez pour entendre. Croyez et ayez courage pour témoigner. Aimez pour vous sanctifier.

Amen

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 14 juillet 2019

15ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du Deutéronome (Dt 30, 10-14) – Psaume (Ps 18b (19), 8, 9, 10, 11) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens (Col 1, 15-20) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 10, 25-37)]

Comme vous le savez, car je le dis souvent, je crois aux anges. Je crois, que dans notre sommeil, Dieu par l’intermédiaire de ses anges peut nous parler. Ainsi en a-t-il été pour Joseph, pour les rois mages qui, dans un songe, ont entendu la voix de l’ange. Cette voix qui, par son message, a totalement changé leur destinée. Les pères du désert, mes maîtres spirituels, croyaient aussi que Dieu parlait dans les songes. C’est pourquoi, ayant fait cette nuit un songe, je tiens à vous le partager. J’étais, en quelque sorte, dans l’espace comme si je flottais. Une voix me dit : « Il faut monter. Il faut vous élever. Vous en avez les moyens. Vous êtes en train de tout gâcher. Satan est en train de devenir le maître. Il sera trop tard. Il faut vous élever ». Alors, je demandais à cette voix dans mon rêve : « Mais comment s’élever ? », et cette voix me répondit : « En devenant ».

Ce songe m’a marqué, mais en fait il n’a de sens que si on le met en rapport avec la Parole de Dieu, et particulièrement avec la Parole de Dieu aujourd’hui. D’ailleurs, dans la suite de mon rêve, j’étais là devant vous, et j’avais pour mission de vous parler, de vous dire ce message, de vous le communiquer. Ce message s’éclaire notamment par la lecture de saint Paul, Apôtre, aux Colossiens : « Par le Christ, tout a été créé. Il est l’image du Dieu invisible. Il est ce chemin d’élévation ». Je suis toujours triste quand des personnes me disent : « Oh, le Christ, oui, non, je ne m’adresse pas à Lui. Je préfère m’adresser directement à Dieu ». Pourtant, le Christ lui-même dans l’Évangile nous dit : « Qui me voit, voit le Père », et Je suis « le Chemin, la Vérité, la Vie ». Oui, le Christ est l’image du Dieu invisible et nous avons à passer par Lui pour aller vers le Père. Nous avons à passer par Lui pour habiter avec le Père.

Alors, à partir de là, tout s’éclaire, tout devient lumineux. Ainsi, la première lecture, tirée du Livre du Deutéronome, qui nous dit que la Parole a été mise dans nos cœurs. Désormais, avec le Dieu de la Bible, la Parole n’est plus extérieure, elle est intérieure, et nous avons à la mettre en pratique. C’est pourquoi dans mon rêve, l’ange me disait qu’il fallait monter, qu’il fallait nous élever et que nous avions les moyens. Oui, nous le pouvons. Nous pouvons nous élever, non par nos propres moyens, mais avec la grâce de Dieu. Alors oui, choisir de suivre le Christ, c’est choisir la vie parce que le Psaume 18, qui a été lu tout à l’heure, nous dit que « la loi du Seigneur est parfaite », qu’elle « redonne vie », que « les préceptes du Seigneur sont droits », qu’ils « réjouissent le cœur ». C’est la réponse à tant d’hommes et de femmes qui, dans notre société, sont parfois tristes, ne trouvant pas de sens à leur vie. Le Christ nous montre le chemin.

Enfin l’Évangile. Cet Évangile nous invite à devenir parfait, comme Dieu Lui-même est parfait. Pour cela, Dieu nous donne les deux commandements principaux :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même ». Tout est dit. Aimer Dieu profondément, de tout notre être.

C’est avec cela, avec ce commandement, que nous pourrons nous élever. L’amour appelle l’amour. Dieu nous aime et nous appelle à l’aimer. Nous avons à l’aimer librement. Nous avons à aimer, comme Lui, notre prochain comme nous-mêmes.

Cette parabole du Samaritain est extraordinaire. Les Samaritains étaient très mal vus des Juifs, voire détestés. Ils passaient pour des hérétiques. Dans cette parabole, c’est cet hérétique que le Christ choisit pour montrer qui est le prochain et ce qu’est la vraie charité.

Nous aussi, nous avons, aujourd’hui, à aimer ceux qui sont laissés pour compte. A aimer ceux qui sont différents. A aimer ceux qui sont oubliés sur le chemin. A aimer aussi ceux qui ont pu se repentir de ce qu’ils ont fait, parce qu’il n’y a pas d’amour sans pardon. L’amour pardonne tout, l’amour endure tout, l’amour supporte tout. C’est pourquoi de grands criminels peuvent devenir des disciples du Christ. De grands criminels peuvent se convertir et nous n’avons pas à les juger, mais nous avons à ouvrir notre cœur comme le Christ Lui-même l’a fait avec la femme adultère, avec le bon larron sur la croix.

C’est cela être chrétien. C’est cela qui fait du christianisme ce qu’il est fondamentalement. C’est cela qui fait du christianisme une religion, à mes yeux, inégalée, parce que l’amour et le pardon sont en première place.

Alors oui, si nous voulons devenir comme l’ange me le disait, nous avons à devenir comme le Christ. Il est notre modèle, et la messe est ce moment fondamental où nous pouvons devenir comme Dieu. Saint Augustin, lui-même, disait à propos de la Communion : « Devenez ce que vous recevez ». En sortant d’une célébration eucharistique, nous sommes transformés. Alors oui, sachons témoigner de cette joie qui est la nôtre. Sachons donner envie à d’autres de venir nous rejoindre.

Oui, nous le croyons, Tes paroles, Seigneur, sont Esprit, et elles sont Vie.

Tu as les paroles de la Vie Éternelle. Et notre amour répond à ton amour.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 7 juillet 2019

14ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 66, 10-14c) – Psaume (Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates (Ga 6, 14-18) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 10, 1-12.17-20)]

Comme tous les dimanches en lisant les textes que nous propose la liturgie, j’ai l’impression d’être face à un grand jardin contenant de multiples fleurs, avec une consigne : faire le plus beau bouquet possible. Alors, pour faire ce bouquet, j’ai choisi quelques fleurs des textes qui nous sont proposés aujourd’hui. La première fleur, c’est cette phrase de saint Paul dans l’Épître aux Galates : « Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle ». Je trouve cette phrase extraordinaire : « être une création nouvelle », c’est ce à quoi nous invite Dieu Lui-même à chaque instant. C’est ce à quoi nous sommes appelés à consacrer notre vie, notre vie spirituelle. La vie spirituelle, c’est devenir cette créature nouvelle à laquelle Dieu nous appelle. Pour devenir une créature nouvelle, il nous faut laisser de côté ce qui nous encombre et ne retenir que ce qui nous élève. Le Psaume 65 nous donne une piste pour nous élever : au lieu de critiquer sans cesse, nous sommes appelés à entrer continuellement dans l’action de grâce, à acclamer Dieu, à le glorifier, à chanter pour Lui, à chanter pour son nom, à chanter pour toute sa Création.

Rentrer dans l’action de grâce, c’est adopter une dynamique nouvelle, c’est nous tourner vers le haut, nous tourner vers le ciel. C’est alors être capable de traverser les épreuves de l’existence avec un regard différent, avec une âme différente. Une autre fleur nous est proposée avec le prophète Isaïe qui nous dit : « Alors, vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire ». Nous, Français, sommes prompts à aimer manger, à déguster les bons plats, à faire attention à notre alimentation, avons-nous conscience que Dieu, à chaque instant, nous nourrit par sa Parole, par l’Eucharistie, par toutes ces fêtes que nous sommes appelés à célébrer ? Ce qui nous nourrit fondamentalement, c’est cet amour de Dieu qui imprègne tout. Cet amour de Dieu pour l’homme qui imprègne l’existence, qui imprègne le monde. La vie spirituelle, finalement, ce n’est pas difficile, c’est répondre à l’amour par l’amour.

La question fondamentale que je pose continuellement mais qui est déterminante pour la vie spirituelle : est-ce que nous aimons Dieu ? Est-ce que nous aimons le Christ ? Est-ce que nous passons du temps à Lui dire : « Je t’aime » intérieurement ? Est-ce que, lorsque nous contemplons une image de Lui, nous sommes émus, remués, bouleversés en pensant à tout l’amour qu’Il a pour nous et à cet amour que nous avons à redonner en retour. L’enjeu est capital. Le monde a besoin d’amour. Nous avons besoin d’amour, et personnellement en tant que prêtre, je suis triste de voir que beaucoup d’hommes et de femmes se détournent du christianisme trouvant les chrétiens légalistes, moralistes, culpabilisateurs, prompts à condamner le monde. Le Christ n’a jamais condamné le monde. Il n’est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver. Pourquoi nous, nous jugerions le monde ? Pourquoi nous, est-ce que nous jugerions ceux et celles qui sont autour de nous ? De quel droit ? Dieu Lui-même ne l’a pas fait. Ce n’est pas en culpabilisant quelqu’un, en le jugeant, qu’on l’aidera à s’élever, c’est en l’aimant.

