Dimanche 1er décembre 2019

Premier dimanche de l’Avent

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 2, 1-5) – Psaume (Ps 121 (122), 1-2, 3-4ab, 4cd-5, 6-7, 8-9) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 13, 11-14a) – Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 24, 37-44))

Chaque année, l’Église nous invite à vivre deux périodes très particulières : l’Avent et le Carême. Dans les deux cas, ces périodes ont pour objectif de nous préparer de manière plus ardente à un évènement capital pour notre vie de chrétiens. Le Carême nous prépare à la mort et à la résurrection du Christ, l’Avent nous prépare à sa naissance.

C’est pourquoi, chaque année, j’aime prendre un thème qui sera le fil directeur de mes homélies durant les quatre prochains dimanches. Cette année, j’ai choisi : « Nous sommes en ce monde mais pas de ce monde ». Pourquoi ? Il me semble, et les pères du désert nous le confirment, qu’à force de vivre dans le monde, nous devenions comme tout le monde. Ainsi, en vivant dans le monde, nous risquons de réagir, de penser, d’agir, de parler comme tout le monde. Or, nous, chrétiens, nous ne sommes pas comme tout le monde. Nous ne sommes pas meilleurs, mais nous sommes différents parce que « nous avons pour père : Dieu, et pour mère : la foi », comme le disait un martyr chrétien du IIe siècle. Tous deux sont là pour nous guider au quotidien.

Mais justement, le quotidien, qui peut être extraordinaire, peut être aussi l’occasion d’habitudes, de pesanteurs. Ainsi même, au sein d’un couple, on peut parfois s’habituer à la présence de l’autre, sans vraiment faire attention. De même, dans une communauté, paroissiale, monastique… C’est pourquoi saint Paul, aujourd’hui, nous invite à sortir de notre sommeil : un être habitué, c’est un être endormi. Or nous, chrétiens, nous ne pouvons pas être des endormis. Le Christ d’ailleurs nous le dit dans l’Évangile : « Tenez-vous donc prêts vous aussi, c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » Les pères du désert – encore eux – nous invitent alors à la vigilance, à la nepsis, à l’éveil, nous invitant ainsi à avoir constamment en tête que le Fils de l’homme peut arriver à tout instant.

« Deux hommes seront aux champs, l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin : l’une sera prise, l’autre laissée. » Que désirons-nous : être pris par Dieu ou être laissé ? Personnellement, malgré mes pesanteurs, j’espère faire partie de ceux qui seront pris et non pas laissés. C’est pourquoi, il nous faut être vigilants à nos pensées, à nos paroles, à nos actes et à leurs conséquences. Nos pensées mauvaises ont des conséquences sur l’univers entier et nous reviennent. Nous ne pouvons pas penser, nous, chrétiens, ni agir, ni parler comme tout le monde, car tout doit être fait pour glorifier Dieu. Abba Arsène, écrivait : « Si tu parles, fais-le pour Dieu, si tu te tais, fais-le pour Dieu », et je m’aperçois aujourd’hui combien ce précepte que je connais par cœur, je ne l’applique pas assez !

En ce premier dimanche de l’Avent, souhaitons-nous vivre l’année qui vient comme la précédente ?

Mais attention, pour rester vigilants, il faut accepter d’être secoué, bouleversé par les évènements de l’existence, même si c’est rude, même si cela fait mal. Ainsi, la mort d’un proche peut bouleverser une vie. Une visite canonique peut bouleverser une communauté. Nous sommes appelés à prendre en compte tous les évènements de l’existence, qu’ils soient agréables ou désagréables : changement de situation, deuil d’une activité, maladie… Nous pouvons alors nous demander : comment cela peut-il me rapprocher de Dieu ? Rien n’est permanent, tout est évolution. Les apôtres, eux-mêmes, ont eu du mal à le comprendre ; ainsi, lors de la Transfiguration du Christ, les apôtres présents étaient tellement contents qu’ils voulaient établir des tentes pour rester là.

C’est impossible. Chacun d’entre-nous, là où nous sommes, dans le monde ou dans une communauté, nous sommes appelés au mouvement, au changement, à l’évolution. Mon côté psychologue me fait dire que si l’arthrose physique fait du mal, l’arthrose mentale, spirituelle, est bien pire. On peut s’habituer à tout, même de la messe… Pourtant, chaque messe devrait être vécue comme un évènement unique et à chaque instant, nous sommes appelés à nous émerveiller.

Que ce premier dimanche de l’Avent soit pour chacun d’entre-nous comme le premier dimanche que nous vivons dans notre vie. Que cet Avent qui s’ouvre devant nous soit comme le premier Avent que nous allons vivre dans notre vie.

Croire suscite l’émerveillement. Croire est un mouvement. N’ayons pas peur du changement. Dieu est notre père, la foi est notre mère.

Amen

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 24 novembre 2019

Le Christ Roi de l’Univers

[1ère lecture : Lecture du deuxième livre de Samuel (2 S 5, 1-3) – Psaume (Ps 121 (122), 1-2, 3-4, 5-6) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens (Col 1, 12-20) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 23, 35-43)]

Nous le savons historiquement, la fête du Christ Roi de l’Univers est récente. Elle date du début du XXe siècle. En effet, face à la montée du communisme, l’Église a souhaité montrer que le Christ dominait tous les régimes politiques, qu’Il était au-dessus de tout. Mais en fait, cette fête n’était que la prise en compte de ce qui est dit depuis toujours dans l’Écriture, de ce qui était dit chez le peuple juif, de ce qui était dit chez les chrétiens : le Christ est le roi de l’univers au-dessus de tous les régimes quels qu’ils soient.

Alors oui, en ce début de XXIe siècle où l’on se plaît à vouloir rejeter le sacré, ce titre du Christ me semble au contraire capital, et j’y vois même une voie d’avenir. Regardons autour de nous : des guerres, des divisions, l’absence totale de repères, des révolutions ; des hommes, des femmes traités sans la dignité inhérente à chaque être humain créé à l’image de Dieu. Le monde semble devenir fou. Fêter le Christ Roi de l’Univers, c’est nous ouvrir un horizon. Dans l’oraison du début de la messe, il était dit que le Christ, Roi de l’Univers, nous libère de nos servitudes. Dieu sait que nos servitudes sont nombreuses : L’argent-roi, le sexe, la consommation… Alors oui, le Christ Roi de l’Univers, je l’appelle de tous mes vœux, parce que, lorsqu’Il sera pour tous les hommes le Roi de l’Univers, le monde sera lumineux.

On peut s’étonner que cette fête clôture l’année liturgique et ne la commence pas. Il est pourtant intéressant qu’elle soit en cette fin d’année liturgique car elle nous amène à nous poser une question : est-ce que dans mon cœur le Christ est le roi ? Est-ce que durant ces 12 derniers mois au rythme des messes, des célébrations, des fêtes, de la prière, le Christ règne dans nos cœurs ? Le laissons-nous régner ?

Je constate aujourd’hui que le Christ est encore loin d’être le roi de mon cœur. Je l’aime, mais autour de Lui, il y a mon égoïsme, mes limites, mes paresses, et beaucoup de choses l’empêchent de rayonner totalement.

Alors oui, en faisant ce bilan, j’ai envie de commencer l’année liturgique la semaine prochaine comme si c’était la première année liturgique, comme si ma vie chrétienne commençait, comme si tout était neuf et qu’avec le Christ, encore plus ardemment, je souhaitai faire le ménage de mon cœur, enlever tout ce qui l’empêche de régner. Saint Macaire, IVe siècle, nous dit que le Christ est appelé à illuminer notre cœur, mais que, dans celui-ci, il y a des chauves-souris, des araignées, des serpents. Durant l’année qui s’annonce, j’ai envie avec l’aide de Dieu, avec sa grâce, avec sa force, de les chasser de mon cœur. J’ai envie de chasser tout ego, de pouvoir dire à la fin de l’année prochaine, avec st Paul : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi ».

Imaginez : si tous les chrétiens du monde, non seulement se donnaient la main – ce qui serait déjà formidable – mais avaient pour programme de laisser le Christ régner dans leur cœur, je suis certain que, comme un levier, le monde serait transformé, la lumière de Dieu serait de plus en plus présente. Les enjeux sont immenses parce que le combat est terrible autour de nous et en nous.

Laissons le Christ régner en nous. Il est le Tout puissant, mais un tout puissant d’amour, un tout puissant de pardon, un tout puissant de patience, un tout puissant de miséricorde. Laissons-Le régner en nous.

Dimitri de Rostov, un mystique du XIXe siècle, disait : 

« Ouvrez-vous portes et verrous de mon cœur et laissez le Christ, le Roi de gloire, entrer ». Cette phrase, à elle seule, est pour moi un programme pour l’année qui s’annonce.

Puisse-t-elle être un programme pour de nombreux chrétiens !

Amen

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 17 novembre 2019

33e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Malachie (Ml 3, 19-20a) – Psaume (Ps 97 (98), 5-6, 7-8, 9) – 2ème lecture : Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens (2 Th 3, 7-12) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 21, 5-19)]

Certains d’entre-vous ont peut-être ressenti un sentiment d’inquiétude, d’angoisse, à l’écoute du livre de Malachie ou de l’Évangile. Mais nous vivons en ce dimanche, le début de la fin de l’année liturgique. Elle sera clôturée dimanche prochain par la fête du Christ, Roi de l’Univers, et alors une nouvelle année commencera. Les textes, comme la fin de l’année liturgique, nous rappellent une vérité première que nous avons peut-être trop tendance à oublier : le temps chrétien n’est pas comme le temps des Grecs, un temps cyclique. C’est un temps qui a un début et une fin, et nous allons vers cette fin. Il est de plus capital de se remémorer sans cesse ce que le Christ nous dit dans l’Évangile de ce jour, même si c’est dur !

En effet, des détracteurs du christianisme, comme Karl Marx, mettaient en avant le fait que la foi était de l’opium, c’est-à-dire une drogue qui, finalement, nous permettait de supporter cette vie sur terre, de nous endormir en quelque sorte. D’autres vont même jusqu’à dire que la foi est pour les faibles, ceux qui ont peur de tout. Pourtant, avec les textes de ce jour, nous avons ici le démenti de ces propos. Dans certaines spiritualités, qui ont trop été influencées par le développement personnel, on fait croire que la vie spirituelle, est là pour aller mieux, pour se sentir bien dans sa tête, pour voir les choses positivement. On court alors, le danger d’avoir devant nous une spiritualité hédoniste. Le Christ, aujourd’hui, nous met en face de la réalité, et cette réalité est dure à entendre : « On portera la main sur vous, on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. »

Bien sûr, pour nous, catholiques français, ces mots nous semblent peut-être étrangers, mais combien de chrétiens vivent la persécution dans le monde ? En France même, on observe non seulement régulièrement des actes de profanation (églises, cimetières) mais il est de plus en plus difficile de témoigner de sa foi et de dire qu’on est chrétien. Je pense notamment à une personne, qui emportée par son élan, a confié à ses collègues qu’il était chrétien, qu’il avait la foi, qu’il croyait en Dieu, que c’était une force. C’était pour lui une joie extraordinaire de pouvoir en témoigner. Quelques semaines plus tard, son service, comme par hasard, a été démantelé sans explication, et lui-même mis dans un placard. Depuis toujours, il y a dans l’Église plusieurs manières de témoigner, d’être martyr : le martyre rouge, c’est donné son sang, et le martyre blanc, c’est vivre la persécution au quotidien, de manière parfois bien insidieuse.

Cependant, dans ce tableau, qui peut paraître difficile, le Christ nous ouvre un horizon infini comme le fait Malachie dans la Première Lecture. Il nous dit en effet: « Mais pour vous [pour nous, aujourd’hui] qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. » Cette image d’un Dieu comparé à un soleil, peut apparaître, à tort, païenne, mais dans de nombreux textes chrétiens, le Christ est comparé à un soleil, à la lumière. Les ostensoirs, devant lesquels nous adorons le Saint-Sacrement, ont généralement la forme d’un soleil pour montrer que c’est la lumière de Dieu qui nous irradie. Tout à l’heure, je vais élever l’Eucharistie devant vous. A chaque fois, je ne peux m’empêcher de penser qu’elle diffuse sur chacun d’entre-nous sa lumière, qu’elle est un phare et qu’elle éclaire notre cœur. Un cœur éclairé ne peut avoir peur. Un cœur éclairé, une âme illuminée est prêt à tout.

De même, Paul nous montre une voie extraordinaire pour avancer au milieu de ces temps troublés : « vous savez bien, vous, ce qu’il faut faire pour nous imiter. » En parlant ainsi, il parle non seulement de lui mais aussi de tous les apôtres. Paul nous dit avec justesse dans une autre lettre : « Imitez-moi, car j’imite le Christ ». Nous avons au quotidien à imiter le Christ. Et, pour imiter le Christ, il faut l’avoir constamment présent dans son cœur.

Ce matin, avant de venir, je lisais un texte d’un certain Théophane le reclus, un véritable saint, qui nous disait que non seulement nous sommes appelés à prier le plus longtemps possible, mais que si, en fonction de nos occupations, nous ne pouvons pas prier, nous allons avoir en tête le souvenir de Dieu, à avoir dans nos pensées, la présence de Dieu. Alors, quelles que soient nos activités, Dieu sera présent.

Mais il nous faut faire preuve de persévérance. C’est ce à quoi nous invite le Christ dans l’Évangile. Persévérons sans cesse, car nous le savons, Dieu est toujours là.

En ces temps troublés, annoncés par les textes de ce jour, n’ayons pas peur, laissons-nous illuminer par la lumière de Dieu.