Alors, nous avons, comme ces disciples que le Christ envoie, ces 72, à témoigner de Lui par notre existence, par nos pensées, par nos paroles, par nos actes. Nous avons à rendre compte de cet amour. Je trouve saisissant, et j’accueille comme une nouvelle fleur que le Christ les envoie deux par deux. C’est un signe : nul n’avance dans la vie spirituelle seul. Avancer seul dans la vie spirituelle, c’est se condamner, pour le coup, à l’impasse, c’est pourquoi le Christ les envoie deux par deux. En disant cela, je pense, bien entendu, à l’accompagnement spirituel. Il est capital d‘avoir un ou une accompagnatrice spirituelle. Il est capital de pouvoir le ou la rencontrer régulièrement pour rendre compte de notre vie chrétienne, pour rendre compte de ce qui nous anime, pour rendre compte de nos doutes, pour rendre compte de nos certitudes. L’autre n’aura pas à dire ce que nous avons à faire mais peut-être que, par le renvoi qu’il nous fera de nos propos, il nous permettra d’avancer. Nul n’avance seul dans la vie spirituelle. Le croire, c’est faire preuve d’ego, d’une suffisance absolue. Dieu a besoin de nous, nous avons besoin de Dieu, nous avons besoin de l’autre pour avancer.

A une époque où l’on parle beaucoup de réformes dans l’Église, il me semble que la plus grande réforme doit être une réforme spirituelle et non pas une réforme d’organisation. Redécouvrir le sens de l’accompagnement spirituel, qui n’est en rien psychologique. En psychologie, on cherche à aller moins mal, au niveau spirituel, on cherche à s’élever.

Alors, une dernière fleur nous est proposée, le Christ nous dit que « les démons nous sont soumis en son nom ». Cette phrase peut paraître terrible mais elle est fondamentale. Dans la vie spirituelle, il y a un combat contre le démon, il y a un combat contre le diable. Mais dans ce combat, nous sommes vainqueurs par le nom du Christ. Tout comme ne pas avoir de père spirituel/mère spirituelle, d’Abba ou d’Amma, risque de nous entraîner dans une impasse, ne pas comprendre que nous avons à combattre, nous entraîne dans une impasse. Nous sommes vainqueurs au nom de Jésus.

Pour terminer, permettez-moi de vous rappeler la vénération des pères du désert pour le Nom de Jésus. Lorsque vous êtes tentés de vous mettre en colère, lorsque vous êtes tentés de calomnier, d’être médisant, méchant, de fermer votre cœur, prononcez avec amour : « Jésus », le Nom de Jésus. C’est ce nom de Jésus qui pourra nous rendre vainqueur de la tentation. C’est ce que nous dit le Christ. Alors oui, quand nous perdons face à la tentation, c’est que nous n’avons pas invoqué son nom.

Prenons l’habitude de murmurer le nom de Jésus avec amour. Par son nom, nous serons sauvés.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 30 juin 2019

13ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du premier livre des Rois (1 R 19, 16b.19-21) – Psaume (Ps 15 (16), 1.2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11)- 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates (Ga 5, 1.13-18) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 51-62)]

Je n’aime pas l’expression « Temps Ordinaire ». Ce qui est ordinaire dans notre société, c’est ce qui est quelconque. Or nous le savons, le temps, la vie, constituent des biens précieux. A fortiori, le temps liturgique. Ainsi, en ce mois de juin, comme tous les mois de juin, j’ai été pris de vertige, ayant du mal à assimiler toutes les fêtes qui nous ont été proposées, et à en tirer suffisamment de fruits spirituels. Souvenez-vous : la Trinité, la fête du Corps et du Sang du Christ. Hier, nous étions invités à nous tourner vers saint Pierre et saint Paul. Chacun, certainement, nous avons pensé à tous les prêtres qui allaient être ordonnés ce week-end à travers le monde. Malheureusement, cette année en France ne sera pas une année record.

Mais, ne désespérons pas. Désespérer, ce serait ne pas croire à la Parole de Dieu, Or Dieu peut faire des choses extraordinaires pour chacun d’entre-nous. Ainsi, par exemple, c’est ce qu’Il a fait pour Pierre et pour Paul. Tous deux, comme le Christ nous y invite dans l’Évangile de ce jour, après l’avoir rencontré, ont avancé sans regarder en arrière. Pierre, un brave homme, pécheur de poissons de son métier, plutôt rustre, voit sa vie bouleversée par l’appel du Christ. Il abandonne tout et le suit. Paul, à l’opposé, un intellectuel, un pharisien, un convaincu, qui, lorsqu’il vit les chrétiens émergés, se mit à les persécuter comme une secte dangereuse. Il rencontre le Christ et il est bouleversé. Et sa vie change tellement qu’il donnera sa vie pour le Christ. Mais, que s’est-il passé pour ces deux hommes vers lesquels nous nous sommes tournés hier ? Dieu leur a parlé au cœur, non pas à l’intellect, au cœur, car c’est au cœur que Dieu parle. C’est pourquoi, il y a eu cette semaine une fête à mes yeux fondamentale, la fête du Sacré Cœur de Jésus. Ce Sacré Cœur, ce cœur ouvert de Dieu, ce cœur rempli d’amour qui ne sait faire qu’une seule chose : aimer et se donner.

Cet amour, nous l’implorons dès le début de la messe en nous tournant vers Dieu : « Seigneur, prends pitié ». Mais savons-nous que le mot « pitié » ne signifie pas le fait de s’humilier devant Dieu, devant un supérieur qui aurait pitié d’un inférieur ? En hébreu, le mot « pitié » désigne l’amour profond de Dieu, son amour maternel pour chacun d’entre-nous. Cet amour qui sort de ses entrailles. Quand nous implorons la pitié de Dieu, nous implorons son amour pour qu’Il se donne à chacun d’entre-nous. En réponse, Dieu attend, comme disait Dimitri de Rostov, un mystique, que nous ouvrions notre cœur, que nous puissions enlever tous les verrous qui nous barricadent, parce que, parfois, notre cœur est fermé. Notre cœur devient sec.

Au terme de notre existence, ce ne sont pas les beaux discours qui seront comptabilisés, mais c’est l’ouverture de notre cœur. C’est ce qui fait que nous sommes des humains, que nous sommes des chrétiens et, Pierre et Paul fêtés hier l’avaient bien compris. Ils avaient compris, comme dit Paul dans l’Épître aux Galates de ce jour, que le Christ est venu pour nous libérer. Parfois, il peut nous arriver de devenir aveugles, sourds. Nous ne voyons plus l’essentiel et nous perdons notre temps, alors que l’essentiel tient dans ce cœur à cœur avec Dieu, dans ce cœur à cœur avec ceux et celles qui nous entourent.

Alors oui, je le répète, ne vivons pas notre vie chrétienne de manière ordinaire. Vivons constamment l’extraordinaire au cœur du quotidien et cet extraordinaire viendra de notre cœur. C’est dans notre cœur que se trouve la source de l’amour, parce que cette source prend son origine en Dieu Lui-même.

Tout comme le Christ multiplia les pains à un moment donné de son existence, multiplions l’amour, et cela ne pourra se faire qu’avec un cœur ouvert.

Amen

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 23 juin 2019

Fête du Saint Sacrement

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 14, 18-20) – Psaume (Ps 109 (110), 1, 2, 3, 4) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 11, 23-26) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 11b-17)]

Il y a plus de trente ans déjà, mais on ne voit pas le temps passer dans la vie, j’accompagnais un de mes amis archéologue en Égypte. Il était spécialiste de tous les temples qui se trouvent du côté d’Abou Simbel. Un jour, prenant sa jeep, nous sommes partis en plein désert pour contempler une stèle qui a fait couler beaucoup d’encre. Sur cette stèle, on voit le pharaon Akhenaton avec sa femme et ses enfants tendre leurs mains vers un soleil éblouissant diffusant ses rayons. Akhenaton, je vous le rappelle, fut le seul pharaon monothéiste, et le clergé d’Amon, d’ailleurs, ne lui a pas pardonné, puisqu’à sa mort, on a essayé de faire oublier son nom de tous les bâtiments.