La semaine prochaine, nous fêterons le Christ, Roi de l’Univers. Pour accueillir un roi, en règle générale, on prépare les lieux, on les rend beaux, on nettoie. Durant cette semaine, préparons-nous à accueillir le Christ, le Roi de gloire. Laissons notre cœur être illuminé. Demandons à Dieu d’en éliminer tout ce qui pourrait nuire à la lumière divine.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 10 novembre 2019

32e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du deuxième livre des Martyrs d’Israël (2 M 7, 1-2.9-14) – Psaume (Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15) – 2ème lecture : Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens (2 Th 2, 16 – 3, 5) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 20, 27-38)]

Si l’on peut se réjouir que les évêques, cette semaine, aient uni leurs voix à tous les mouvements laïques qui existent et qui parlent d’écologie et de solidarité, sujets fondamentaux pour vos enfants et l’avenir de la planète, il est un sujet fondamental sur lequel l’Église est finalement l’une des rares a avoir une parole forte, ferme, assurée. Ce sujet, c’est la résurrection. En effet, nous vivons dans un monde où parfois, même nous, chrétiens, semblons avoir été contaminés par l’esprit du monde. Nous investissons tout sur notre vie terrestre et, finalement, l’échéance à laquelle nous serons tous confrontés, et ce qui se passe après, apparaît, de manière tout à fait erronée, secondaire.

Pourtant, le film réalisé, il y a quelques temps par Pierre Barnerias sur la vie après la mort et les expériences de mort imminente, a été un grand succès lors de sa sortie en salle. Beaucoup de personnes étaient venues y assister car beaucoup d’hommes et de femmes s’interrogent : que se passe-t-il après la mort ? C’est pourquoi, je me demande parfois si nous, prêtres, parlons assez des fins dernières. On dirait qu’au fil des siècles, nous sommes devenus trop temporels, oubliant des vérités éternelles. La première aujourd’hui nous est donnée par l’Évangile : « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour Lui. » Nous vivons pour Dieu, et notre vie entière est dirigée vers Dieu. Ainsi, durant une célébration, nos gestes, tous nos gestes, s’ils sont vécus en profondeur, nous font passer du visible à l’invisible, du terrestre au céleste.

A deux reprises, notamment, nous nous levons. Pour l’Évangile, parce que l’Évangile nous met debout et c’est que nous exprimons par notre corps. Mais, est-ce que nous y pensons ? « L‘Évangile me met debout, la Parole de Dieu me met debout ». De même, traditionnellement le dimanche, nous allons nous mettre debout pour la Consécration, signifiant par-là que l’’Eucharistie nous met debout. En Occident, la position à genoux est privilégiée. Mais, quand on se met à genoux, il ne faut jamais oublier que c’est Dieu qui me relève, que c’est Dieu qui me met debout.

Pourquoi insister autant aujourd’hui sur cette position debout ? Tout simplement, parce que le mot « ressusciter », en grec, veut non seulement dire « revenir d’entre les morts » mais, aussi, « se mettre debout, se lever, s’éveiller ». Et tous les textes de ce jour sont tournés vers la Résurrection, cette question fondamentale pour chacun d’entre-nous, cette naissance à la vie éternelle que nous attendons parce que nous verrons Dieu tel qu’Il est.

Moment que nous attendons tous ; mais je suis peut-être un peu optimiste. En effet, quand on prend les statistiques : « 10 % des Français interrogés croient à la résurrection des morts auprès de Dieu. Chez les catholiques ils sont 13 %, 31 % chez les pratiquants et 57 % chez les pratiquants réguliers. Par ailleurs, 14 % des Français interrogés souhaitent cette résurrection : 19 % des catholiques, 36 % des pratiquants et 61 % des pratiquants réguliers. (Sondage Le Pèlerin/Sofres, 2009)

Nous sommes loin des 100 % ! Or saint Paul dans une lettre nous dit : « Si vous ne croyez pas à la Résurrection, votre foi est vaine. »

Oui, ce mot « ressusciter » est à la fois important pour notre vie terrestre et pour notre vie éternelle. Pour notre vie terrestre, il signifie que nous allons nous mettre/remettre debout tout le temps, même quand les épreuves de la vie vont nous mettre à terre. Nous nous relèverons avec l’aide de Dieu et par la puissance de l’Esprit-Saint. Cela signifie aussi, que la mort n’est pas la fin de tout, et c’est sans doute le succès de ces films/livres sur la vie après la mort, sur les expériences de mort imminente.

Mais nous, catholiques, nous, chrétiens, n’avons pas besoin de tout cela pour croire en la résurrection, car Dieu nous l’assure, nous allons ressusciter.

L’Évangile cependant met une réserve. Le Christ déclare en effet : « Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ». « Ceux qui ont été jugés dignes », cela veut dire que nous sommes appelés à préparer cette vie éternelle, et que contrairement au film « Nous irons tous au Paradis », ce n’est pas forcément le cas.

« Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir » : cette parole du Christ est à mettre en lien avec ce qu’Il dit dans l’Évangile de Matthieu au Jugement dernier : « Certains, en effet, seront les bénis de mon Père » dit-Il, « d’autres, au contraire, seront les maudits de mon Père » parce qu’ils n’ont pas pensé, ils n’ont pas parlé, ils n’ont pas agit en mettant toute leur vie sous le regard de l’Évangile.

Alors oui, cette foi en la Résurrection est, tout à la fois, une espérance pour chacun d’entre-nous et une responsabilité. Notre vie sur terre prépare cette vie éternelle.

A quelques semaines de la fin de l’année liturgique et, à quelques semaines du début de la suivante, peut-être qu’un bilan intérieur est nécessaire :

  • Où en suis-je de ma foi en la Résurrection ?

  • Est-ce que je vis aujourd’hui ma vie comme un ressuscité, plein d’espérance, tourné vers le Seigneur ?

  • Est-ce que je crois qu’après la mort, je contemplerai Dieu face à face ?

Les Anciens nous parlent de leur crainte de ne pas contempler Dieu face à face, après une vie qui n’est pas jugée digne de le faire, et cette crainte était pour eux un moteur. Mais, aujourd’hui, nous, chrétiens du troisième millénaire, plus intelligent que vingt siècles d’histoire, avons banni cette crainte.

La crainte, ce n’est pas de la peur, c’est la crainte de ne pas rejoindre l’être aimé, Dieu Lui-même.

Mais, est-ce que nous aimons Dieu ? Voilà une autre question pour notre bilan.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 3 novembre 2019

31e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de la Sagesse (Sg 11, 22 – 12, 2) – Psaume (Ps 144 (145), 1-2, 8-9, 10-11, 13cd-14) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens (2 Th 1, 11 – 2, 2) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 19, 1-10)]

Je vous le disais en introduction, nous venons de vivre 3 jours particulièrement denses. Le jour de la Toussaint, où nous sommes unis à ceux et celles qui sont déjà au ciel et qui contemplent Dieu face à face. Nous nous sommes unis à eux par cette communion des saints qui fait qu’ils intercèdent pour nous aujourd’hui. Hier, nous avons prié pour les défunts avec, au fond de notre cœur, cette certitude que la mort n’est pas un terme et que nous allons ressusciter. Il est fondamental de le rappeler, car il peut exister dans le christianisme une dérive qui consisterait à croire que, pour être chrétien, il suffit d’être généreux, bon avec les autres. Si certes, être bon et généreux avec les autres fait partie de l’être chrétien, ce n’est pas ce qui le fonde. On peut être athée, ou d’autres religions, et bon et généreux. Jamais la bonté et la générosité n’ont été l’apanage des chrétiens. Mais, si nous sommes bons et généreux, c’est parce que cette bonté et cette générosité sont fondées sur notre foi en un Dieu trinitaire : Père, Fils et Saint-Esprit – ce que nous proclamerons tout à l’heure – et dans la certitude que le Christ a vaincu la mort. Aujourd’hui, plus que jamais, dans un monde qui parfois désespère, nous avons à affirmer que nous croyons dans ces fins dernières, que la mort n’est pas un terme mais qu’elle est naissance à la vie éternelle.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux dans le monde qui voudraient qu’on n’en parle plus. Cette semaine, de nouveau, un cimetière chrétien a été profané. Les croix ont été brisées au sol. Chaque année, il y a plus de 1800 profanations dans des églises ou dans des cimetières. On dirait qu’on veut effacer de la surface de la terre ces croix qui nous rappellent que Dieu nous a aimé jusqu’à donner sa vie et qu’Il est ressuscité. Il est d’ailleurs troublant, et je le lisais hier, qu’aujourd’hui, dans les cimetières, les tombes nouvelles n’ont pas de croix comme si on avait oublié que le Christ, Fils de Dieu, était ressuscité. Alors, pour nous qui sommes ici aujourd’hui, nous avons à devenir des ardents, à devenir les témoins du message du Christ. Nous avons à devenir Évangile, Bonne nouvelle, quel que soit notre âge : jeune, enfant ou plus âgé. Quel que soit notre histoire.

Nous avons une certitude, et aujourd’hui dans notre promenade dominicale dans le jardin des Écritures, je retiendrai quelques fleurs avec lesquelles nous pourrons faire un bouquet spirituel pour nous permettre de vivre cette semaine. Aujourd’hui, dans le Livre de la Sagesse, il nous est dit : « Maître qui aime les vivants, Toi dont le souffle impérissable les anime tous ». Dieu aime les vivants. Il nous invite à vivre pleinement notre vie. Son souffle anime tous les êtres humains, qu’ils soient chrétiens ou non, et le souffle de Dieu est présent dans toute l’humanité. Je dirai même que c’est ce souffle qui soutient le monde aujourd’hui. Nous avons, par notre vie, à devenir témoins de cette certitude.

Le Psaume 144 nous dit quant à lui que « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres. » Aucune violence n’est possible au nom de Dieu parce que Dieu est tendresse, parce que Dieu est amour, parce que Dieu est bonté et qu’Il nous appelle à être de même. Alors, là où nous sommes, nous avons à être témoin de la tendresse.

En famille, nous avons à être témoin de cette tendresse, de cette bonté à temps et à contre-temps, là où nous sommes, là où nous travaillons, là où nous habitons. Dans nos communautés chrétiennes, nous avons à être tendresse et bonté, sans colère. Aujourd’hui, à écouter les propos du pape François, on peut s’interroger sur la capacité des chrétiens à être témoin de cet amour. Le Pape a eu des paroles très dures, il y a quelques jours, déclarant : « Je préfère quelqu’un d’athée et plein d’amour, qu’un chrétien hypocrite ». Cette parole est dure, mais justement il est là pour nous secouer et nous inviter à nous demander où nous en sommes de cet amour. Saint Paul, quant à lui, dans sa lettre aux Thessaloniciens nous rappelle, bien entendu, l’importance de la gloire de Dieu, mais surtout que Dieu soit glorifié dans nos vies. C’est-à-dire que les personnes qui nous rencontrent se disent : « Mais il ne pense pas comme tout le monde. Il n’agit pas comme tout le monde. Qu’est-ce qui l’anime ? » et qu’à travers nous, nous soyons témoin de cet amour.

L’Évangile de Zachée, quant à lui, nous rappelle que le christianisme n’est pas une religion d’élite. Le christianisme n’est pas la religion des purs, des parfaits. Le christianisme, c’est la religion de ceux et celles, pécheurs, loin de Dieu, qui se sentent appelés par Lui. Cela nous rappelle que le Christ ne juge pas, mais qu’Il sauve. Mais trop souvent, l’Église n’a été témoin que du jugement et de la condamnation. Trop souvent, on a l’impression que les chrétiens sont contre et jamais pour. Le Christ est pour l’homme, et c’est par amour de l’homme qu’il est venu.

Alors, ne jugeons pas les autres, ne jugeons pas le monde. Il y a des personnes, certes, qui ont des conduites inacceptables à nos yeux, bien loin de l’Évangile. Plutôt que de les juger, est-ce que nous prions pour elles ? Ceux et celles qui ne nous attirent pas au premier contact, pourquoi ne faisons-nous pas comme le Christ, pourquoi n’allons-nous pas vers ces personnes, en leur demandant : « J’aimerai faire ta connaissance, j’aimerai te connaître mieux » ?

Alors oui, vous le voyez aujourd’hui, cette promenade dominicale dans les jardins de l’Écriture est une invitation à l’élévation spirituelle, à l’élévation personnelle. Le bien que nous ferons va élever le monde. Le mal que nous ferons va l’abaisser.

Que souhaitons-nous : élever le monde ou l’abaisser ?

A chacun d’entre-nous de choisir.

Vidéo de l’homélie

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Vendredi 1er novembre 2019

Fête de la Toussaint

[1ère lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 7, 2-4.9-14) – (Ps 23 (24), 1-2, 3-4ab, 5-6) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Jean (1 Jn 3, 1-3) – Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 1-12a)]

Quand il m’arrive de demander aux uns ou aux autres : « Avez-vous envie de devenir des saints ? », la réponse est le plus souvent timide, voire parfois négative : « Non, c’est impossible. » En effet, nous avons de la sainteté une image trop souvent déformée : pour devenir saint, selon certains, il faut soit être à l‘origine de phénomènes extraordinaires : don d’ubiquité, guérison de malades, visions, prophéties, soit avoir une vie de souffrance absolument terrible. Dans les deux cas, tout cela nous paraît bien éloigné de notre réalité.

Pourtant, le Christ, dans les Évangiles, nous invite à devenir saint comme notre Père céleste est saint. On voit, dès lors, que la sainteté n’est pas une option, qu’elle est obligatoire dans l’esprit du Christ. Mais le Christ ne nous lance pas ce que l’on appelle en psychologie une « injonction paradoxale ». C’est-à-dire qu’Il nous inviterait à faire quelque chose qui est impossible pour nous. Non, s’Il nous invite à devenir des saints comme le Père Céleste est saint, c’est parce qu’Il sait que la sainteté ne vient pas de nous, mais qu’elle est l’aspect visible du travail invisible de l’Esprit-Saint en chacun d’entre nous.

Oui, la sainteté ne viendra pas de nous, elle est un don de Dieu. Alors, il nous faut demander ce don, sans cesse, tous les jours, comme le faisait notamment Thérèse de Lisieux. Et cette sainteté en chacun d’entre-nous : religieuses, prêtres, laïcs, comment peut-elle s’exprimer ? J’ai trouvé une clef cette semaine dans un ouvrage d’un contemplatif bien connu, Thomas Merton, un cistercien. En parlant des chrétiens, il dit : « Les chrétiens sont un peuple de louange. » Mais cette louange a deux aspects : au début de la messe, lors du Gloria, nous unissons nos voix à celles des anges pour chanter la gloire, la louange de Dieu. La louange s’exprime alors par nos voix, mais ce n’est que la première étape, la plus simple, car on peut très bien louer Dieu avec nos lèvres et maudire notre prochain avec notre cœur.

Il nous faut aller plus loin, et la vraie louange s’exprime alors par notre vie. Nous avons à louer Dieu par nos pensées, par nos paroles et par nos actes ; et toutes les pensées, toutes les paroles, tous les actes qui vont contre l’amour ne louent pas Dieu. Oui, nous sommes appelés à louer Dieu par notre vie. Notre vie elle-même doit devenir louange de Dieu, et ceux et celles qui nous côtoient doivent pouvoir voir en nous la gloire de Dieu.

C’est possible grâce à l’action de l’Esprit-Saint, je le répète, mais aussi grâce à la prévenance de Dieu qui nous donne, notamment, aujourd’hui, dans l’Évangile, un chemin bien balisé pour que notre vie devienne louange :

« Heureux les pauvres de cœur car le Royaume des Cieux est à eux. » Chassons de nous tout orgueil ; sans Dieu nous ne pouvons rien, et notre vie deviendra louange le jour où nous saurons oublier notre ego. Cet ego qui si souvent nous entraîne dans la souffrance.

« Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés. » Mais quel type de larmes ? Les larmes, justement, d’être loin de Dieu. Les larmes de ne pas être témoin de Dieu.

« Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. » La douceur n’est pas optionnelle, la douceur est fondamentale dans la vie chrétienne.

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. » La sainteté ne va pas nous couper du monde, bien au contraire, elle doit nous inviter à vouloir changer le monde. C’est ce qu’ont souhaité réaliser de nombreux papes quand ils ont écrit notamment sur l’économie. Oui, ayons faim et soif de justice, cette justice de Dieu.

« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. » Sachons pardonner, sans cesse, même si c’est difficile. On ne peut pas vivre dans la rancune. On ne peut pas vivre sans se sentir pardonné. Alors, soyons miséricordieux à temps et à contre-temps.

« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » Cette pureté du cœur n’est possible que si nous demandons à l’Esprit-Saint d’effacer de notre cœur toutes ces passions qui nous séparent de Dieu : la médisance, le jugement, la méchanceté, l’orgueil, la luxure, la gloutonnerie, et bien d’autre chose encore qui sont dans notre cœur. C’est avec un cœur pur, et uniquement avec un cœur pur que nous pourrons voir Dieu.

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Là encore, nous serons différents des autres mais à temps et à contre-temps dans nos familles, dans nos communautés, dans notre Église, soyons des artisans de paix. Je suis triste aujourd’hui de voir la violence institutionnelle qui s’exprime, y compris dans notre Église. Elle n’est pas acceptable. Elle n’est pas possible. Alors, si nous voulons que cela change, soyons, nous-mêmes, aujourd’hui, là où nous sommes, des artisans de paix.

Mais tout cela va nous rendre différents. Tout cela va nous rendre différents par rapport à l’esprit du monde, et alors nous risquons d’être persécutés, nous risquons d’être insultés, nous risquons d’être diffamés.

Mais le Christ lui-même n’y a pas échappé.

Soyons dans l’allégresse, car notre récompense sera grande dans les cieux !

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 27 octobre 2019

30e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de Ben Sira le Sage (Si 35, 15b-17.20-22a) – Psaume (Ps 33 (34), 2-3, 16.18, 19.23) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Timothée (2 Tm 4, 6-8.16-18) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 18, 9-14)]

Comme tous les dimanches, nous sommes invités à une promenade dominicale dans les jardins de l’Écriture. Aujourd’hui, dans cette promenade, vous avez noté une insistance particulière sur la prière. Ainsi, Ben Sira le Sage nous dit que le Seigneur écoute la prière de l’opprimé, qu’Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin, ni la plainte répétée de la veuve. Sans cesse, nous sommes appelés à prier.

Mais il y a parfois de faux sens, des incompréhensions par rapport à la prière. En effet, nous insistons trop, me semble-t-il, sur la prière de demande ; alors que les pères du désert avaient le souci de plaire à Dieu, nous souhaitons que Dieu nous plaise et qu’Il fasse ce que nous estimons être bon pour nous. Les Anciens, dans les déserts d’Égypte, ne considéraient pas que la prière était une activité. La prière était considérée comme un être. Plagiant un philosophe contemporain, je pourrais dire que pour eux, la prière avant tout, c’était « être avec », « être avec Dieu ».

La prière était considérée comme consubstantielle à l’existence. Être avec Dieu plonge l’être humain dans une joie intérieure liée au désir de bénir le Seigneur en tout temps. Bénir le Seigneur en tout temps, c’est Le bénir quand tout va bien mais aussi Le bénir quand tout va mal. C’est plus difficile pour nous, humains. Pourtant, nous sommes appelés, nous dit le Psaume, à adresser à Dieu notre louange, à le glorifier. C’est peut-être cela que nous avons perdu dans nos communautés chrétiennes. Nous insistons beaucoup, et à juste titre, sur la fraternité, sur la nécessité d’être bien ensemble dans une communauté, qu’elle soit fraternelle, conviviale. Mais nous oublions, qu’avant tout, une communauté chrétienne est là pour glorifier Dieu. Dieu qui est créateur de tout.

Nous l’oublions, mais en ce moment même, tous et toutes, nous faisons une expérience de la Création. En effet, je vous observe les uns et les autres et je m’observe. En ce moment, tous et toutes, nous respirons. Sentez l’air qui rentre dans vos narines. Sans cet air, nous serions tous morts. On dit d’ailleurs des personnes, quand elles naissent à la vie éternelle, qu’elles ont rendu leur dernier souffle. Respirer est une expérience spirituelle, et nous devrions être émerveillés de respirer à chaque instant. Cela nous plonge dans le texte de la Genèse où l’on dit que Dieu a fait de l’homme un être vivant en lui insufflant son haleine de vie. Mais respirer nous paraît normal, nous ne faisons même plus attention, sauf quand nous avons une bronchite ou que nous sommes enrhumés. Respirer est une expérience spirituelle.

Nous sommes là aussi, nous dit Paul, pour préparer la manifestation glorieuse de Dieu. Une assemblée chrétienne est en tension. Une vie chrétienne est une tension entre ce que nous vivons aujourd’hui et cette manifestation glorieuse de Dieu que nous attendons. C’est ce que, tout à l’heure, nous dirons dans le Notre Père : « Que ton règne vienne ». Ce n’est pas une clause de style, notre vie est tendue vers ce retour du Christ, vers cette manifestation glorieuse. En disant un « Notre Père », nous attendons cette manifestation. En tant que telle, cette tension est elle-même prière. Mais sommes-nous des êtres en tension ? Oui, certainement, quand nous sommes stressés, et, même dans l’Église, je constate un stress, parfois disproportionné par rapport aux évènements.

Ce désir de la prière, cette tension vers Dieu, ne seront pas toujours compris. Paul l’a vécu dans sa chair : personne ne l’a soutenu, tout le monde l’a abandonné. Paul a été incompris dans son message. Cette proclamation de l’Évangile, cette proclamation de l’amour, s’accompagnent souvent du refus de l’amour. Alors, l’Évangile est là comme une perle précieuse pour couronner l’ensemble, parce que la vie spirituelle, je le dis souvent, ne s’improvise pas.

Nicétas Stéthatos, auteur chrétien oriental, nous met en garde. Reprenant les paroles de l’Évangile, il nous dit qu’un agriculteur apprend son métier, qu’un architecte met des années à maîtriser le sien. Et nous pensons que la vie spirituelle, qui est l’art des arts, s’improvise et qu’il suffit, en quelque sorte, de s’asseoir et d’attendre que tout vienne. Non, la vie spirituelle est la science des sciences. En effet, tout en étant un chemin de vie et de joie, elle est peuplée d’écueils, d’impasses. L’un des écueils de la vie spirituelle, c’est ce que vit le pharisien de l’Évangile. Ne jetons pas les pierres aux pharisiens, les pharisiens sont des hommes convaincus, qui pensent avoir raison, et cet homme qui prie certainement très régulièrement pense que sa prière est supérieure aux autres. Or, les Anciens nous apprennent que l’orgueil spirituel est le piège de celui qui est avancé spirituellement.

L’orgueil spirituel, c’est de croire que, parce que l’on prie, parce qu’on lit l’Évangile, parce qu’on va à la messe tous les dimanches, on est supérieur aux autres. Non, nous ne sommes pas supérieurs aux autres. Le publicain a tout compris : il se frappe la poitrine en disant simplement, les yeux levés vers le ciel, exprimant ainsi cette tension dont je vous parlais précédemment : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ». Il ne demande pas à Dieu telle ou telle chose, il demande simplement que Dieu pose sur lui son regard. Ensuite, c’est tout le travail de Dieu qui nous guide à travers les évènements de notre existence.

Alors, aujourd’hui, après cette promenade dans ce jardin des Écritures, interrogeons-nous : comment prions-nous ? Quelle est la place de la prière dans notre vie ? Est-ce que nous savons passer ces moments, tout simplement, assis chez nous, assis dans une église face au Saint-Sacrement, à bénir le Seigneur d’être Dieu ? A Lui rendre gloire ? Demandons-nous, avec insistance, qu’Il revienne pour établir son règne ? Quelles sont les résistances qui sont les nôtres ? Sommes-nous dans le piège du « je n’ai pas le temps de prier » ou le piège du « oh, que ma prière est belle ! Je suis parfait» ? Nicétas Stéthatos disait dans ses textes que, pour ne pas sombrer dans l’erreur, nous avons besoin d’être accompagné. Il n’y a pas de vie spirituelle sans accompagnement spirituel.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que nous sommes devenus des auto-entrepreneurs de la vie spirituelle et nous pensons que tout seul nous avons raison. C’est faux, il nous faut retrouver l’esprit des Anciens qui allaient voir un abba ou une amma, et qui lui disait : « Dis-moi une parole ».

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 20 octobre 2019

29e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de l’Exode (Ex 17, 8-13) – Psaume (Ps 120 (121), 1-2, 3-4, 5-6, 7-8) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Timothée (2 Tm 3, 14 – 4, 2) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 18, 1-8)]

Je vous le disais la semaine dernière, quelque soit le temps, ensoleillé ou pluvieux, nous sommes invités tous les dimanches à parcourir le pâturage spirituel qui nous est proposé par les textes de la liturgie de la messe. Dans ce pâturage, nous sommes appelés à prendre de la nourriture pour la semaine, et, si nous savons nous nourrir de la parole de Dieu, alors notre semaine en sera transformée comme notre cœur. Souvent, pour accéder à ce pâturage, il y a un chemin. Il me semble qu’aujourd’hui, la lettre de Paul à Timothée constitue cette voie d’accès à l’ensemble.

Ainsi, j’ai pris personnellement comme une véritable leçon, ce qu’il nous dit sur la Parole de Dieu et, indirectement, sur l’art difficile de l’homélie. Une homélie, à mes yeux, n’est pas là pour plaire, elle est là pour bousculer. Une homélie n’a donc pas à être sirupeuse, pleine de bons sentiments. Elle doit être un peu – pardonnez-moi cette image – comme un « fouet bienveillant » qui peut réveiller notre cœur d‘une torpeur spirituelle. Une homélie n’est pas non plus un cours magistral, il y a des facultés pour cela. L’homélie, nous dit saint Thomas D’Aquin, c’est la fraction de la Parole de Dieu. Tout comme le prêtre, tout à l’heure, va couper l’Eucharistie pour la partager, il en est de même pour la Parole de Dieu avec l’homélie. Chacun d’entre-nous est appelé à partir avec un fragment de celle-ci.

Dès lors, vous le comprenez, bien souvent, j’ai plus envie de me taire que de parler, car une homélie est forcément en deçà de la parole qu’elle transmet. Mais Paul invite Timothée à proclamer la Parole, à intervenir à temps et à contre-temps, à dénoncer le mal, à faire des reproches, à encourager, ceci toujours avec patience et souci d’instruire.

Nous sommes dans les quinze jours qui vont nous préparer à la fête de la Toussaint. Cette fête de la Toussaint sera pour nous l’occasion, non seulement, de nous mettre sous la protection de ceux et celles que l’Église a reconnus comme saints et saintes, mais aussi, peut être l’occasion pour nous de savoir si nous avons envie de cheminer vers la sainteté. La sainteté, pour moi, je vous l’ai dit, c’est témoigner de l’amour à temps et à contre-temps, de cet amour, de cette patience de Dieu qui sans cesse nous instruit, et, pour cela, nous avons besoin d’être unis.

Ainsi, dans la première lecture, tirée du Livre de l’Exode, on nous dit que Moïse avait les bras debout, en l’air, et qu’il priait pendant les combats, mais, comme il fatiguait, certains sont venus soutenir ses bras, l’aider à garder les bras levés. Il en est de même pour nous, chrétiens. Parfois, certains d’entre-nous y compris les prêtres, peuvent être fatigués, alors ils ont besoin du soutien des uns et des autres. Nous avons besoin, comme dit saint Paul, de nous soutenir mutuellement, particulièrement dans les épreuves. La division n’a pas sa place quand on veut servir Dieu.

Cette position debout, les bras levés, nous la retrouvons aussi chez les pères du désert, et préparant une émission sur RCF, j’ai noté que dans le 18e degré de l’échelle sainte de Jean Climaque, il nous est dit que des moines passaient la nuit entière du samedi au dimanche, les bras levés à attendre que le soleil se lève. Il faut de l’endurance pour cela.

Mais nous, chrétiens, du troisième millénaire, ne sommes-nous pas des fatigués ? Est-ce que nous serions capables de tenir ne serait-ce qu’une heure le samedi soir les bras levés vers l’Orient, à prier. Jean Climaque nous dit qu’alors le moine se fait statue, qu’il est immatériel face à l’Immatériel et qu’il s’oublie lui-même. Or, trop souvent, notre ego nous fait du tort dans la vie spirituelle. Rester debout, les bras levés, ne serait-ce qu’une heure, voilà peut-être un bon exercice pour nous préparer à fêter la Toussaint !