Je me souviens de mon émotion face à cette stèle. Pour moi, c’était évident, ce soleil représenté était le Christ, et je me suis demandé comment Akhenaton, pharaon égyptien, avait eu l’intuition de ce qui était, de ce qui allait être. Je vous rappelle que cette image solaire est largement employée dans notre Église pour désigner tout à la fois la Trinité mais aussi le Christ. Ainsi, Grégoire de Nysse nous dit que le soleil lui-même, c’est Dieu le Père, que le Fils, ce sont les rayons, et que la chaleur diffusée, c’est l’Esprit-Saint. Dans nos églises, cette image solaire, reprise d’ailleurs par sainte Thérèse d’Avila, est omniprésente. Tout à l’heure, vous pourrez le constater lors de l’adoration, le Saint-Sacrement est entouré d’un soleil. Sur les vitraux, très souvent, on représente un soleil ainsi que sur la porte des tabernacles. On appelle d’ailleurs dans une église la « Gloire » ce signe énigmatique que nous comprenons mal, nous, chrétiens du troisième millénaire : un triangle entouré d’un soleil, pour signifier la gloire de Dieu.

A chaque fois que je célèbre la messe, je pense à cette image. Ainsi, quand j’élève le corps du Christ, c’est tout à la fois, pour moi, le Christ soulevé de terre et mis sur la croix par amour pour chacun d’entre-nous et, en même temps, paradoxalement, cette croix devient le soleil, le soleil de l’espérance, le soleil de la foi, le soleil de l’amour, le centre de notre vie chrétienne, de notre vie spirituelle. De même, lorsque je soulève la coupe, le Christ au corps ensanglanté qui nous donne la vie et qui nous illumine à jamais.

Nous ne pourrions pas vivre sans la lumière du soleil. Il n’y aurait pas de plantes, il n’y aurait pas de vie, nous n’existerions pas. Ainsi en est-il de l’Eucharistie : un chrétien ne peut pas vivre sans communier au corps et au sang du Christ. Il est bon de rappeler que le Concile Vatican II a enseigné que l’Eucharistie était source et sommet de toute vie chrétienne. Il n’y a pas de vie chrétienne sans Eucharistie et toute vie chrétienne est, à mes yeux, eucharistique, au plus profond d’elle-même.

L’Eucharistie est ce qui nous réunit, le Christ a voulu l’Eucharistie, et c’est ce que nous rapporte le texte de saint Paul aujourd’hui. Texte écrit avant les Evangiles eux-mêmes, vers l’an 55 disent les spécialistes. L’Eucharistie est ce qui nous fait vivre, et c’est pourquoi, vous l’avez remarqué, quand je donne la communion, j’ai choisi une formule que l’on peut tout à fait prendre : « Que le corps du Christ vous garde pour la vie éternelle ». Le corps du Christ est ce pain de la vie présente et de la vie éternelle.

Alors, en tant que prêtre, j’ai le cœur déchiré et meurtri quand je vois que le taux de pratiquants ne cesse de diminuer, et qu’en l’espace de quelques mois en France, trois séminaires ont déjà fermé : Bordeaux, Lille, le séminaire aux Armées. Il nous appartient, à chaque communauté, de donner envie à des jeunes de devenir prêtres, afin qu’ils puissent célébrer l’Eucharistie le plus souvent possible. Nous sommes encore aujourd’hui dans une période de grâce et je suis admiratif de ces prêtres âgés qui continuent, malgré la maladie parfois ou les douleurs, à célébrer l’Eucharistie pour nos communautés. Sans eux, nombre de lieux ne seraient pas irrigués par cette vie divine. Nous avons besoin du corps du Christ, et pour moi, tout groupe chrétien, toute communauté, toute paroisse est eucharistique car son centre, c’est le corps et le sang du Christ qui donne sa vie, la Vie, et son amour.

Mais le pain et le vin que le prêtre consacre, sont respectivement composés d’épis de blé et de grappes. Nous sommes, chacun d’entre-nous, ces grains de blé et ces grains de raisins. Unis ensemble, broyés par le Seigneur, par son amour, nous devenons à notre tour Eucharistie. C’est pourquoi, on a coutume de dire que l’Église est corps du Christ. L’Église n’est pas qu’une réalité constitutionnelle, la considérer ainsi serait une vision laïque. Elle est une communauté spirituelle, mystique, appelée à devenir sainte pour être vraiment corps du Christ. Nous-mêmes, quand nous allons communier tout à l’heure, nous sommes appelés par saint Augustin, qui a le sens de la formule, à « devenir ce que nous recevons ». Nous sommes appelés chacun d’entre-nous à devenir un autre Christ. Dieu se donne. Dieu ne sait que se donner mais Il attend une chose de nous : que nous nous donnions totalement. Son don appelle notre don. Le don de sa vie appelle le don de notre vie.

Alors, certes, nous ne sommes pas tous appelés à devenir religieuses, religieux ou prêtres, mais nous pouvons dans la vie courante, dans la vie quotidienne, être les représentants du corps du Christ. Nous pouvons être, au sein même de notre société, d’autres Christ. Mais, cela exige de nous que nous devenions comme ces vitraux : transparents à la lumière. La moindre médisance, la moindre critique sur l’autre, le moindre jugement, la moindre méchanceté, aussi petite soit-elle, fait que nous ne sommes plus Corps du Christ, que nous ne laissons pas à Dieu sa place. « Être saint » disait Maurice Zundel « ce n’est pas un objectif », c’est une exigence.

La tâche peut nous paraître immense, impossible ! Bien sûr, humainement ça l’est. Mais, elle est possible avec la force de l’Esprit-Saint que nous avons reçue à la Pentecôte.

Alors, dans un instant de silence, demandons au Seigneur de faire de nous d’autres Christ. Demandons-Lui de nous donner la force d’effacer de nous tout ce qui Lui fait ombrage. Alors chacun d’entre-nous, au quotidien, deviendra cette lumière, ce soleil resplendissant.

Alors le texte de l’Evangile sur la multiplication des pains deviendra réalité sensible. Nous serons ces pains multipliés.

Alors d’autres diront : « Mais pourquoi tes yeux brillent-ils ? », et nous pourrons répondre.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 9 juin 2019

Fête de la Pentecôte

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 2, 1-11) – Psaume : (Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 8, 8-17) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 14, 15-16.23b-26)]

Le pape François, il y a quelques années, invitait les prêtres à ne pas parler plus de dix minutes. Il avait raison, mais combien c’est difficile ! En effet, aujourd’hui, j’ai tant de choses à vous dire, car je suis bouleversé. Bouleversé, comme tous les dimanches, comme à chaque messe. Bouleversé parce que tout à l’heure sur l’autel, Dieu se donne et que nous allons communier à son corps et à son sang. Agathe, aujourd’hui, va communier pour la première fois. Son cœur n’est pas encore habitué et j’espère qu’aucun d’entre-nous n’a ici une âme habituée, et qu’à chaque fois que nous communions, c’est comme si c’était la première fois.

Mais je suis bouleversé aussi car c’est fête de la Pentecôte. En mesurons-nous assez l’importance ? Comme chaque fête chrétienne, elle est pour moi un évènement, une dynamique, un processus.

Un évènement tout d’abord : souvenez-vous, le Christ est mort, injustement crucifié, alors que son message n’était qu’un message d’amour qui cherchait à relever chacun d’entre-nous. Pendant cinquante jours, Il apparaît à ses disciples, à ses apôtres, à beaucoup de personnes, des centaines. Il leur parle, II les enseigne, leur annonce qu’Il va envoyer l’Esprit-Saint. Puis, dimanche dernier, nous avons fêté son Ascension. Il monte vers le ciel et en montant vers le Ciel, Il ouvre, comme un canal, la porte du Ciel pour chacun d’entre-nous. Nous savons désormais que le Ciel n’est pas pour nous une réalité inaccessible, car Dieu a ouvert la porte du Ciel.

On aurait pu s’arrêter là et nous, pauvres terriens, vivre dans cette « vallée de larmes », comme le disent certains chants. Mais Dieu n’a pas voulu cela. Dieu n’oppose pas la terre, vallée de larmes, au Ciel, lieu de la béatitude, et aujourd’hui, Il envoie son Esprit-Saint. L’histoire de l’Église commence aujourd’hui. Remettons-nous dans le contexte de l’époque : le Christ est mort, les chrétiens sont persécutés, les apôtres sont terrorisés. Judas a trahi, Pierre a renié et les autres se cachent ou se sauvent… Terrés dans une maison avec Marie, ils ont peur de subir le même sort que leur maître. Et là, de manière bouleversante, Dieu se donne. Il envoie l’Esprit, la force de Dieu, Dieu Lui-même, et des langues de feu illuminent chacun des apôtres.