Le Psaume, quant à lui, nous invite à lever les yeux vers les montagnes. J’aime cela. En effet, personnellement, quand je suis fatigué ou un peu triste, mes yeux ont tendance à regarder le sol quand je marche. La foi, c’est tout le contraire. La foi, c’est un horizon qui s’ouvre à nous et nous avons alors à lever les yeux, physiquement, pour regarder cet horizon. C’est pourquoi l’Orient est pour nous la direction. Nous levons les yeux vers le soleil qui se lève. C’est une leçon. Peut-être que certains d’entre-nous ont passé une mauvaise semaine, qu’ils ont des soucis personnels, alors plutôt que de baisser les yeux, levez les yeux vers le Seigneur. Levez les yeux vers la montagne. Alors, notre cœur s’ouvrira. C’est vrai spirituellement mais c’est vrai aussi psychologiquement. Des scientifiques se sont « amusés », si je puis me permettre, à faire marcher des gens bien portant, pendant près de deux mois, les yeux baissés vers le sol. La plupart d’entre-eux sont devenus tristes et dépressifs, A l’inverse, ils ont demandé à des personnes dépressives de lever les yeux quand ils marchaient, et au bout de deux mois, leur état s’améliorait. L’être humain n’est pas fait pour regarder vers le sol, il est fait pour regarder vers le ciel.

Le Psaume continue et nous dit des choses merveilleuses : « Le Seigneur est notre gardien ». « Il est notre ombrage ». « Il est près de nous ». Le Seigneur garde notre vie mais, pour cela, il faut lui faire confiance à temps et à contre-temps et l’invoquer sans cesse.

C’est tout le sens de cet Évangile : un juge injuste fait justice parce qu’une femme l’agace par ses cris. Nous sommes appelés à nous tourner vers Dieu sans cesse et à l’invoquer. Mais que devons-nous lui demander ? De résoudre nos problèmes quotidiens ? Non, Dieu n’est pas le Père Noël. De devenir saint ? Oui, sans cesse. D’éclairer notre cœur ? Oui, sans cesse. De nous procurer cette joie intérieure qui fait se dessiner, au plus profond de notre cœur, un sourire. Sourire qui alors sera communicatif. N’oubliez jamais qu’un saint triste est un triste saint et que les personnes qui ne croient pas sont appelées à voir sur notre visage, cette lumière indicible qui vient du plus profond de nous-mêmes.

Voilà, ensemble, nous avons parcouru quelques pas dans ce pâturage spirituel. N’hésitez pas à reprendre les textes. N’hésitez pas à reprendre telle ou telle phrase et à vous nourrir. Et surtout, entendez : le Seigneur est notre gardien. Alors, la joie sera dans votre cœur.

C’est capital, et les dernières paroles du Christ aujourd’hui résonnent comme un avertissement : « Le Fils de l’Homme trouvera-t-il la foi quand il reviendra sur la terre ! »

Cela dépend de nous, cela dépend de notre amour pour Lui.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 13 octobre 2019

28e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du deuxième livre des Rois (2 R 5, 14-17) – Psaume (Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Timothée (2 Tm 2, 8-13) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 17, 11-19)]

Quand on parle de sainteté, de multiples questions surgissent. Avons-nous le désir de devenir saint ? Qu’est-ce que la sainteté ? Qu’est-ce qu’un saint ? Comment devenir saint ? Je n’ai pas la réponse toute faite, mais des éléments de réflexion.

Avons-nous le désir de la sainteté et qu’est-ce que cela signifie ? Si je me réfère aux pères du désert qui sont mes maîtres, la sainteté, c’est désirer mener une vie qui plaise à Dieu. Or, trop souvent nous souhaitons que Dieu « nous plaise »… Une vie qui plaise à Dieu, c’est une vie où l’amour de Dieu est premier et d’où découle l’amour des autres et de soi.

Qu’est-ce que la sainteté ? Pour moi, la sainteté, c’est la réponse de l’amour à l’amour. Dieu aime passionnément chacun d’entre-nous. Il nous l’a montré tout au long de l’Histoire Sainte. Il nous l’a montré sur la croix, où Il a donné sa vie par amour pour chacun d’entre-nous. Il nous l’a montré en ressuscitant, en envoyant l’Esprit-Saint, en donnant sa Parole, son Corps, son Sang. L’amour de Dieu est inconditionnel et, dès lors, Il attend une réponse de notre part, une réponse amoureuse, inconditionnelle elle aussi.

Qu’est-ce qu’un saint ? Il y a de fausses pistes qui bloquent et qui empêchent d’avancer. Ainsi, par exemple, certains pensent qu’un saint, une sainte, est un pur, une pure. Dès lors, et comme pour nous la pureté est difficile à atteindre, la sainteté est mise de côté. Non, le saint, pour moi, c’est un pécheur converti. Un pécheur qui reconnaît qu’il est pécheur et qui demande à Dieu sa grâce, comme ces hommes qui criaient dans l’Évangile : « Jésus, Maître, prends pitié de nous ».

Mais alors, comment devenir saint ? Il y a de multiples manières d’être saint. Nous le voyons bien à travers l’histoire et les uns et les autres sommes sensibles à différentes figures de sainteté : saint Dominique, saint François, sainte Thérèse de Lisieux…. Il y a donc de multiples manières de devenir saint, mais tous ces saints ont un point commun : l’amour inconditionnel de Dieu et de sa Parole. La Parole de Dieu est comme un pré spirituel où nous sommes appelés à nous nourrir.

Ainsi, aujourd’hui, ce pré spirituel nous propose de nombreuses pistes. La première nous est donnée dans le Livre des Rois par ce Syrien, Naaman, qui était lépreux. Naaman, et bien d’autres à travers lui, ont montré qu’ils considéraient que Dieu était le seul Dieu : celui d’Israël. Notre Dieu est l’unique, c’est ce que nous croyons. Si je dis cela, c’est parce que, aujourd’hui, et même si je crois à un dialogue inter-religieux sans confusion, nombre d’hommes et de femmes semblent, à mon avis, s’égarer. Ainsi, on croit que pour enrichir sa vie spirituelle, on peut picorer à droite et à gauche. Certains vont même dire que Bouddha est comme Jésus, que Jésus est comme Bouddha. Dans la Bible, il est dit que le Dieu des chrétiens est un Dieu jaloux : Il nous aime inconditionnellement et Il attend de notre part un amour inconditionnel. Où en sommes-nous de cet amour ?

Une autre piste nous est donnée par le Psaume 97, qui nous dit, et c’est rassurant pour nous, que Dieu est fidèle. Parce que, je ne sais pas pour vous, mais je ne suis pas toujours fidèle. Il m’arrive d’oublier Dieu. Il m’arrive de juger, de critiquer, de râler. Dieu est fidèle, Il nous attend sans cesse, quoi que nous fassions. Certaines personnes pensent que, vu leur vie, Dieu ne peut plus rien pour elles. Mais si, Dieu les aime de manière inconditionnelle, comme le père du fils prodigue, Il attend de les voir arriver pour courir vers elles, les prendre dans ses bras et leur dire : « Je t’aime et je t’attendais ». Dieu est fidèle.

Saint Paul, dans sa lettre à Timothée, nous dit aussi que la sainteté passe parfois, souvent, toujours, par l’épreuve. Dans nos vies, il y a des épreuves : à titre individuel, à titre collectif, mais nous sommes appelés à supporter l’épreuve avec le Christ, à nous ancrer en Lui. Paul nous dit : « Si nous supportons l’épreuve, avec Lui nous régnerons ». Alors oui, que les épreuves de l’existence, et nous savons qu’il y en a, ne nous détournent pas de Dieu. Au contraire, qu’elles nous invitent à plonger encore plus en Lui et à voir l’essentiel, car, parfois, souvent, toujours, nous oublions l’essentiel et nous sommes plus intéressés par le dehors que par le dedans.

L’Évangile du jour, quant à lui, nous rappelle une vérité première : nous sommes appelés à rendre gloire à Dieu. C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes présents, et tout à l’heure, vous direz : « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». C’est le sens de la présence des chrétiens : la participation des chrétiens à la messe ne consiste pas à faire une procession d’offrandes, ou bien à faire des annonces interminables, ou à rajouter des textes aux textes ; la participation du chrétien à la messe, c’est la prière pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Si nous oublions cette vérité essentielle, la messe devient un spectacle que l’on apprécie ou pas, en fonction de l’ambiance. Nous sommes là pour la gloire de Dieu parce que notre Dieu est le Tout-Puissant, qu’Il est créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible, ce que nous proclamerons tout à l’heure.

L’Évangile nous donne aussi un autre enseignement : dix lépreux sont guéris. Très souvent, nous demandons à Dieu de guérir de nos maux physiques, psychiques, et très souvent, nous oublions de reconnaître qu’Il est Dieu. C’est ce qui arrive à 9 lépreux sur 10, car un seul revient vers le Christ pour le remercier. On a coutume de dire que cet Évangile nous apprend que si 10 lépreux sont guéris, 1 seul est sauvé. Alors que nous savons que le plus important pour chacun d’entre-nous, c’est d’être sauvé. Être sauvé, c’est voir Dieu face à face. Être sauvé, c’est sentir sa Présence au plus profond de nos cœurs. Être sauvé, c’est savoir que l’espérance est plus forte que tout, que la lumière nous éclaire de l’intérieur comme ces vitraux, et qu’elle nous dépasse, et qu’à notre tour nous devenons lumière.

Vous le voyez, chaque dimanche, chaque jour de la semaine, à travers les textes de la messe, nous est proposé un pré spirituel où nous sommes appelés à nous nourrir. Mais si nous ne lisons pas ce qui est écrit, si tout à l’heure à la fin de la messe, vous n’êtes pas capable de citer un verset de Psaume, une Parole du Christ par cœur, que reste-il de sa Parole et comment peut-elle nous transformer ?

Alors oui, plus que jamais, demandons au Seigneur la grâce de la sainteté. Demandons-Lui de nous aider à cheminer vers Lui, guidé par l’Amour.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 29 septembre 2019

26e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Amos (Am 6, 1a.4-7) – Psaume (Ps 145 (146), 6c.7, 8.9a, 9bc-10) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Timothée (6, 11-16) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 16, 19-31)]

Certains évangiles nous touchent plus que d’autres, parce qu’en fonction des évènements de notre vie, nous nous sentons plus ou moins concernés. Aujourd’hui, l’Évangile nous touche tous et toutes. Pourquoi ? Parce qu’il parle de la mort. Nous savons tous ici même qu’un jour nous mourrons, et nombreux sont ceux parmi vous qui ont déjà été touchés par la mort de proches. Parfois révoltés, parfois confiants, parfois interrogatifs. Depuis que l’homme est l’homme, il s’interroge sur la mort. Les réponses sont multiples. Dans certains cas, il n’y a plus rien : c’est le néant, nous n’existons plus. Dans d’autres cas, il y a une vie après la mort, selon différentes formes. Pour d’autres, le corps meurt une fois pour toute et n’a plus lieu d’exister, alors que l’âme va se fondre dans l’âme du monde… Certaines traditions spirituelles ont décrit, de manière extrêmement précise, ce qui se passe après la mort. Je pense notamment au livre des morts égyptien. Rappelons que, pour les Égyptiens, seul le pharaon survivait après la mort, et c’est pourquoi dans son tombeau, il y avait : barques, aliments, et bien d’autres choses, pour préparer ce voyage. Chez les Tibétains, il y a un livre des morts qui décrit ce qui se passera après.

Chez nous, catholiques, qu’avons-nous ? Nous n’avons pas de livre des morts. Nous avons, par contre, ce que l’on appelle, et ce qui apparaît désuet malheureusement, le livre de la Bonne mort, ou l’art de se préparer à la mort. Pendant longtemps, ce qui était craint, par-dessus tout, c’était la mort brutale où l’on n’a pas le temps de demander pardon aux personnes que l’on a blessées, à Dieu, où on n’a pas le temps de dire : « Je t’aime » aux êtres à qui on ne l’a pas assez dit. Dans ces ouvrages de la bonne mort, qui firent flores pendant un temps, il était décrit comment se préparer à la mort : réunir les siens, recevoir les derniers sacrements, prier, communier et confier son âme au Seigneur.

Mais alors, quels éléments avons-nous sur l’après-mort ? Nous avons une certitude, et Paul nous le répète, le Christ est ressuscité, nous ressusciterons à notre tour. Mais nous cherchons à savoir comment ? En tant qu’humain, nous essayons d’avoir des éléments. Aujourd’hui, plusieurs éléments nous sont donnés. Le premier par Paul dans sa Lettre à Timothée, il nous dit une phrase que nous oublions peut-être trop souvent : « Empare-toi de la vie éternelle, c’est à elle que tu as été appelé ». Quelle place, dans notre vie aujourd’hui, a la vie éternelle ? Est-ce que nous avons le sentiment que nous y penserons, comme le Roi de Ionesco, quelques minutes avant de mourir ? Ou bien, est-ce que chaque jour, nous avons envie de nous emparer de la vie éternelle ? Pour cela le Psaume 145 nous donne un certain nombre de pistes : nous laisser nourrir par le Christ, parce que nous sommes des affamés. Laisser le Christ briser nos entraves, parce que c’est Lui qui nous délie du péché. Laisser le Christ nous ouvrir les yeux, parce que parfois aveuglés par le quotidien, nous ne voyons plus l’essentiel. Nous tourner vers le Christ quand nous sommes accablés, fatigués, parce que c’est Lui qui nous relève.

L’Antienne nous donnait elle-aussi une piste : vivre les commandements de Dieu parfaitement. C’est ce qui fait que nous pourrons nous emparer de la vie éternelle.

Mais je le répète, est-ce pour nous, chrétiens du troisième millénaire, une préoccupation – je le répète – quotidienne ? Parce que nous le savons, parce que nous y avons été confrontés, et certains d’entre-nous l’ont vécu, un être peut nous quitter brutalement, alors qu’il est à côté de nous, et d’un seul coup nous le voyons partir. Peut-être qu’un jour, cela nous arrivera. Serons-nous prêts ?

Mais alors, nous cherchons à savoir comment se passe cette vie éternelle. Nous savons, pour nous, chrétiens, qu’il n’y a pas seulement notre âme qui va ressusciter mais aussi notre corps, et Paul nous dit que nous aurons un corps glorieux. C’est la seule précision que nous aurons.

Une autre question se pose : est-ce qu’après la mort nous retrouverons les êtres que nous avons aimés ? Pour ceux qui s’intéressent aux expériences de mort éminente, beaucoup à l’issu du tunnel, ont vu le visage, le corps des êtres aimés. Aujourd’hui, nous avons le seul passage des quatre évangiles – et je dis bien le seul – qui dit qu’après la mort, nous nous reconnaîtrons. Après la mort, nous nous retrouverons. Au XIXe siècle, un prêtre, le père Blot, écrivait un ouvrage qui s’appelait : « Au ciel, on se retrouvera », et il s’appuyait sur ce passage de l’Évangile de Luc. Je vous rappelle ce qui est en jeu : nous avons un riche qui passe son temps à manger et devant sa porte, nous avons un pauvre qui a faim. Tous les deux meurent le même jour. D’un côté, nous avons le pauvre qui est au ciel, et le riche qui est en enfer. Des enfers, il voit le pauvre qui est au ciel. Il voit aussi Abraham, et alors, il se tourne vers eux et leur dit : « Prends pitié de moi, envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise ». Et Abraham lui répond : « Souviens-toi, tu n’as rien fait pour Lazare ». Alors, le dialogue continue entre le riche, Abraham et Lazare : « Envoie un messager à mes frères pour leur dire de ne pas vivre comme moi, pour qu’ils n’aillent pas en enfer comme moi ». Abraham lui répond que cela ne servirait à rien

. Ce qui est important dans ce texte, c’est que le riche voit Lazare et Abraham, et que Lazare voit le riche. Donc oui, nous avons cette certitude, nous, chrétiens : au ciel, nous nous retrouverons.

Alors, vous le voyez, certes, nous n’avons pas d’ouvrages comme les tibétains ou les Égyptiens, qui décrivent ce qui se passera après, mais nous avons ce passage fondamental qui est pour nous objet de réjouissance : au ciel, on se retrouvera.

Avec une question : avons-nous envie de suivre Lazare et d’aller au ciel ou de suivre l’exemple de ce riche replié sur lui-même et égoïste qui est en enfer ?

Cette question, n’attendons pas pour y répondre.

Amen

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 22 septembre 2019

25e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Amos (Am 8, 4-7) – Psaume (Ps 112 (113), 1-2, 5-6, 7-8) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Timothée (1 Tm 2, 1-8) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 16, 1-13)]

En lisant cette semaine ce texte du prophète Amos, vieux de plusieurs milliers d’années, je l’ai trouvé d’une étonnante actualité. En effet, avec un certain cynisme, on y entend des voix qui s’élèvent et qui disent : « Diminuons les mesures, augmentons les prix, faussons les balances, achetons le faible pour un peu d’argent. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ». Sans faire de politique, j’ai eu l’impression d’entendre certains propos que l’on entend des traders – pas de tous, fort heureusement – dans les salles de marchés ou dans certains milieux financiers. Ainsi, au moment de la crise de 2008, il était de bon ton pour certains de dire que : « l’on se faisait du blé sur le blé ». Ainsi, une récolte, avant même qu’elle ne sorte de terre, était vendue et achetée au moins trente fois.

Cette spéculation sauvage, tous les papes l’ont condamnée, qu’il s’agisse du pape Jean-Paul II, du pape Benoît ou du pape François qui, en 2014, a même participé au Vatican à un colloque sur le trading demandant à ce que l’on ne spécule plus sur les matières premières.

Oui, vous le voyez, ce texte est d’une étonnante actualité, et nous provoque, nous, chrétiens. Il nous fait écouter la finale du prophète d’une manière particulière : « Je n’oublierai aucun de leurs méfaits. ». Cette parole aurait dû résonner comme un avertissement. Mais plusieurs milliers d’années plus tard, les choses n’ont guère évolué. Ainsi, à chaque fois qu’éclatent en France un scandale financier, un scandale alimentaire, à chaque fois que nous sommes informés de corruption dans ou hors de l’Église, je m’interroge : est-ce que les gens, dont il s’agit, sont des baptisés ? Sont-ils chrétiens ? Derrière, la question qui se pose est : est-ce que le christianisme est soluble dans la société ? Personnellement, je ne le crois pas. Je crois, par contre, que les chrétiens, malheureusement, sont solubles dans la société. En vivant dans le monde, nous nous conduisons comme tout le monde. Peut-être que si des voix prophétiques comme celle d’Amos s’étaient levées constamment dans tous les milieux, peut-être que notre monde serait meilleur.

Mais alors, doit-on être découragé ? Sûrement pas. Mais alors, que doit-on faire ?

Paul, dans sa lettre à Timothée nous ouvre une voie qui, malheureusement, ne me semble guère exploitée. Ainsi, une question que je me suis posée à moi avant de vous la poser : cette semaine, combien de temps avez-vous passé à critiquer avec cynisme, ironie, parfois méchanceté, les chefs d’état et tous ceux qui exercent l’autorité ? En parallèle, combien de temps avez-vous passé cette semaine à prier pour eux à genoux ? A jeûner ? A demander leur conversion ? A demander que Dieu les éclaire dans la tâche qui est la leur ? Prenez un instant, calculez le nombre de minutes entre les critiques ou la prière. Si la critique a été la plus forte, la question qui se pose alors, est : est-ce que nous croyons à la puissance de la prière ? Notre foi est-elle devenue tellement rationnelle que nous refusons l’invisible et que la prière, finalement, pour changer le monde nous paraît désuète ? Ainsi, quand dans une société, nous ne sommes pas d ‘accord avec certains sujets, organisons-nous des jeûnes, organisons-nous des veillées ? Combien de temps passons-nous à genoux devant le Saint-Sacrement à prier Dieu, la Vierge et les anges pour que le monde change ?

Si nous le faisons pas, c’est qu’alors nous croyons que notre action purement humaine, nos cris et nos gesticulations seront plus efficaces que la prière. Eh bien, je ne le crois pas.

Récemment, je lisais les propos d’un prêtre qui disait que plutôt que de réformer l’Église, plutôt que de changer l’organisation de nos communautés, celles-ci devraient devenir des lieux de prières et d’ascèse. Des lieux de prières et d’ascèse ! Parce qu’en agissant ainsi, nous nous appuyons sur ce qu’il y a de plus fort : Dieu. Dieu est plus fort que tout. Le mal est déjà vaincu parce que Dieu est vainqueur du mal, et c’est ce que nous célébrons à chaque Eucharistie, comme nous célébrons le triomphe de la vie sur la mort.

Et nous, nous serions à côté de cela, et pas partie prenante ?

Je pense qu’il est temps que nous changions les choses et que, cette semaine par exemple, les uns les autres, nous passions plus de temps à prier et à jeûner qu’à critiquer. Je pense que nous avons ici la chance exceptionnelle d’avoir cette sainte relique de la Croix. Nombre d’entre-vous désormais à la fin de la messe vont prier devant elle. Je souhaiterais que nous puissions organiser ce temps de prière après la messe, que nous ayons un texte sur lequel nous appuyer. Il y a en effet de magnifiques textes de prières sur la sainte Croix. Pendant que certains d’entre-nous irons participer au temps convivial, d’autres prieront la sainte Relique à la fois pour les sœurs qui nous accueillent, pour cette communauté sans laquelle nous ne serions pas là, pour notre Église diocésaine, pour l’Église dans son ensemble.

« L’Église n’a pas besoin de réformateurs, » disait Bernanos, « l’Église à besoin de saints ».

Désirons-nous, dans le fond de notre cœur, devenir des saints ? C’est à cette condition que nous serons des témoins.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 15 septembre 2019

24e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de l’Exode (Ex 32, 7-11.13-14) – Psaume (Ps 50 (51), 3-4, 12-13, 17.19) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Timothée (1 Tm 1, 12-17) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 15, 1-32)]

Nous connaissons tous la plupart des paraboles contenues dans les Évangiles ; le risque est alors d’être habitué, de ne plus être étonné, émerveillé par celles-ci. Notre Pape, le pape François, a le don de nous bousculer et je me rappelle que quelques mois après son élection, il avait prêché sur la parabole des brebis perdues d’une manière bouleversante : « Vous savez, il ne s’agit pas aujourd’hui d’aller chercher la brebis perdue en laissant les 99 autres, il s’agit d’aller chercher les 99 qui sont parties…». Je crains qu’il ait raison. Aujourd’hui, ce n’est pas 1 brebis qui est dehors, mais 99.

Alors, à son invitation, il nous faut partir pour aller les chercher. Mais pas dans n’importe quelles conditions, et pas pour n’importe quoi. L’Évangile nous invite à partir rechercher les brebis perdues les chercher pour les ramener. Il ne s’agit pas de nous dissoudre dans les périphéries. Il s’agit notamment d’aller chercher ceux et celles qui ne viennent plus à la messe du dimanche ; ceux qui et celles pour qui l’Eucharistie semble bien lointaine, Eucharistie qui est pourtant source et sommet de toute notre vie. Il s’agit d’aller les chercher pour les ramener ici et leur donner goût à… Parce que si ces brebis perdues, les 99 aujourd’hui, ne rencontrent pas des témoins au cœur ardent, à l’âme habitée, elles n’auront pas envie de revenir. Ce n’est pas par nos mots, par nos paroles, aussi belles soient-elles, que nous allons les ramener mais par notre exemple, par ce que nous sommes. Cela exige donc que nous fassions comme cette femme qui a perdu sa pièce et qui se met à balayer sa maison. Avant de partir aux périphéries, avant d’être témoin, il nous faut balayer dans notre cœur parce qu’il est parfois encombré, poussiéreux. Saint Macaire, des déserts d’Égypte, écrit que notre cœur est tout à la fois le lieu où Dieu se trouve mais en même temps le lieu où se trouvent des scorpions, des serpents, des araignées et qu’il nous faut, avec l’aide de Dieu, faire le ménage dans notre cœur. Alors oui, avant d’être témoin et d’aller aux périphéries, faisons le ménage dans nos cœurs et avec l’aide de Dieu, éliminons tout ce qui dans notre cœur empêche la lumière Dieu de passer.

Mais, comment faire pour faire le ménage ? La première des choses, et nous l’avons entendu dans le psaume 50, c’est d’implorer la pitié de Dieu, d’implorer sa miséricorde, de lui demander d’effacer notre péché. Je sais qu’aujourd’hui parler du mot « péché » n’est pas facile. Pourtant le péché désigne l’éloignement qui est le nôtre quand nous vivons de manière non conforme à la Parole de Dieu et à l’Évangile. Reconnaître que nous sommes malades spirituellement est le présupposé de départ avant d’aller chercher les brebis dehors, crier vers Dieu, implorer sa miséricorde. Ainsi, tout à l’heure, nous avons chanté : « Seigneur, prends pitié. Ô Christ, prends pitié », mais comment l’avons-nous chanté ? Avec nos lèvres, comme un chant, ou avec notre cœur, comme un cri ? Avons-nous réellement imploré la pitié de Dieu ? Avons-nous visualisé, ne serait-ce que quelques secondes, ce que nous avons pu rater cette semaine, les colères, les manques d’amour, la médisance, la pensée méchante ou perverse ? Avons-nous pris le temps, avant de dire « Je confesse à Dieu », de déposer devant l’autel ce qui nous éloigne de Dieu ?

Alors, quand nous avons reconnu ce qui nous éloigne de Lui, nous pouvons crier vers Lui en implorant sa pitié. Mais vous le savez, je le dis souvent, la pitié, ce n’est pas celle exercée par un supérieur sur un inférieur. La pitié, c’est cet amour maternel de Dieu. Cet amour qui vient de Ses entrailles, parce que « Dieu » comme le disait Maurice Zundel, « ne sait qu’aimer, aimer comme une mère, aimer comme un père ». C’est cet amour que nous implorons quand nous demandons sa pitié.

Nous lui demandons de créer en nous un cœur pur, de renouveler, de raffermir au fond de nous, notre esprit. Avoir un cœur pur, n’est-ce pas l’objectif donné dans les Béatitudes : « Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu ». Nous ne verrons pas Dieu avec les yeux de notre cœur, avec les yeux de notre âme, si notre cœur n’est pas pur. Dès lors, quand nous disons : « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu », il ne s’agit pas de réciter une prière ou de simplement chanter un psaume, il s’agit de le vivre. « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu ».

Mais qu’est-ce qu’un cœur pur ? Un cœur pur, et c’est saint Paul qui nous le dit, c’est un cœur miséricordieux. Soyons miséricordieux, comme Dieu est miséricordieux. Aimons, comme Lui aime. C’est la condition de départ, avant d’aller chercher les brebis perdues. Parce que, si nous ne sommes pas miséricordieux comme Dieu Lui-même, si nous ne sommes pas plein d’amour comme Lui, nous risquons en étant dans le monde, de juger le monde et de nous sentir supérieur à lui. Ce qui n’est en rien le cas.

Pour terminer, j’aime cette phrase de Paul dans sa Lettre à Timothée : « Je suis plein de gratitude envers Celui qui me donne la force, le Christ Jésus, notre Seigneur ». Le père Pascal Ide, membre de l’Emmanuel, dans un livre sur la gratitude, a montré non seulement que la gratitude faisait du bien à notre cerveau selon les neurologues, mais qu’elle est une condition de la vie chrétienne. Savons-nous rendre grâce au quotidien ?

Vous le voyez, avant d’aller chercher les brebis perdues, prenons le temps de demander à Dieu de créer en nous un cœur pur. Prenons le temps de Lui rendre grâce, de Lui témoigner toute notre gratitude par nos pensées, par nos paroles et par nos actes. Alors, notre cœur pur deviendra lumineux. Il éclairera notre regard et nous pourrons chercher les brebis perdues.