Mais en rester à cet événement serait incomplet. Oh, bien sûr, cet événement est capital, car tout commence, les apôtres terrorisés deviennent courageux et ils annoncent l’Évangile chacun comprenant celui-ci dans sa langue. Alors qu’avec la Tour de Babel, les hommes avaient voulu atteindre Dieu sans Dieu, là, Dieu se donne et tout le monde comprend la même langue. L’humanité est désormais réunie, tendue vers le Ciel. C’est un évènement exceptionnel. Un évènement fondateur. Mais c’est aussi une dynamique, parce que l’Esprit-Saint nous mène à la perfection. L’Esprit-Saint, que nous avons reçu au baptême, qui a été reçu dans sa plénitude à la confirmation [Je rappelle que la confirmation n’est pas un sacrement optionnel, la confirmation est la plénitude de l’Esprit-Saint].

Et cet Esprit, c’est lui qui nous mène à la perfection, qui nous mène à la sainteté. Cet Esprit fait que, dans cette église, ce qu’il y a de plus beau, ce qu’il y a de plus exceptionnel, ce qu’il y a de plus merveilleux, c’est chacun d’entre-nous.

Ce ne sont pas ces vitraux, ce n’est pas ce bâtiment, ce ne sont pas les églises, aussi belles soient-elles, ce qu’il y a de plus beau aujourd’hui comme tous les jours, mais nous l’oublions, c’est chacun d’entre-nous. Pourquoi ? Nous sommes le temple de Dieu. Par le baptême, nous avons reçu l’Esprit-Saint, et le père Maurice Zundel disait que chacun d’entre-nous, par le baptême, devient une cathédrale. Dans cette église, chacun d’entre-nous est une cathédrale ; et une cathédrale, on veut qu’elle soit belle, on veut qu’elle soit lumineuse, on veut qu’elle soit accueillante, et c’est là où cette fête de la Pentecôte est un processus intérieur, à vivre chaque jour. Chaque matin, nous devrions nous lever en nous disant : « Aujourd’hui, comment est-ce que j’aménage la cathédrale ? Qu’y a-t’il à faire pour qu’elle soit encore plus belle ? Est-ce que les vitraux sont assez lumineux ? Est-ce qu’ils laissent passer la lumière ? Est-ce que les colonnes sont assez solides pour que notre foi ne vacille pas ? Est-ce que les portes de notre cathédrale sont suffisamment ouvertes pour que les uns et les autres puissent contempler par nos yeux, par nos pensées, par nos paroles et par nos actions, la beauté de Dieu ? »

Chacun d’entre-nous est appelé à devenir un rayon de la beauté divine. Mais nous l’oublions, et nous, chrétiens, parfois, trop souvent, avons une « face de carême », nous ne sourions pas, nos yeux ne brillent pas. On dirait presque, pardonnez-moi, que nous n’avons pas la foi ou que nous ne sommes pas amoureux de Dieu. Les yeux des amoureux brillent, leur cœur est brûlant, ainsi devrait-il en être pour chacun d’entre-nous.

Oh certes, je le sais et je ne l’ignore pas, nos vies traversent le tragique, le tragique de l’existence qui nous frappe de manière impromptue et qui, parfois, nous fait mettre les genoux à terre tant il est violent. Mais, même dans ce tragique, l’Esprit-Saint œuvre en chacun d’entre-nous. Si nous le laissons œuvrer ! Car c’est là ce qu’il y a d’étonnant chez le Dieu des chrétiens : Il ne fait rien sans nous, Lui le Dieu tout-puissant ne peut rien en nous si nous répondons : « Non ». Il ne peut rien en nous, si nous ne voulons pas changer. Si nous avons choisi de vivre tête baissée avec une face de Carême, nous pourrons le faire continuellement. Mais si nous avons choisi de laisser l’Esprit-Saint développer sa force en nous, alors tout est possible.

Tout à l’heure, fort heureusement pour chacun d’entre-nous, la Séquence de la Pentecôte était chantée en latin et, pourtant, il est dit qu’en nous, il y a les sept dons de l’Esprit-Saint. Sept dons qui ne demandent qu’à se développer.

Je vous pose la question : connaissez-vous les sept dons de l’Esprit-Saint ? Pouvez-vous, là, si je parcours les allées, me les donner, tous, les uns après les autres ?

Rassurez-vous, je ne le ferai pas. Mais comment ces dons pourraient-ils se développer en nous si nous ne les connaissons pas ? L’activité de l’après-midi est toute trouvée. Vous avez certainement chez vous un catéchisme ou bien Internet, cherchez les dons de l’Esprit-Saint et interrogez-vous : « Lequel vais-je demander à Dieu de laisser croître en premier en moi ? »

Tout dépend de nous.

10 minutes 40 secondes, j’arrête, sinon le Pape sera fâché.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 2 juin 2019

7ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 7, 55-60) – Psaume : (Ps 96 (97), 1-2b, 6.7c, 9) – 2ème lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 22, 12-14.16-17.20) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 17, 20-26)]

A l’occasion du récent Marathon de Poitiers, je soulignais l’importance de s’entraîner avant une épreuve, et pour nous, chrétiens, de l’importance de lire l’Évangile avant de venir à la messe.

Ainsi, aujourd’hui, je pense que si vous n’avez pas lu l’Évangile avant et si vous ne l’avez pas sous les yeux en ce moment, il est incompréhensible. En effet, c’est certainement l’une des pages les plus difficiles de saint Jean et pourtant l’une des plus fondamentale. Ce qu’il met en avant est bouleversant, et tellement bouleversant que cela paraît incompréhensible. Je cite le Christ lui-même : « Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un ». Ce mot UN est prononcé à plusieurs reprises par le Christ, et il concerne différentes réalités.

La première : l’unité de la Trinité. Nous allons bientôt fêter la fête de la Trinité et nous savons combien il est difficile pour certains de comprendre la Trinité : un seul Dieu en trois personnes. Nos esprits humains ont du mal, et c’est pourquoi les images sont nombreuses pour expliquer la Trinité. Ainsi, au catéchisme, on invite les enfants à imaginer trois cierges dont on confond les trois flammes qui ne deviennent plus qu’une. Il y a trois cierges mais une seule flamme : trois personnes, un seul Dieu. L’image, plus poétique à mes yeux et plus facile à comprendre, que j’emploie souvent est celle utilisée par Grégoire de Nysse : le soleil. Dieu le père, c’est le soleil lui-même. Dieu le fils, ce sont les rayons. Dieu l’Esprit-Saint, c’est la chaleur du soleil. Une seule réalité, trois manifestations.

La deuxième : l’unité du genre humain avec Dieu. Nous avons du mal à la comprendre car depuis toujours, nous ne cessons de séparer l’homme de Dieu : l’homme misérable pécheur qui fait ce qu’il peut, et Dieu qui est amour, si éloigné qu’on le représente sur les tableaux assis sur un nuage avec un visage de grand-père. Nul n’a dit dans la Bible que Dieu avait l’air d’un grand-père avec une grande barbe blanche. Nul n’a dit qu’Il était séparé des hommes. Bien au contraire, avec un mot un peu barbare, la « kénose » les théologiens nous expliquent que Dieu s’est abaissé pour relever le genre humain, saint Irénée écrivant que Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. Nous avons du mal à comprendre, nous, humains, que le Dieu des chrétiens apporte un bouleversement total par rapport à l’idée de Dieu. Dieu ne reste pas séparé de l’homme.

Dieu a voulu l’homme. Dieu a créé l’homme et Dieu souhaite amener l’homme à la perfection, et la perfection, c’est l’unité avec Dieu. Cette unité fondamentale n’en n’ayons pas peur, bien au contraire ! Ne la repoussons pas mais ouvrons nos bras et laissons-nous diviniser par Dieu. Je vous le dis, je le répète très souvent, il y a un geste fondamental du prêtre à la messe, geste qui malheureusement se déroule quand on fait la quête et au moment où l’orgue joue, quand le prêtre verse l’eau dans le vin, il dit : « comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité ». La goutte d’eau, c’est chacun d’entre-nous, le vin, c’est Dieu et Dieu nous appelle à nous unir à Lui. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais je trouve cette perspective bouleversante !

Le Dieu des chrétiens aime tellement l’homme qu’Il souhaite partager avec lui sa divinité. Il ne garde rien. Je lisais, ce matin, le passage d’un mystique qui disait : « Dieu donne tout, mais Il attend tout de nous ».