Amen.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 8 septembre 2019

23e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de la Sagesse (Sg 9, 13-18) – Psaume (Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Philémon (Phm 9b-10.12-17) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 14, 25-33)]

La semaine dernière, l’Abbaye était en fête puisque c’était la Journée des Amis de Sainte-Croix. De nouveaux membres de l’Association ont rejoint celle-ci, et bientôt un nouveau bureau sera élu. Aujourd’hui, deuxième dimanche du mois, traditionnellement, une messe célébrée et expliquée. Certains d’entre-vous ont l’habitude, d’autres non. Certains d’entre-vous sont peut-être étonnés, pourquoi expliquer une messe ? Nous savons exactement ce qu’il se passe, nous connaissons les gestes, nous les effectuons, nous nous levons, nous nous asseyons, nous allons communier. Pourtant, si nous avons choisi, il y a quelques années, de consacrer ce deuxième dimanche du mois à une messe célébrée et expliquée, c’est parce que l’un des plus grands dangers de la vie spirituelle est l’arthrose spirituelle.

Nous connaissons tous, à partir d’un certain âge, l’arthrose physique : nos articulations font mal, on a plus de mal à effectuer certains mouvements, une certaine raideur du corps commence à poindre. Il en est de même de l’arthrose spirituelle. Une certaine raideur intérieure qui fait que, finalement, nos yeux, nos oreilles, sont habitués. De plus, cumulées avec cette arthrose spirituelle, nous avons des résistances qui, consciemment ou inconsciemment, se mettent en place. Ainsi, tout à l’heure, après la finale de l’Évangile, j’ai proclamé : « Acclamons la Parole de Dieu », et tous et toutes, d’un seul cœur, vous avez répondu : « Louange à Toi, Seigneur ». Mais, vous souvenez-vous de la finale de l’Évangile ? Que nous dit le Christ : « Celui qui d’entre-vous ne renonce pas à tout ce qui lui appartient, ne peut pas être mon disciple ». Et nous avons répondu, tous et toutes : « Louange à Toi, Seigneur ». Avons-nous mesuré ce que nous avons dit ou sommes-nous habitués à cette phrase nous disant  finalement : « Je ne pourrai pas être le disciple du Seigneur parce que je n’ai aucune envie » – et, à juste titre, je vous rassure – « d’abandonner père, mère, femme, enfants, frères, sœurs, et notre vie ».

Alors, comment interpréter cette phrase ? Comment faire comprendre cet Évangile qui en ce début d’année ne peut être que bouleversant ? Je pense qu’il nous faut revenir au tout début de la Genèse : Dieu existait de toute éternité et Il a souhaité créer l’homme et la femme, l’humanité, par pur amour. Nous sommes les uns et les autres, ici même, le fruit de l’amour de Dieu. Chacun d’entre-nous est aimé de Dieu et désiré de Dieu et notre naissance n’est pas dûe au hasard. Dès lors, Dieu nous demande en retour d’être aimé en premier, et notre vie devrait, comme nos églises et nos autels, être orientée vers Dieu. Malheureusement, et la première lecture digne d’un psychologue : le Livre de la Sagesse, pointe nos difficultés : « Les réflexions des mortels sont incertaines et nos pensées instables ». L’auteur du Livre continue : « notre enveloppe d’argile est alourdie par ces mille pensées ». Aujourd’hui, les psychologues vous disent que, par jour, nous avons environ soixante dix mille pensées par jour, pensées qui vont dans tous les sens, sans cesse. Ce livre de l’Ancien Testament nous montre combien elles sont instables. Nous laissons notre mental vagabonder. Nous laissons passer de belles pensées qui viennent de Dieu, mais des pensées plus terribles qui viennent du diable, ou des pensées très égotiques qui ne viennent que de nous-mêmes.

Ce que veulent nous dire les textes aujourd’hui, ce qu’ils désirent nous dire, c’est que toutes nos pensées devraient être orientées vers Dieu ; et que, nos paroles et nos actions devraient être le fruit de ces pensées orientées vers Dieu. Nos vies devraient être lumineuses, nos paroles toujours des paroles qui élèvent, des paroles de réconfort, nos actes, sans cesse guidés par la charité et par l’amour. Mais est-ce le cas ? Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, je réponds très honnêtement : « Non ». Mais alors, dois-je m’habituer à répondre : « Non » ou, et plus encore en ce début d’année, dois-je avoir pour objectif de tendre sans cesse vers Dieu et d’orienter mes pensées vers Lui pour que ma vie devienne lumineuse ?

Mais pour cela, il faut d’abord reconnaître ce qui ne va pas en nous, et le déposer devant Dieu. Aujourd’hui, dans le cadre de cette messe célébrée et expliquée, j’ai effectué un geste qui, je l’espère, vous a étonné parce qu’inhabituel. Certains d’entre-vous ont-ils observé que, pour le « Seigneur, prends pitié », je me suis mis à genoux ? La liturgie ne le prévoit pas pour le prêtre et, pourtant, hier soir, invité par des personnes, nous parlions de l’amour de Dieu, cet amour infini. Cet amour qui peut être blessé par nos pensées, par nos paroles et par nos actes.

Or, quand nous blessons quelqu’un, un humain, quand nous l’aimons profondément, nous allons vers lui pour lui demander pardon, et quand la blessure que nous avons infligée est très forte, il peut même nous arriver, et on ne voit pas ça qu’au cinéma, de nous mettre à genoux devant l’autre en disant : « Je me mets à genoux devant toi. Je te demande pardon. Je regrette ce que j’ai fait. Je regrette ce que j’ai dit ». Notre cœur est déchiré. Mais nous avons tellement la sensation d’avoir fait de la peine à cette personne, que notre corps exprime, en nous mettant à genoux, ce regret intérieur que nous avons. Alors, pendant le dîner, d’un seul coup, j’ai eu l’impression que mon esprit se déchirait, et je me suis dit : « Mais moi, à la messe, quand je dis ‘‘Seigneur, prends pitié’’, je reste bien droit, debout, face à Dieu ! Mais, est-ce que que cette position est décente ? Est-ce qu’elle exprime vraiment la contrition, le regret qui m’habite ? ».

Une évidence est apparue, de l’inadaptation, quand je dis : « Seigneur, prends pitié », de la position debout. Parce que le « Seigneur, prends pitié » que nous chantons, n’est pas un refrain que nous disons habituellement, avec une âme, finalement, pleine d’arthrose, ce « Seigneur, prends pitié » est un cri que nous lançons vers Dieu. Un cri intérieur. Nous savons bien qu’en hébreux, quand nous implorons le pardon de Dieu, sa pitié, sa miséricorde, cela signifie que nous lui demandons d’ouvrir ses entrailles et de donner tout son amour maternel.

Peut-on rester debout, quand on crie vers Dieu de nous aimer ?

A chacun d’entre-nous de répondre.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 1er septembre 2019

22e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de Ben Sira le Sage (Si 3, 17-18.20.28-29) – Psaume (Ps 67 (68), 4-5ac, 6-7ab, 10-11) – 2ème lecture : Lecture de la lettre aux Hébreux (He 12, 18-19.22-24a) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 14, 1.7-14)]

J’aime personnellement la rentrée. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais je trouve qu’il y a dans la société comme une frémissement. Personnellement, j’ai choisi de ranger mon bureau, de classer mes livres et mes dossiers, afin de préparer mon année. Mais, le grand risque est que, dans quelques semaines, cette rentrée ressemble à toutes les autres, et que, finalement, rien ne change. Parfois, et je le constate pour moi-même et aussi pour ceux et celles que j’écoute, il faut un grand choc pour réellement changer, se transformer.

Ainsi, vendredi soir, j’étais invité à la Grande Pagode à Paris, pour un dialogue inter-religieux. Il y avait des lamas tibétains, des musulmans, un rabbin, un pasteur, une religieuse, le pauvre prêtre que je suis, et ensemble, nous débattions sur le thème choisi par les organisateurs : « Qu’est-ce qui nous réunit ? ». Chacun, creusant dans sa tradition, mettait en avant le vocabulaire, ou bien une dynamique. Au bout de quelques interventions, j’ai trouvé cela un peu ennuyeux, et, de plus, durant la nuit, j’avais fait un songe. Alors, je leur ai dit : « Ce qui nous réunit, c’est un immense échec ». Imaginez leur stupeur. « Eh oui », leur ai-je dit « voilà plusieurs milliers d’années que les grandes religions ou les courants spirituels cohabitent, ou plutôt, se font la guerre, s’opposent. Et cela continue. C’est immense échec », « Nous n’avons pas réussi à humaniser le monde ». Aujourd’hui, des hommes et des femmes continuent à mourir de faim. Le dérèglement climatique va faire dans les prochaines années, selon les premiers rapports, déjà près de trois cent cinquante millions de réfugiés. « Alors oui », « ce qui nous réunit, c’est un échec. Mais, un échec motivant, car devant nous, tout est possible et nous pouvons changer les choses. Et c’est en constatant cet échec, et non pas en cherchant à tout prix à savoir ce qui nous rassemble, que nous pourrons avancer ».

Alors aujourd’hui, rassurez-vous, j’ai choisi d’être plus doux avec vous : comment pourrions-nous envisager la nouvelle année ? Prenons un point de repère : il y a une quarantaine d’années, un philosophe, théologien, sortait un ouvrage « Le désenchantement du monde ». Il constatait la perte du sacré, la chute des grandes religions. Fort heureusement, cet ouvrage fait partie des archives. En effet, ces dix dernières années, plusieurs autres ouvrages ont été publiés par des sociologues ou bien des spirituels sur le « réenchantement du monde ».

Alors, je vous propose pour cette nouvelle année une ligne directrice : l’émerveillement. Parfois, nous avons tendance à ne plus rien considérer de sacré. Je vous invite à tout considérer comme sacré : l’eau que nous buvons est sacrée, l’air que nous respirons est sacré, la nourriture qui vient de la terre et du travail des hommes, don de Dieu, est sacrée. Chacun d’entre-nous, chaque homme, chaque être vivant sur cette terre est sacré, et cela doit nous émerveiller sans cesse. Ce qui tue l’homme, ce qui tue notre société, à mes yeux, c’est de ne plus rien voir de sacré dans celle-ci et de ne plus considérer l’autre comme quelqu’un de sacré.

Alors, pour nourrir cet émerveillement, je vous propose, là aussi, de faire tous les jours du miel avec ce que la liturgie ou vos lectures vous proposent. Ainsi, aujourd’hui, l’Oraison de départ en elle-même constitue un véritable programme :

« Dieu Tout-Puissant, de qui vient tout don parfait, enracine en nos cœurs l’amour de ton nom ». Avons-nous l’amour du nom de Jésus ? Aimons-nous ce nom ? Est-il, comme pour les pères du désert ou les Anciens, comme un bonbon au miel qui vient apaiser toutes nos aigreurs ? Est-il ce nom qui peut transformer nos cœurs et enlever de notre âme toute trace de haine, de violence, de rancune, de médisance ?

« Resserre nos liens avec Toi ». N’est-ce pas pour cela que nous sommes ici aujourd’hui, pour resserrer nos liens avec Dieu, non pas en écoutant le prêtre, qui a peu d’importance, mais en goûtant la parole de Dieu, et tout à l’heure en communiant au Corps et au Sang du Christ, pour développer ce qui est bon en nous ? N’est-ce pas merveilleux ? Nous, chrétiens, avons un a priori favorable sur l’autre : Dieu est bon, l’homme est à l’image de Dieu donc l’homme est bon. En chacun d’entre-nous se trouve un trésor. Qu’allons-nous faire pour développer ces merveilleuses vertus qui sont en nous ? La foi, l’espérance, la charité, la prudence, la force, et bien d’autres choses encore. Oui, prenons le temps cette année de développer ce qu‘il y a de plus beau en nous, et prenons le temps aussi de voir ce qui dans l’autre, y compris dans celui ou celle qui m’agace profondément, ce qu’il y a de plus beau dans cette personne. Arrêtons de ne voir que ce qui ne va pas et voyons ce qui est grand dans l’autre. C’est en voyant ce qui est grand dans chacun d’entre-nous que le Christ a relevé ceux et celles qu’Il côtoyait. Eh bien, faisons de même.

« Veille sur nous avec sollicitude pour protéger ce que Tu as fait grandir ». Oui, trouvons en Dieu notre refuge. Demandons-Lui de nous aider, de veiller sur nous et de nous faire grandir. L’oraison de départ est déjà en elle-même source de nombreux chemins.

Les textes de ce jour sont en eux-mêmes, eux aussi, un programme. Qu’il s’agisse de la lecture de Ben Sira le Sage ou bien de l’Évangile de ce jour. « L’idéal du sage », nous dit Ben Sira « c’est une oreille qui écoute », non pas qui écoute nos turbulences mentales mais qui écoute la voix de Dieu, et qui apaise ses pensées.

L’humilité mise en avant par le Christ est fondamentale et elle peut être pour nous, cette année, un programme de vie. Peut-être que nous allons nous investir dans nos communautés, dans des associations, dans nos familles ou dans bien d’autres choses encore. Interrogeons-nous : qu’est-ce qui nous motive ? Pourquoi est-ce que je m’investis au service des autres ? Est-ce pour qu’on me dise : « Oh, c’est merveilleux ! Que vous êtes bon ! Passer tant de temps à faire tout ce que vous faites ! ». Est-ce pour en tirer de la vaine gloire, voire de l’orgueil : « Ah, je suis bien ! Je m’occupe des autres ! » ou est-ce par esprit de service ? Et, dans ce cas, l’esprit de service à travers les Évangiles, nous invite à une chose « terrifiante » pour chacun d’entre-nous : nous oublier. Oublier ce que nous sommes. Oublier ce que nous disons. Oublier ce que nous écrivons. Oublier ce que nous faisons. Une seule chose compte : que notre vie plaise à Dieu et qu’elle soit là pour construire le Royaume des Cieux.

Alors, vous le voyez, oui, en effet, en ce dimanche de rentrée, ne passons pas trop vite, prenons le temps de voir comment nous souhaitons vivre cette année. Cette année va dépendre de ce que nous déciderons aujourd’hui.

Qu’allons-nous décider ? A chacun d’entre-nous de faire ses choix.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 25 août 2019

21e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 66, 18-21) – Psaume (Ps 116 (117), 1, 2, ) – 2ème lecture : Lecture de la lettre aux Hébreux (He 12, 5-7.11-13) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 13, 22-30)]

Cette semaine, préparant cette célébration, je me suis amusé à lire les commentaires d’un certain nombre de mes confrères sur l’Évangile de ce jour durant ces soixante dernières années. La morale de l’histoire, me semble-t-il, après cette lecture, c’est que tous et toutes, de manière consciente ou inconsciente, nous sommes extrêmement marqués par notre histoire.

Ainsi, pour illustrer mon propos, certains de mes confrères commentant ce texte après le Concile Vatican II, vomissant – et le mot n’est pas assez fort – tout ce qui avait été vécu avant, semble avoir fait de la chanson de Polnareff : « Nous irons tous au Paradis », un cantique d’Église. Dès lors, la porte étroite n’est que symbolique, ce qu’il faut retenir c’est qu’à la fin tout le monde arrive d’Orient et d’Occident au repas du Seigneur. « Oui, vous comprenez, Dieu est amour. Il pardonne tout ». D’ailleurs, comme Il pardonne tout, ce n’est même pas la peine de Lui demander pardon… Dès lors, je peux penser, faire ou dire n’importe quoi, Dieu pardonne, Il est amour, nous irons tous au Paradis.

Certains, au contraire, marqués par une rigueur – me semble-t-il – excessive, font de la suite du Christ un parcours du combattant digne de celui qu’on pourrait proposer à l’armée, et, au final, bien peu sont ceux et celles qui arrivent à l’effectuer dans le temps imparti et à le terminer. On dirait, en les écoutant, que les chrétiens sont des purs, des parfaits et que si l’on n’est ni pur ni parfait, on ne peut être sauvé.

Vous le voyez, l’être humain n’a pas toujours le sens de la mesure : entre nous irons tous au Paradis et nous serons tous des purs, il me semble, peut-être, qu’il y a une voie médiane. Pour m’y aider, j’ai pris, personnellement, plusieurs points de repère.

Le premier, fondamental : Dieu est amour, miséricordieux. Dieu ne pense qu’à nous sauver. Dieu ne désire que nous élever. C’est une chose qu’il ne faut jamais oublier. Dieu nous aime, tout à la fois comme un père, mais comme une mère. Il veille sur nous. Il veut notre bonheur.

Deuxième point, tout aussi fondamental : cet amour, nous le voyons à travers le prisme de notre histoire. Il ne faut pas être dupe de nous-mêmes. Il faut prendre du recul par rapport à la vision ou, du moins, à l’audition et à la compréhension que nous avons de la Parole de Dieu. En effet, très souvent, là aussi, nous sommes guidés soit par le principe de plaisir que montrait Freud, et dès lors la foi n’est que joie, danses et échanges, ou bien, par un principe beaucoup plus rigoureux, où là, il faut être pur.

Troisième point : Dieu nous aimant comme un père, une mère, ce qui était le premier point, je vous le rappelle, Il désire notre bonheur mais Il veut aussi que nous soyons libres. Ainsi, ce matin, personne ne vous a obligé à venir à la messe. Il n’y a pas de pression sociale. Aucun d‘entre-nous, ne sera « puni » s’il vient ou elle vient ou non à la messe. C’est librement que vous êtes passés du dehors au dedans.

C’est cette liberté que nous avons parfois du mal à assumer parce que cette liberté peut nous entraîner à penser, à dire ou à faire n’importe quoi, sans aucune réserve. Ce n’est donc pas Dieu qui nous juge, ce sont nos actes qui vont nous juger. Personnellement, marqué par l’Évangile (Matthieu, chapitre 25), et par la spiritualité des Pères du désert, je suis persuadé qu’au final, il y aura un jugement et, si notre vie est pleine d’amour, sans péché, nous serons comme la plume légère qui, avec le vent de la grâce, s’élèvera vers Dieu ; si nous sommes appesantis par nos propos maladroits ou malveillants, par nos actes inconsidérés nous serons lourds comme la plume imbibée d’eau, et nous aurons bien du mal à nous élever.

Oui, je pense qu’il faut lire ces textes en nous inspirant de ceux et celles qui nous ont précédés. Ainsi, par exemple, la lecture de la Lettre aux Hébreux peut nous laisser pensifs. Nous l’avons lu avant la messe, nous l’écoutons maintenant et elle peut nous interpeller : comment Dieu pourrait-Il nous faire des reproches ? Les Pères du désert nous donnent une image : « Imaginez, que nous ayons une angine ou un mal de gorge ; le médecin nous prescrit alors un sirop. Même si ce sirop est extrêmement amer et mauvais, nous allons boire ce sirop pour guérir ». Les Pères du désert nous disent que parfois dans la vie, nous traversons des épreuves, tout n’est pas agréable, nous le savons, mais que nous avons de toutes ces épreuves à apprendre quelque chose pour nous élever. Ils vont plus loin : parfois, Dieu nous laisse vivre ces épreuves afin de nous permettre d’en apprendre quelque chose. Nous sommes, autre image des Pères du désert, comme des abeilles qui, pour faire du miel, vont butiner. Il y a certaines fleurs qui sont magnifiques, à nos yeux, d’autres qui sont plus laides,

Pourtant les abeilles vont butiner partout pour en faire un miel délicieux. De même, dans notre vie, nous sommes appelés à faire ce miel, avec les évènements de notre existence, qui, comme des fleurs, sont pour certains magnifiques, paisibles, pour d’autres difficiles. Nous avons à faire du miel avec tout.

Dès lors, la porte peut sembler étroite parce que, parfois, le principe de plaisir est le plus fort et nous rejetons tout ce qui est désagréable. Aujourd’hui, peut-être plus qu’hier, en réaction avec une rigueur ancienne, la foi est devenue comme une méthode de développement personnel, d’épanouissement : nos célébrations sont devenues des moments sympathiques où l’on doit ensemble chanter, prier, parler en n’oubliant que nous sommes là, avant tout, pour plaire à Dieu, pour le glorifier. La participation des chrétiens à la célébration n’est pas dans l’apport de la quête ou bien des vases sacrés ou de la procession d’offrande, mais la participation de chacun d’entre-nous à la messe est dans la prière, pour la gloire de Dieu et le salut des hommes. Nous privilégions trop souvent le visible à l’invisible.

Or, nous, chrétiens, nous célébrons le visible et l’invisible. Ne l’oublions jamais.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 18 août 2019

20e dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Jérémie (Jr 38, 4-6.8-10) – Psaume (Ps 39 (40), 2, 3, 4, 18) – 2ème lecture : Lecture de la lettre aux Hébreux (He 12, 1-4) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 12, 49-53)]

J’espère que vous avez été secoués, voire choqués, par les paroles du Christ. Si vous ne l’avez pas été, c’est que votre oreille est habituée et que, finalement, rien ne vous bouleverse. Personnellement, j’ai été bouleversé par cet Évangile, que je connais pourtant.

En effet, à notre époque, nombre de nos contemporains cherchent ce qu’on appelle désormais la zénitude, cette paix intérieure qui fait que l’on est capable de franchir tous les soucis quotidiens, comme sur un nuage. La spiritualité elle-même, à côté des mouvements de développement personnel, apparaît comme un moyen d’atteindre cette zénitude qui souhaiterait faire de nous un être béat. Aujourd’hui, le Christ brise notre rêve : « Comment, Jésus n’est pas venu pour annoncer la zénitude ? Il est là pour mettre le feu sur la terre ! Il est là pour mettre la division ! Mais qu’est-ce que cela signifie ? »

Si quelqu’un de l‘extérieur venait, il se dirait : « Mais quel est leur Dieu ? Non, je vais trouver plutôt un lieu où tout le monde sera souriant et où tout ira bien. On ne parlera pas de divisions. On ne parlera pas de guerre dans les familles ». Cet Évangile est pourtant d’une actualité extraordinaire. En effet, alors que l’Église se débat dans ses soucis de restructuration, de réforme intérieure, de réorganisation, alors que l’Église cherche à augmenter le nombre de vocations, le nombre de paroissiens, et à ne pas décourager les prêtres, cet Évangile nous confronte à l’essentiel. En effet, il y a actuellement une tendance à l’émergence d’une religion au-dessus de toute religion. Un prêtre jésuite écrivit, il y a à peine vingt ans, un ouvrage : « Au-delà des religions ». Dans cet idéal qui peu à peu s’installe autour de nous : Bouddha = Jésus = la parole de Mahomet = la parole des Indiens = le chamanisme… Tout cela pour permettre, aux uns et aux autres, de vivre ensemble.

Quelle va être notre attitude à nous, chrétiens ? De quoi allons-nous témoigner ? Quand je vous disais que tout cela nous plonge à l’essentiel, je repense au début du christianisme : qu’est-ce qui a fait que Pierre, et tous les apôtres, Paul ensuite, et bien d’autres, ont suivi le Christ ? Est-ce que c’est parce que Jésus a promu une belle morale chrétienne pour moraliser la société ? Ou bien, est-ce que c’est parce qu’Il a promu un chemin de sagesse qui nous permet de faire face à nos émotions et aux émotions des autres ? Je ne le crois pas. Ce n’est pas une morale que les apôtres ont voulu suivre, ce n’est pas une sagesse que les apôtres ont voulu suivre, c’est un homme. C’est Dieu fait homme. C’est Jésus. Tous ont été bouleversés – et je frissonne en pensant à ce qui s’est passé, – en le voyant devant eux et en l’entendant leur dire : « Viens et suis-moi ». Ce qu’Il disait était tellement en adéquation avec ce qu’Il était, qu’ils l’ont senti, certainement, dans le ton de sa voix, dans ses yeux, dans son attitude, et ils ont été tellement bouleversés, qu’ils ont lâché leurs filets pour certains, leurs impôts pour d’autres, pour le suivre. N’est-ce pas bouleversant ?

En fait, qu’est-ce que c’est être chrétien ? C’est suivre le Christ. C’est se mettre à la suite de Jésus, Dieu fait homme, et à désirer, finalement, non seulement L’écouter mais Lui plaire, vivre en adéquation avec ce qu’Il est, Lui. Dès lors, on comprend qu’il y ait division même dans notre Église. Certaines personnes n’aiment pas vraiment le Christ, ou du moins, finalement, voient dans le Christ une morale, la morale chrétienne ou une sagesse, la sagesse chrétienne et ne voient pas la personne de Jésus. Dès lors, il y a division entre ceux qui veulent suivre Jésus, Dieu fait homme et d’autres qui veulent promouvoir un idéal de société à travers une morale, une éthique ou peu importe. Au sein même d’une famille, certains sont sensibles à la personne de Jésus, d’autres ne le sont pas et disent, comme je l’entends : « Moi, je préfère prier Dieu. Moi, je préfère prier Marie. Moi, je préfère prier les saints. Dès lors, il y a division. Ce n’est pas le Christ qui sème la division mais c’est notre adhésion ou notre non-adhésion à la personne du Christ qui va semer la division. Je le vois bien, je suis confronté à des êtres en quête intérieure, en quête de … On ne sait pas.

Alors, comment faire ? Par des mots, par de beaux raisonnements ? Je ne le crois pas, Je crois que la seule manière d’aider les personnes à tourner leur regard vers le Christ, c’est de devenir transparent au Christ. Transparent, c’est à dire renoncer à notre ego, renoncer à ce que nous sommes, renoncer à ce que nous croyons être, ce que nous devons être, mais devenir Lui. Devenir transparent au Christ. Devenir lumineux, comme le Christ est lumineux. Avoir toujours cette parole d’espoir, comme le Christ avait cette parole d’espoir. Ne jamais juger les autres, ne jamais critiquer les autres, ne jamais médire, parce que le Christ nous a dit de ne pas juger.

Pour cela, nous sommes invités à lire, relire les Évangiles, à s’en en imprégner et comme disait Maurice Zundel lui-même : à « Devenir Évangile ». Quand nous deviendrons Évangile, nous deviendrons Christ.

Alors, je suis certain, nombre d’hommes et de femmes, en nous voyant, auront la même réaction que celle de Pierre, des autres apôtres, de Paul, ils diront : « Oui, je viens ».

Que ferons-nous ?

Vidéo de l’homélie

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Jeudi 15 août 2019

Assomption de la Vierge Marie

[1ère lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab) – Psaume (Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16) – 2ème lecture : Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (1 Co 15, 20-27a)) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 39-56)]

Cette semaine, j’ai pris dans ma bibliothèque un certain nombre de textes, de poèmes, d’hymnes, de chants consacrés à Marie. En les lisant, j’ai été pris de vertige devant la beauté de Marie, devant tout ce que des hommes et des femmes ont écrit sur elle depuis près de vingt siècles. Il y a tant de textes, tant de poèmes, tant d’hymnes qui lui sont consacrés que l’on ne peut qu’être émerveillé et mesurer la grandeur de Marie.

Mais en mesurant sa grandeur, j’ai mesuré ma petitesse. Ma petitesse, bien entendu, par rapport à elle, mais surtout par rapport à tous ceux et celles qui m’ont précédé et qui ont rendu hommage à Marie.

J’avais donc décidé qu’aujourd’hui je me tairai, car ce que je peux dire sur Marie n’est rien par rapport à ce qui a été dit sur elle. Une phrase de Maurice Zundel m’est revenue en mémoire. Le père Maurice Zundel disait : « Ne parlez pas de Dieu, vivez-Le ». Il me semble que l’on peut dire la même chose de Marie : ne parlez pas de Marie, vivez-la.

Et comment la vivre ? Pour cela, j’ai pris les différents titres qui lui ont été donnés. Le premier titre, le plus grand : « Marie, Mère de Dieu ». Marie est la mère de Dieu. Je ne sais pas si vous vous rendez compte combien c’est bouleversant de prononcer ces quelques mots. Dieu a accepté de naître d’une femme, d’être enfanté comme tous les enfants des hommes, comme chacun d’entre-nous, pour s’incarner dans ce monde. Pour cela, Il a préparé ce que certains appellent : l’Arche d’Alliance, cette terre fertile qu’était Marie.