La troisième qui passe malheureusement inaperçue, y compris dans notre Église. En effet, même dans l’Église nous raisonnons par la dualité. Hier soir, lors d’une messe, j’ai employé ce mot et une jeune fille, visiblement érudite, me dit à la fin de la messe : « Mais, Père, quand vous parlez de dualité, ce n’est pas chrétien, c’est bouddhiste ». En effet les bouddhistes parlent de dualité ou de non-dualité mais nous aussi nous en parlons sans cesse. La réflexion de cette jeune fille m’a paru fort intéressante car elle montre que même dans les jeunes générations, ce que je vais dire n’est pas encore passé dans les cœurs. En effet, même dans l’Église, nous séparons l’homme et la femme, et je me souviens enfant de ces églises du Pays Basque où les hommes étaient, me semble-t-il, en haut et les femmes en bas. Or, il est dit dans la Genèse que Dieu crée l’homme à son image, homme et femme Il les créa. Cette parole est bouleversante, il n’y a plus de dualité, il y a des êtres créés à l’image de Dieu et sur cette terre, tous les êtres humains sont unis par cette non-dualité qui puise sa source dans le fait que chacun d’entre-nous est porteur de l’image de Dieu.

Mais Dieu va plus loin encore pour nous-mêmes, les baptisés. Nous sommes baptisés, nous recevons l’Esprit-Saint dans nos corps, nous devenons le temple de Dieu. La non-dualité est encore plus forte, nous sommes un en Dieu par le baptême. Il y a unité or nous jouons constamment la dualité : hommes-femmes, prêtres-laïcs, prêtres-évêques, évêques entre eux, évêques-pape. La dualité est partout et quand il y a dualité, il y a séparation et donc il y a opposition et conflit. Or, ce texte de Jean nous indique comment sortir du conflit : « Qu’ils soient un, comme nous sommes un. Moi en eux et Toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que Tu m’as envoyé et que Tu les as aimés comme Tu m’as aimé ». Ce qui unit les hommes et les femmes, les prêtres et les laïcs, les évêques et les prêtres, les évêques et le pape – c’est l’amour, parce que l’amour, c’est le ciment de la Trinité. Ce qui fait tenir la Trinité : Père, Fils et Esprit-Saint, c’est l’amour. Et la Trinité ne cherche qu’une seule chose : à nous faire entrer dans cet amour.

Dès lors, il n’y a plus de dualité au sein même de notre Église parce que nous sommes UN. Saint Paul va très loin, il dit : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.» (Galates 3, 28), nous sommes tous enfants d’un même père. Ainsi, sur cette terre pour nous, il n’y a pas d’étrangers, cela n’a pas de sens de parler des étrangers pour un chrétien, il y a des êtres à l’image de Dieu.

Alors, rêvons quelques minutes que cette idée d’unité du genre humain, d’unité de l’Église entre dans nos cœurs, que de temps serait gagné ! Que de conflits seraient évités ! Que de guerres ne seraient pas menées ! Tout à l’heure, nous allons communier au corps du Christ et je regrette que nous recevions tous des hosties individuelles. Nous avons l’impression de recevoir « notre » hostie. Non. Ce que nous allons recevoir, c’est Le corps du Christ et nous recevons dans cette partie tout le corps du Christ. Dieu se donne entièrement à nous pour que nous nous donnions à Lui.

Alors, prions pour l’unité, l’unité du genre humain. Prions pour l’unité de l’Église.

Prions pour l’unité des chrétiens. Quand nous serons un, alors, réellement, nous serons en Dieu.

Vidéo de l’homélie

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Jeudi 30 mai 2019

Ascension du Seigneur

[1ère lecture : Commencement du livre des Actes des Apôtres (Ac 1, 1-11) – Psaume : (Ps 46 ) – 2ème lecture : Lecture de la lettre aux Hébreux (9, 24-28 ; 10,19-23) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 24, 46-53)]

Dès le début de la célébration, à travers l’antienne d’ouverture, nous avons reçu du ciel un avertissement. Cet avertissement avait déjà été lancé aux apôtres par les anges, ces créatures célestes qui, aujourd’hui avec nous, sont ici de manière invisible pour rendre gloire avec nous à notre Dieu. Cet avertissement, souvenez-vous, était : « Mais qu’avez-vous à regarder le ciel ? ». En effet, nous pourrions, aujourd’hui, être spectateurs comme auraient pu l’être les apôtres et regarder vers le ciel, bouche bée, le Christ s’élever. Mais en rester là serait non seulement insuffisant mais non fidèle à l‘esprit de l’Évangile. Pour moi, l’Ascension est tout à la fois un évènement, une dynamique et un processus.

Un évènement. Le Christ s’est incarné. Le fils de Dieu s’est fait homme. Il a habité parmi nous, vécu parmi nous, enseigné parmi nous et son enseignement basé sur l’amour lui a coûté la vie. Injustement jugé, martyrisé, exécuté, Il est ressuscité. Depuis le jour de Pâques, nous lisons de nombreux textes qui nous font part de ses apparitions aux uns et aux autres. Aujourd’hui même, pour la dernière fois, le Christ, présent sur la terre, nous ouvre la voie du ciel. C’est un évènement.

Le Christ monte au ciel pour nous ouvrir le chemin du ciel, et c’est là où cette fête de l’Ascension constitue pour nous une dynamique : Dieu s’est fait homme mais nous appelle, comme le disent tous les pères de l’Église, à partager sa divinité. Il nous appelle à élever notre humanité vers le ciel, vers le divin.

Mais, la fête de l’Ascension est aussi un processus. Un processus spirituel que nous sommes appelés à vivre constamment. Depuis un certain nombre d’années, la tendance est de ne voir dans notre religion que son aspect horizontal, fondamental. Bien entendu, la charité, le souci des plus pauvres font partie intégrantes de l’expression de notre foi. Et nous voyons combien c’est difficile. Ainsi, le pape François a beaucoup de mal à éveiller nos cœurs, à tirer nos larmes devant cette mer Méditerranée devenue un cimetière. A nos portes, dans nos villes, nombreux sont ceux et celles qui souffrent et qui ont besoin de solidarité. Mais si nous, chrétiens, nous ne vivions la charité, la solidarité que dans cette dimension horizontale, nous serions infidèles à ce que nous sommes, car la base de la charité chrétienne, c’est la dimension verticale de notre foi. Comme le dit dans ses sermons paroissiaux, le bienheureux John Henry Newman, nous sommes appelés nous chrétiens à avoir constamment le cœur, l’âme, l’esprit, le corps tournés vers le ciel, tournés vers les réalités d’en-haut, tournés vers ce que nous ne voyons pas encore et qui pourtant s’est pleinement révélé. Henry Newman va très loin, il dit que notre attitude sur la terre dépend de ce regard tourné vers le ciel.

Mais ce processus le vivons-nous réellement ? Combien de fois par jour, tournons-nous notre regard, tout simplement, vers les cieux à dire à Dieu : « Je t’aime, Tu es là, présent, et je tends vers Toi » ?

Notre existence terrestre dépend de ce regard. Grégoire de Nysse dans un magnifique texte sur la Création, nous dit que l’homme a la position debout comme le Christ dans l’Évangile d’aujourd’hui, parce qu’il tend vers le ciel. Notre corps lui-même est en tension entre le fini et l’infini, le terrestre et le céleste, l’humain et le divin. Nous ne sommes pas comme les animaux, nous ne marchons pas à quatre pattes à regarder le sol. Non, nous sommes debout intérieurement ou physiquement, à regarder vers le ciel. C’est de cette attitude que dépend alors notre vie sur terre. Si nous avons le regard tendu vers le ciel, vers cet amour infini de Dieu, nous sommes alors les passeurs du ciel sur cette terre, nous vivons l’amour de l’autre, nous vivons notre vie sur terre entièrement illuminée par cette tension intérieure. Les pères du désert avaient un mot pour désigner cette tension, ils disaient que nous sommes en « épectase ». Non pas en extase, mais en épectase, cette tension entre le terrestre et le céleste, le fini et l’infini, l’humain et le divin.

Mais aujourd’hui, nous, chrétiens, vivons-nous cette tension ou ne pensons-nous finalement qu’à aménager la terre, les yeux baissés sans regarder le ciel ? « L’Église n’est pas une ONG », disait le pape François. Il a raison, on n’a pas besoin d’être chrétien pour être généreux, et l’on peut être généreux sans amour. Nous, chrétiens, notre être-même est ancré dans le ciel, ancré dans ce monde invisible que nous ne voyons pas, ou du moins pas tous, car, pour des êtres comme Newman, le monde invisible était plus présent à ses yeux que le monde visible, et c’est là qu’il puisait sa force.

Je rencontre régulièrement des gens, des chrétiens, épuisés, sans ressource intérieure, parfois sans espoir. Ils sont certes généreux, actifs, faisant plein de choses, mais épuisés. Or, si aujourd’hui les lumières du plafond nous éclairent, c’est qu’elles sont branchées à l’électricité. A qui sommes-nous branchés ? Est-ce que, justement, ce ciel, dans lequel le Christ s’élève aujourd’hui, est le lieu de notre ressourcement ?

Nous ne sommes pas citoyens de cette terre, nous, chrétiens, nous sommes citoyens de la Jérusalem Céleste, dont nous avons à être les témoins.

Alors oui, vous le voyez, ne soyons pas spectateurs de cette fête de l’Ascension. Soyons pleinement acteurs, ancrés dans l’évènement lui-même. Laissons-nous prendre par le Christ dans une dynamique qui tous les jours nous fait monter plus haut et offrons notre vie à ce processus intérieur qui nous fera voir constamment la lumière malgré les épreuves de l’existence. Notre lumière ne dépend pas des circonstances terrestres.

Notre lumière vient du ciel, elle vient de Dieu. Ce ciel est en nous.

Ne l’oublions jamais.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 26 mai 2019

6ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 15, 1-2.22-29)- Psaume : (Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8) – 2ème lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 21, 10-14.22-23) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 14, 23-29)]

Il est toujours important dans la vie spirituelle de s’interroger tout à la fois sur l’objet de son désir et sur la force de son désir. Ainsi, par exemple, pourquoi venons-nous à la messe le dimanche ? Qu’elle est notre attente ? Qu’elle est l’intensité de notre désir ?

Durant la célébration, sommes-nous les spectateurs en partie attentifs ou bien les acteurs de ce qui se joue à chaque célébration ? Aujourd’hui, l’Oraison de départ a donné un sens à notre réflexion, le mot « transformé ». Si nous venons à la messe, c’est parce que nous souhaitons être transformés. C’est parce que nous ne sommes pas satisfaits de ce que nous sommes. C’est parce que nous avons le désir ardent d’être transformé. Par qui ? Par le Christ. Comment ? Par sa Parole et par son Corps et par son Sang.

En fait, chaque célébration est pour nous l’occasion d’un immense bouleversement intérieur, d’une transformation qui devrait être sensible pour tous ceux et celles qui nous entourent. Si nous entrons par la porte de l’Église et si une heure plus tard, nous en sortons à l’identique, c’est que nous n‘avons pas été transformés. Pour être transformé(e), il faut goûter, déguster, s’imprégner de la Parole de Dieu. C’est pourquoi, il est toujours important, comme les sportifs, de se préparer. Aucun sportif ne commence une épreuve en disant : « Ce sera simple, j’ai bien fait de ne pas me préparer ».

Avant la célébration de l’Eucharistie, il devrait en être de même pour chacun d’entre nous : nous préparer à la messe, et ce, de multiples manières. La première, la plus importante, serait de lire avant les textes qui vont être lus afin de ne pas les découvrir au moment de la messe. En lisant les textes à l’avance, nous serons frappés par telle ou telle phrase. Ensuite, durant la célébration, quand nous les écouterons, ce sera peut-être par telle ou telle autre. L’homélie du prêtre quant à elle sera censée nous aider en donnant un éclairage partiel et partial des textes.

Alors aujourd’hui, permettez-moi de vous dire avec quoi je vais faire du miel pour ma journée. Je vais faire du miel d’une parole du Christ qui me bouleverse et à laquelle je ne m’habitue pas : « Si quelqu’un m’aime » dit le Christ, « il gardera ma parole. Mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et chez lui, nous nous ferons une demeure ». Ce « chez lui, nous nous ferons une demeure » me bouleverse. En effet, pendant des siècles, et encore parfois maintenant, des hommes et des femmes se sont prosternés devant des statues de divinités, les vénérant comme des objets extérieurs vers lesquels ils tendaient. Alors que le Dieu chrétien ne dit pas cela. Il ne dit pas : « Venez devant moi me vénérer ». Il dit : « Si quelqu’un m’aime, chez lui, nous nous ferons une demeure ». N’est-ce pas bouleversant de penser que le Dieu chrétien, qui a créé le ciel et la terre, les étoiles, les astres, chacun d’entre-nous, désire faire de nous sa demeure ?

Pardonnez-moi, mais quand je me regarde, je me dis : « Mais, mon pauvre Dieu, tu veux faire de moi ta demeure, mais tu mériterais bien mieux ! Tu mériterais un temple avec des pierres précieuses, de l’or, de l’argent, des soieries merveilleuses, car Tu es Dieu ». Eh bien, non. Le Dieu des chrétiens nous dit, quelle que soit notre faiblesse : « Je souhaite faire de toi ma demeure ». Alors, cette phrase a suscité cette semaine, en moi, un sursaut : « J’accepte », ai-je dit au Seigneur : « Tu veux faire de moi ta demeure, alors il faut m’aider à faire le ménage. Un minimum de ménage pour que cette demeure, que je suis, soit un tout petit peu digne de Toi ».

Ce ménage, nous sommes appelés à le faire continuellement. Un chrétien n’est jamais un produit fini, mais un être en perpétuelle évolution. Faire le ménage, c’est retirer de notre cœur tout ce qui pourrait blesser le Seigneur : nos colères, nos impatiences, nos manques de foi, nos manques de douceur, nos jugements, notre absence de tendresse, notre regard qui parfois est dur, nos mots qui parfois sont tranchants. Nous ne voulons pas que le Seigneur se blesse en faisant de notre cœur sa demeure, alors il nous faut nettoyer, avec son aide, cette demeure, car sans Dieu, nous ne pouvons pas faire le ménage. Nous avons sans cesse à l’invoquer et pour cela nous devons prendre conscience de ce qui pourrait Le blesser. Une fois que nous avons conscience de cela, nous lui demandons ardemment : « Je t’en prie, Seigneur, crée en moi un cœur pur, renouvelle et raffermit au fond de moi mon esprit » comme le dit le Psaume 50.

Oui, Dieu veut faire de nous sa demeure, car Il nous aime passionnément et nous juge digne qu’il en soit ainsi.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 19 mai 2019

5ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 14, 21b-27) – Psaume : (Ps 144 (145), 8-9, 10-11, 12-13ab) – 2ème lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 21, 1-5a) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 13, 31-33a.34-35)]

Nous le savons tous, ici même, et les plus âgés d’entre-nous le savent encore mieux, les mots ont une puissance infinie. Avec un mot, nous pouvons élever quelqu’un, lui redonner confiance, lui montrer qu’il est aimé. De la même manière, avec un mot, nous pouvons détruire quelqu’un, le blesser à jamais, lui laisser des traces pour toute son existence. Mais les mots, il est important de le préciser, ne sont que l’expression visible de nos pensées. Les mots que nous prononçons sont les fruits de nos pensées. Si les mots sont beaux, lumineux, plein d’amour, harmonieux, c’est que nos pensées le sont. Si nos mots sont mauvais, méchants, destructeurs, c’est que nos pensées le sont.

Ainsi, à la manière des pères du désert dont je parle si souvent, nous sommes appelés à travailler sur nos pensées, à les trier comme le faisait Evagre le Pontique, qui voyant ses pensées arriver devant lui leur demandait : « Es-tu de Dieu, es-tu du diable ou es-tu de moi-même ? », ne laissant passer que celles qui venaient de Dieu. Dès lors, son cœur était pur, et comme le dit la béatitude : « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. », Evagre, comme bien d’autres après lui ont vu Dieu. Ils ont vécu ce que l’on appelle un « dévoilement », comme si un voile obscurcissait nos yeux et que d’un seul coup nous voyons Dieu tel qu’Il est. C’est le sens du mot « apocalypse ». Mais ce mot « apocalypse » porte en lui une puissance évocatrice qui parfois peut nous éloigner de Dieu. Marqués par de nombreux films ou séries télévisées, nombreux sont ceux et celles, y compris parmi les catholiques qui pensent que l’Apocalypse marque une destruction, une fin, des souffrances, de la tristesse. Mais le mot « apocalypse » en grec signifie « dévoilement », Dieu se dévoile définitivement, et j’ose espérer que dans notre assemblée aujourd’hui, les uns et les autres, nous avons déjà vécu ces moments d’apocalypse où Dieu se dévoile, où la lumière divine de Notre Seigneur illumine notre cœur et notre âme de l’intérieur. Ces moments où tout paraît clair, où tout paraît évident.

Oui, n’ayons pas peur du mot « apocalypse », au contraire, demandons à Dieu d’ouvrir nos yeux. Jean, dans son texte nous dit : « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, il n’y aura plus deuils, ni cris, ni douleurs ». Oui, c’est ce que nous attendons, c’est ce que nous souhaitons vivre dès maintenant.

Mais, si certains mots ont une puissance évocatrice, d’autres mots ont, eux, souffert d’un mauvais usage. Ainsi en est-il du mot « aimer ». Au fil des siècles, le mot « aimer » a été abîmé au point d’être parfois défiguré. Or, le mot « aimer » est pour nous, chrétiens, un mot extrêmement précieux : Jean, justement, dans sa Première Lettre, nous dit, en définissant Dieu : « Dieu est Amour ». Avons-nous conscience de cela ?

« Dieu est Amour ». Dès lors, le mot « aimer » est extrêmement précieux pour nous, mais nous ne sommes pas appelés, nous, chrétiens, à aimer comme tout le monde, à aimer uniquement de manière naturelle. Nous sommes appelés à aimer de manière surnaturelle. C’est le Christ qui le dit dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Comme je vous ai aimé, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». Nous ne sommes pas, nous, chrétiens, appelé, à nous aimer de manière purement humaine. Je le répète : aimer l’autre, s’il pense comme nous, s’il nous ressemble, est facile. Aimer ceux qui nous aiment est facile. Nous sommes appelés à aimer comme Dieu : « Comme je vous ai aimés ».

Dès lors, le mot « amour » revêt cette puissance surnaturelle dont le Cardinal Newman, bienheureux pour l’instant et certainement prochainement saint, parlait lorsqu’il parlait de l’Invisible. Mais pour aimer comme Dieu, il faut savoir ce que cela signifie. Ainsi, le Cardinal Newman passait les premières heures de sa journée à lire la Parole de Dieu, à s’en imprégner, à la connaître presque par cœur. Elle ne faisait plus qu’un avec lui. Dès lors, à travers les lignes qu’il a pu nous laisser, on se rend compte que le mot « amour » lui est apparu réellement dans toute sa puissance. Dans le monde, dans ce qu’il a de plus négatif, le mot « amour » a pu être défiguré. Mais il l’est aussi dans notre Église, et ce n’est pas moi qui le dit, c’est le pape François qui, dans son magnifique texte sur la sainteté, nous dit que parfois dans l’Église, non seulement nous n’aimons pas, mais nous nous opposons. Il prend ainsi comme exemple l’hystérie collective des réseaux sociaux où l’on lynche les uns et les autres, y compris le Saint Père. Ce n’est pas parce qu’on a des différents avec quelqu’un que l’on ne doit pas l’aimer. L’amour va au-delà des différences et quand, par nos pensées, par nos paroles et par nos actes, nous n’aimons pas comme Dieu, nous nous condamnons nous-mêmes.

Alors oui, demandons au Seigneur, aujourd’hui, de dévoiler notre regard, de retirer même des certitudes qui nous enferment et qui nous rendent aveugles. Demandons-Lui de nous rendre vulnérables, car aimer, c’est être vulnérable. Aimer, c’est risquer d’être blessé, comme le Christ l’a été.

Pour terminer, je m’adresse à vous tous. Dans la vie, à votre avis, que faut-il faire :

« Ne rien faire par peur, ou tout risquer par amour ? »

Cette question s’adresse à chacun d’entre-nous, et c’est à chacun d’entre-nous d’y répondre.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 12 mai 2019

4ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 13, 14.43-52) – Psaume : (Ps 99 (100), 1-2, 3, 5) – 2ème lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 7, 9.14b-17) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 10, 27-30)]

Parler de la vocation est toujours difficile, parce que c’est une histoire personnelle. Ainsi, chacune des sœurs, ici présentes, est devenue religieuse à travers une rencontre personnelle, et aucune n’a rencontré le Christ de la même manière. De même pour moi, de même pour vous. Le Christ appelle, nous l’écoutons ou nous ne l’écoutons pas.

Mais parler de la vocation est particulièrement difficile pour moi en tant que prêtre cette année, et particulièrement cette semaine où le pape François vient de sortir un document extrêmement important parce qu’il sanctionne désormais de manière officielle, prêtres et évêques qui seraient infidèles à leur mission et qui sombreraient dans ce que l’on appelle pudiquement la pédocriminalité. L’Église a enfin pris en compte un phénomène endémique qui frappe tous les pays. Un phénomène qui salit, et le mot est faible, qui pollue le ministère même du prêtre.

Quand Dieu appelle, c’est la lumière qui appelle, c’est l’amour qui appelle, c’est la joie qui appelle. Quand Dieu appelle : prêtres, religieux, religieuses, c’est afin de faire de nous des témoins de cette joie, de cet amour, de cette lumière. Ainsi, même si je crois que des réformes sont importantes au sein même de notre Église, je ne crois pas du tout que ce sont des réformes structurelles ou organisationnelles qui donneront au ministère du prêtre un nouvel éclat. Ce que je trouve le plus important dans une vocation de prêtre, de religieux, de religieuse, c’est que nous puissions être des témoins de l’Invisible et du Surnaturel. Or, aujourd’hui :

  • Dans les séminaires, on nous « bourre » la tête de connaissances, nous passons des diplômes, des examens, sur la Parole de Dieu.

  • Dans les diocèses, on pense qu’il faut former les prêtres à l’animation de réunions, à la gestion de paroisses, à la comptabilité.

Est-ce cela que le monde demande aux prêtres, aux religieux, aux religieuses : que nous soyons de bons gestionnaires temporels ? Je ne le crois pas du tout.

Alors, je fais partie d’un petit noyau qui pense qu’il faut revoir la formation des prêtres et insister justement sur l’Invisible et le Surnaturel. Soyons clair, aujourd’hui, ce qui nous réunit, c’est Jésus-Christ, vrai Dieu, vrai Homme, qui est né il y a deux mille ans, qui a enseigné son message et qui est mort et ressuscité. A priori, aucun d’entre-nous n’a vu de ses yeux humains Jésus-Christ. Mais si nous sommes là, aujourd’hui, c’est que les yeux de notre cœur Le voient ; les yeux de notre cœur, dont parle saint Augustin dans les Confessions, voient le Christ. Nous sentons Sa présence. Nous entendons avec les oreilles de notre cœur son message et, dès lors, nous avons envie de Lui répondre. Nous avons envie de Lui dire à notre tour, comme Pierre dans l’Évangile : « Tu sais bien Seigneur que je T’aime ».

Et l’amour, ça ne s’enseigne pas ! On peut être docteur en théologie et avoir un cœur sec. On peut être docteur en théologie et aimer, bien entendu.

Cette semaine, le Pape s’adressant au clergé de Rome, dont il est l’évêque, insistait sur le fait que le monde n’attend pas de nous des projets pastoraux à moyen, court ou long terme. Il attend de ceux qui ont reçu un appel particulier comme les prêtres, les religieux, les religieuses, Il attend que nous aimions ceux et celles que nous rencontrons. Si nous ne les aimons pas, nous pouvons être de bons gestionnaires, de bons animateurs mais sûrement pas de bons prêtres, ni de saints prêtres, ni de bonnes religieuses – si je puis me permettre – ni de saintes religieuses.

Aimer, c’est le message du Christ dans tout l’Évangile. J’aime à dire que l’Évangile, c’est un manuel d’amour. Le Christ, tout au long de sa vie, nous a enseigné à aimer comme Lui a aimé, et ceux qui reçoivent un appel particulier sont appelés avant tout à témoigner de cet amour, et je mesure tous les jours qu’aimer n’est pas facile. Ainsi le Pape insiste sur le fait qu’il faut aimer les gens qui nous agacent, c’est une bonne école. Et même pour moi, prêtre, il y a des gens qui m’agacent, mais je suis appelé à les aimer quand même, comme le Christ, parce qu’ils agacent « Gourrier », mais ils n’agacent pas le Christ dont « Gourrier » doit être le témoin. Ce que je dis pour « Gourrier » est bien entendu valable pour chacun d’entre-nous…

Nous sommes appelés à être les témoins de plus grand que nous, à faire taire notre ego, à être comme ces vitraux, que j’utilise si souvent dans mes homélies. Ces vitraux passent la lumière, ils ne sont pas source de la lumière. Nous sommes ces vitraux, et le soleil qui les éclaire en ce moment-même, c’est la lumière de Dieu, et le reflet qu’ils donnent dans cette église, c’est le témoignage que nous donnons dans le monde. Alors oui, je pense qu’aujourd’hui, plus que jamais, nous sommes appelés à prier pour que les prêtres, les religieux, les religieuses soient vraiment témoins de cet amour inconditionnel de Dieu.

Quand je vous disais tout à l’heure qu’au Rwanda, dans les séminaires, des séminaristes d’ethnies différentes se sont entre-tués, mais nous sommes dans un non-sens ! Où sommes-nous ? Sommes-nous devenus fous ? Point n’est besoin d’aller au Rwanda, en France même, dans notre Église, les oppositions sont violentes. Je relisais le texte du pape François sur la sainteté qui se plaignait que sur les réseaux catholiques, la méchanceté règne, que la médisance soit dominante et que l’amour en soit absent. Alors oui, je pense qu’il faut une réforme, une réforme profonde, mais pas institutionnelle.

Après deux mille ans de christianisme, qu’avons-nous fait de Dieu ? En sommes-nous des témoins fidèles ou non ?

Maintenant, très humblement, je vous fais une demande à vous qui êtes présents : priez pour les vocations. Non pas une fois par an lors du dimanche du Bon Pasteur, mais tous les jours. Parce que, ne pas prier pour les prêtres, les religieux, les religieuses tous les jours, c’est ne pas croire à la puissance de la prière, et je crois à la puissance de la prière. Ce ne sont pas des écrits humains qui vont changer l’Église, c’est notre prière. Il est de notre devoir de prier.

Alors oui, je vous en supplie, à partir d’aujourd’hui, priez tous les jours pour la sainteté des prêtres, des religieux et des religieuses. En France, où la situation est si dramatique au niveau des vocations, il suffirait d’un saint pour redonner l’énergie à une Église parfois endormie. Prions-nous pour qu’un saint émerge et change la face de la France, fille aînée de l’Église ? Ou alors, faisons-nous partie de ceux qui râlent tout le temps, qui critiquent sans cesse : leur curé, la paroisse, l’évêque, le Pape ?

La critique ne grandit pas, la prière élève et elle transforme. Mais chacun d’entre-nous est libre.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 5 mai 2019

3ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 5, 27b-32.40b-41) – Psaume : (Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13) – 2ème lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 5, 11-14) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 21, 1-19)]

Certains d’entre-vous ont peut-être frémi en s’apercevant que j’avais choisi la version longue de l’Évangile de ce jour. J’aurai pu choisir une version courte mais cela n’aurait pas eu de sens à mes yeux. En effet, le point capital, aujourd’hui, de cet évangile, ce sont ces trois questions que Jésus pose à Pierre : « Simon-Pierre, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? ». Mais ces trois questions, ce n’est pas seulement à Pierre qu’Il les pose, Il les pose à chacun d’entre-nous : « Patrice, m’aimes-tu ? Mireille, m’aimes-tu ? Jérôme, m’aimes-tu ? Jacques, m’aimes-tu ? Vianney, m’aimes-tu ? ». Oui, c’est à chacun d’entre-nous qu’aujourd’hui Il pose cette question.

Aimons-nous Jésus ? Sommes-nous capables de dire, du plus profond de notre cœur, à Jésus : « Oui, Seigneur, Tu le sais, je t’aime » ? De cette question dépend non seulement toute notre vie chrétienne mais l’avenir même de l’Église. Face à la crise que nous traversons, dévastatrice, ce n’est pas par des réformes de structures uniquement, même si certaines sont nécessaires, que nous irons vers le Seigneur, mais c’est par l’amour. C’est quand chaque chrétien, chacun d’entre-nous dans cette assemblée, sera capable de dire sans hésiter : « Seigneur, je t’aime ». C’est quand chaque chrétien se lèvera le matin et sera capable de dire au réveil : « Seigneur, je t’aime ».

Mais alors, immédiatement, j’entends chez les uns et les autres des objections. La première : « Mais comment aimer Jésus, je ne le vois pas ? Je suis capable de dire : ‘’ je t’aime ‘’ à mon conjoint, à mes enfants, à mes amis, mais Jésus, je ne le vois pas ! »  Mais alors, lisez ! Lisez la parole de Dieu ! Saint Augustin, ce grand converti, disait dès le IVe siècle : « L’Écriture, la Parole de Dieu, est l’incarnation du Christ ». Nous ne pouvons pas dire : « Je ne connais pas Jésus ». Ou, du moins, nous pouvons le dire si tous les jours nous ne nous nourrissons pas de la Parole de Dieu. C’est pourquoi le pape François a insisté à de multiples reprises : « Ayez toujours un évangile sur vous afin de pouvoir le lire à tout moment ». Lire l’évangile, c’est contempler l’incarnation du Christ à travers sa Parole. C’est se nourrir réellement. Ensuite, à chaque messe, nous assistons à un miracle inimaginable quand le prêtre, tout indigne qu’il est, étend les mains sur l’autel : c’est alors Jésus Lui-même qui descend sur l’autel. C’est Dieu Lui-même qui descend sur l’autel, sous l’espèce de son corps et de son sang.

Je suis prêtre depuis bientôt vingt ans. Je me suis certainement habitué à beaucoup de choses, ce qui est un défaut, mais je ne me suis jamais habitué à la messe. Chaque messe est pour moi un bouleversement. Je suis tellement bouleversé que je me demande parfois si j’arriverai à célébrer jusqu’au bout.

Tous les gestes marquent une intimité du prêtre avec le Christ : embrasser l’autel, embrasser l’Évangile, embrasser la patène, tenir à un moment de la célébration le Corps et le Sang du Christ dans mes mains, j’ai alors l’impression d’être comme Marie qui tenait son fils dans ses bras. Ce sont des moments d’une émotion intense. Ils ne peuvent être intenses que si le prêtre est amoureux de Dieu, et si aujourd’hui, et encore cette semaine, des prêtres ont été infidèles à leur mission, ont trahi leur mission, c’est peut-être parce qu’ils ne sont plus amoureux de Dieu, qu’ils ne sont plus amoureux du Christ.

Quand on est amoureux de quelqu’un, on cherche à lui faire plaisir, on cherche à montrer les plus beaux côtés de son être, à éliminer toutes traces de violence, toutes traces de colère ou d’impatience et à se montrer à cet être dans ce qu’il y a de plus beau en nous, en faisant tout, je le répète, pour lui plaire, dans un couple, dans une famille, avec des amis. Il en est de même avec Dieu. Malheureusement, nous avons déformé le visage de Dieu. Aujourd’hui, nous avons des images perverties de Dieu. Si Coca Cola a fait de saint Nicolas le père Noël que nous connaissons, rouge et blanc, nous, nous avons fait de Dieu un père Noël ! Notre prière est à sens unique : « Seigneur, exauce-moi pour ceci, Seigneur exauce-moi pour cela, je te le demande ». Et, quand Il ne nous exauce pas, alors, nous traversons une crise de foi.

Mais est-ce que nous nous interrogeons le matin et le soir : « Est-ce que ma journée va plaire à Dieu ? Est-ce que mes pensées vont plaire à Dieu ? Est-ce que mes paroles vont plaire à Dieu ? Est-ce que mes actes vont plaire à Dieu ? » Et, en fin de journée, se demander si tout ce que nous avons pensé, tout ce que nous avons dit, tout ce que nous avons fait, plaît à Dieu, alors nous serons sur le vrai chemin. La question n’est pas que Dieu nous plaise mais que notre vie plaise à Dieu. Sinon, c’est une perversion de la vie chrétienne. Malheureusement, nous avons des images perverties de Dieu qui, au fil des siècles, nous ont été proposées : un Dieu juge, un Dieu intolérant, un Dieu qui condamne, un Dieu moralisateur. Mais prenez l’Évangile, lisez-le : l’Incarnation du Christ, Dieu est amour, Dieu ne juge pas, Il pardonne. Mais Il ne pardonne qu’à une condition, c’est qu’on Lui demande pardon. Ce sont nos actes qui nous jugent, et au Jugement Dernier, car il y aura un jugement, si notre vie ne plaît pas à Dieu, nous ne pourrons pas le contempler face à face.

D’autres images perverties de Dieu traînent dans nos esprits : « Plus on souffre, plus on est près de Dieu ». C’est une manière de voir que je respecte, mais si la souffrance était si grandiose aux yeux de Dieu, Il n’aurait jamais guéri un malade, jamais ressuscité des morts, jamais rendu la vue à des aveugles. Il l’a fait.

Alors oui, aujourd’hui, la question fondamentale que nous avons à nous poser, c’est : « Est-ce que j’aime Jésus ? ». Là, aujourd’hui, Il me pose la question : « M’aimes-tu ? ». Qu’est-ce que nous Lui répondons ? Qu’est-ce que vous Lui répondez ?

L’amour est la plus grande des forces. La peur est ce qu’il y a à éviter. Le Cardinal Sara, récemment, déclarait que la peur, actuellement, est le plus grand ennemi de l’Église. La peur renferme, la peur aveugle, la peur rend violent. L’amour ouvre le cœur.

Alors oui, interrogeons-nous : que répondons-nous à Jésus dans le fond de notre cœur, à Lui qui nous dit : « M’aimes-tu ? » ? Sommes-nous capables de Lui dire, en tendant nos mains, en ouvrant notre cœur : « Seigneur, Tu sais bien que je t’aime » ?

De cela dépend notre vie chrétienne et toute notre vie sur terre, ainsi que notre salut éternel.

Vidéo de l’homélie

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