Pour notre vie spirituelle, ce titre de Mère de Dieu est une voie, une piste. La vie spirituelle consiste tout d’abord à accueillir Dieu en nous, à Le laisser naître. Ensuite, à le révéler au monde, tout comme Marie. Elle a dit « : « Oui », elle L’a accueilli, elle L’a porté, elle L’a laissé naître et elle L’a montré au monde.

Nous, chrétiens, aujourd’hui, nous avons à faire de même.

Le deuxième titre de Marie est : « Marie, Mère de l’Église ». Marie est la mère de l’Église, et en ce sens, elle indique toute la mission de l’Église. Mission que, parfois, l’Église elle-même oublie, s’occupant par trop de son organisation et oubliant sa mission. L’Église a à accueillir le Christ, à Le laisser naître dans nos communautés, quelles qu’elles soient, et à Le révéler au monde. C’est la mission première de l’Église : révéler Dieu au monde, Le laisser naître dans nos communautés, L’accueillir. Mais pour L’accueillir, il faut que nos communautés soient accueillantes. Qu’elles Le laissent nous bouleverser, changer nos manières de faire, ne pas sombrer dans la routine. Ainsi, l’Église, à travers le calendrier liturgique et les fêtes qui nous sont proposées, nous propose de naître au quotidien.

Enfin, le troisième titre de Marie est : « Marie, Mère des hommes ». Je vois ici et là des enfants posés sur les genoux de leur mère, c’est une indication. Comme une mère Marie est là pour nous rassurer, pour nous consoler. J’ai en tête cette statue de Marie à Saint-Porchaire devant laquelle de nombreux chrétiens viennent prier : « Marie, Notre-Dame de la Bonne Mort ». Marie est celle qui nous console. Marie est celle, qui comme une mère écoute le cri d’un enfant, le prend sur ses genoux et le rassure. Il n’y a rien de pire dans le monde qu’une souffrance qui ne peut pas s’exprimer, qu’une souffrance qui ne peux pas être consolée. J’entends le cri de nombreux hommes et de femmes, dans notre monde, qui n’entendent plus d’oreilles, qui ne trouvent plus de bras pour les consoler. Marie est celle qui nous console, celle qui nous rassure.

Vous le voyez, aujourd’hui, nous sommes à la fois animés par la joie de fêter Marie mais nous ne pouvons pas être les spectateurs de cette fête de l’Assomption : Marie nous appelle à devenir comme elle.

Pour terminer, j’aime cette phrase de l’Évangile de Luc : on nous dit que « Marie gardait tout dans son cœur », c’est là encore une indication pour nous. La foi, l’Évangile, tous les textes écrits par les uns et les autres depuis deux mille ans, ne sont pas là pour satisfaire notre intellect, pour le nourrir, mais, avant tout, pour nourrir notre cœur.

Eh bien, nous, chrétiens, faisons comme Marie : gardons tout dans notre cœur et accueillons Dieu dans celui-ci.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 11 août 2019

19ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de la Sagesse (Sg 18, 6-9) – Psaume (Ps 32 (33), 1.12, 18-19,20.22) – 2ème lecture : Lecture de la lettre aux Hébreux (He 11, 1-2.8-19) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 12, 32-48)]

L’Évangile de ce jour, pourrait constituer une invitation à parler de la vigilance. Pourtant, je ne sais pas si je souhaite parler de la vigilance.

En effet, pour parler de la vigilance, il faut désirer attendre quelque chose, et je me demande si nous, catholiques du XXIe siècle, nous attendons quelque chose ? En effet, nous sommes prévoyants, qu’il s’agisse des diocèses, de la Conférence épiscopale, des paroisses, des mouvements ou même des centres de méditation, nous prévoyons, depuis un certain temps, les dates des rencontres de l’année prochaine, les dates des sessions, les dates des événements importants. Tout est bien balisé. Le calendrier liturgique lui-même est balisé et nous savons exactement à quel moment nous fêterons Pâques, à quel moment commencera le Carême ou l’Avent. Mais, est-ce que nous attendons ? Est-ce que nous attendons avec impatience la venue du Fils de l’Homme ? « Bien sûr, » me direz-vous, « j’attends cette venue lorsque je serai mort, à ce moment-là, oui, je serai face à face avec Dieu. » Et nous espérons tous, bien entendu, aller plutôt du côté du ciel que du côté des enfers, afin de faire la rencontre avec Dieu Lui-même.

Pourtant, la vie quotidienne nous invite à penser que nous sommes immortels, et de ce fait même, cette rencontre, nous ne la préparons pas. La mort viendra bien assez tôt ! Ne prévoyons rien. Pourtant, nous savons tous et toutes que nombre de nos contemporains connaissent une mort brutale, que nos familles sont frappées par des décès brutaux qui nous laissent comme abasourdis, comme sidérés, car ni la personne, ni nous-mêmes, n’étions prêts à cet ultime moment auquel, pourtant tous, un jour, nous serons confrontés. Nous sommes un peu comme cette pièce de Ionesco : « Le Roi se meurt ». Le roi a peur de mourir, et quelqu’un lui dit : « Mais, si tu avais pensé à la mort, ne serait-ce qu’une fois par jour durant toute ta vie, tu n’aurais pas aussi peur. Elle ferait partie de ton existence. ». D’ailleurs, les pères du désert, que j’affectionne comme vous le savez, ont l’habitude de dire que la paix intérieure est tout à la fois le fruit de la prière et de la contemplation de la mort. Mais notre société, et parfois même notre Église, évacuent la mort. Dès la célébration des obsèques, nous parlons de la résurrection. Certes, c’est vrai, mais il faut prendre en compte le Vendredi Saint avant de passer au Samedi Saint.

Mais, ce n’est pas de cela que j’aimerai vous parler. Pour être vigilant, il faut attendre, comme ces serviteurs, le retour impromptu du maître de la maison. Le Christ nous l’a dit. Le Christ nous l’annonce ici même : « C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’Homme viendra ». Il peut surgir maintenant, à tout moment, dans cette église, en plein milieu de la messe, avant la messe, après la messe, aujourd’hui ! Est-ce que nous attendons cela avec impatience ? Ou, est-ce que nous avons peur de cela ? Je crains que, malheureusement, souvent, ce soit la deuxième réponse. Pourtant, quand nous disons le Notre Père : « Que ton Règne vienne », est-ce une clause de style ou un cri vers le Seigneur ? Oui, que Ton Règne vienne maintenant parce que ce monde est trop injuste, parce que, dans ce monde, il y a trop de mal et de malheur, parce que, dans ce monde, trop de gens souffrent et meurent injustement. Alors, nous attendons, nous crions à Dieu : « Reviens. Viens établir ton Règne ». Cela devrait être notre supplique, dès le lever du soleil : « Que Ton Règne vienne aujourd’hui, un règne de justice et de paix. ». Mais les films, la culture ambiante ont fait de l’Apocalypse une fin du monde et nous en avons peur.

L’Apocalypse, c’est la fin d’un monde, mais le dévoilement d’un monde nouveau. Un monde où ce sera Notre Seigneur qui régnera, où il n’y aura plus d’attentats, plus de guerres, plus de violences, plus de haine, où les êtres humains, enfin, y compris dans les communautés chrétiennes, ce qui n’est pas peu dire, seront capables de vivre ensemble, d’accepter l’autre, de l’aimer tel qu’il est. Nous le savons, nous en sommes encore loin !

C’est pourquoi cet Évangile d’aujourd’hui ne doit pas rester lettre morte. Quand le Christ reviendra, nous vivrons pleinement, nous serons libérés et comme le dit Maurice Zundel : « Nous serons libérés de nous-mêmes ». Oui, parce que, parfois, notre ego nous torture, nos passions nous emprisonnent. Après sa venue, nous serons vraiment libres. Notre nature, à la fois humaine et divine, sera pleinement révélée. Enfin, nous serons des êtres à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Cet Évangile porte pour moi tout à la fois une espérance infinie, mais il est aussi source d’une petite inquiétude au fond de mon cœur : je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais je reconnais humblement que je ne suis pas toujours prêt à accueillir le Christ. Mon cœur parfois est un petit peu alourdi par un certain nombre de choses. Après m’être mis en colère ou avoir exprimé de l’impatience ou après avoir jugé quelqu’un, je me dis : « Ouf, heureusement Jésus n’est pas revenu au moment où j’étais en colère ! Jésus n’est pas revenu au moment où je jugeais l’autre, où je le critiquais ! Dieu n’aurait pas été content de cela. »

Penser qu’Il peut revenir à chaque instant, constitue pour nous, oserai-je dire, un challenge. Cela nous invite à avoir le cœur pur à tout instant, à avoir sur tout être humain un regard d’amour, à voir en l’autre ce qu’il y a de plus beau : l’image de Dieu, à être des artisans de paix et non pas de discorde, à avoir toujours la bonne parole, parce que, si nous pensons que Dieu reviendra bien plus tard, alors nous nous disons parfois, de manière tout à fait consciente : « Allez, je pèche mais j’irai me confesser, comme cela je serai pardonné et je pourrai recommencer ». Non, Il peut venir à tout moment.

Pour terminer, dans le secret de nos cœurs, demandons au Seigneur d’établir son règne dans celui-ci. J’aime cette prière de Dimitri de Rostov qui disait : « Ouvrez-vous, portes et verrous de mon cœur, afin que le Christ, le Roi de Gloire, puisse entrer ».

J’aimerais que cette prière soit mienne à tout instant et ne jamais l’oublier.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 4 août 2019

18ème dimanche du Temps Ordinaire

La vie chrétienne est naissance

[1ère lecture : Lecture du livre de Qohèleth (Qo 1, 2 ; 2, 21-23) – Psaume (Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens (Col 3, 1-5.9-11) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 12, 13-21)]

Comme d’habitude, la Providence est là, et, aujourd’hui, comme un clin d’œil, elle éclaire par les textes de la liturgie, la fête du Curé d’Ars d’une manière toute particulière. Un prêtre n’est pas un produit fini le jour de son ordination ; c’est un être en devenir mais, finalement, comme chacun d’entre-nous, comme chaque baptisé. La vie chrétienne, qu’elle soit courte ou longue, est une naissance. Nous avons sans cesse à naître à nous-mêmes, à Dieu. Le problème, et l’Antienne de l’Évangile chantée par les sœurs le disait très bien, c’est que nous manquons de vigilance. Manquer de vigilance, c’est, finalement, par exemple, dire tout ce qui nous passe par la tête, ou bien, ne pas chercher de manière rigoureuse à conformer nos pensées, nos paroles et nos actes. C’est un exercice difficile, et les pères du désert appelaient cela : l’art des arts, la science des sciences. Or, aujourd’hui, finalement, vivre en chrétien apparaît peu exigeant.

J’ai été frappé la semaine dernière, alors que j’animai une retraite spirituelle, ici même, de voir que les personnes étaient toutes étonnées que la vie spirituelle soit exigeante. Nous avons plongé dans des textes anciens pour découvrir comment les vivre aujourd’hui et comment ils pouvaient transformer notre quotidien. Nous avons lu l’Évangile, nous l’avons écouté, nous avons célébré l’Eucharistie, et certains, en fin de semaine, m’ont dit, comme catastrophés : « Je suis fatigué ! Cette semaine m’a fatigué ». On dirait que la vie spirituelle, est devenue désormais un un moment de détente, de loisir. C’est surprenant, et je l’ai déjà dit et je le répète : nous passons des années à l’école à apprendre un tas de choses utiles ou inutiles, peu importe. Ensuite, il nous faut des années pour acquérir un savoir professionnel et nous nous y investissons à fond. Alors que la vie spirituelle occupe, finalement, notre temps libre ou nos vacances. Les textes de ce jour, comme un clin d’œil, nous rappellent la primauté de la vie spirituelle dans notre quotidien, et elle me pose, cette liturgie d’aujourd’hui, comme j’espère qu’elle vous posera, un certain nombre de questions.

La première chose, c’est de remettre les choses à leur place. Qu’est-ce qui sera le plus important le jour de notre enterrement, qu’on dise de nous : « C’est formidable ! Il a accumulé une grande richesse. Ses héritiers vont être ravis ! Ils ont des maisons, des biens, de l’or, un bon compte en banque. C’est merveilleux » ? Ou bien, qu’on dise de la personne, comme je l’ai entendu récemment lors d’un enterrement : « C’était une belle personne. C’était un être lumineux qui savait à tout moment trouver la parole qui éclairait comme un soleil ceux et celles qui étaient dans la tristesse » ? Les larmes, alors, seront de la tristesse de ne plus avoir en vis à vis cette personne et non pas les larmes de joie à la perspective de se retrouver chez le notaire…

Malheureusement, notre âme est malade. Il nous faut guérir notre âme, et la vie spirituelle, c’est aussi cela. Saint Paul nous dit dans la Lettre : « Faites mourir en vous la débauche, l’impureté, la passion mauvaise, les désirs mauvais, cette soif de posséder ». Saint Paul ne fait pas la morale, ni la psychologie de gare, il nous rappelle l’essentiel : nous sommes des êtres créés à l’image de Dieu, mais nous sommes tombés malades parce que nous ne sommes pas toujours dans l’axe avec Dieu. Dès lors, nous sommes atteints d’un tas de maladies. Il faut guérir de ces maladies.

Mais alors, me direz-vous, comment guérir ? En unissant deux choses : l’effort et la grâce. D’abord, il nous faut faire un diagnostique : « Oui, je suis malade : je suis coléreux, je suis orgueilleux, je trouve que tous les gens sont nuls, à part moi, je critique constamment ceux et celles qui m’entourent, le monde et sa marche ». Ensuite, il nous faut désirer guérir : « Je désire avoir un cœur pur. Je désire avoir la parole lumineuse. Je désire être un passeur de lumière ». Alors, il faut demander à Dieu la guérison parce que seul Lui guérit. Quand des pères du désert arrivaient à se débarrasser de ce que saint Paul nous désigne comme les impuretés, la passion, les désirs mauvais, la débauche ou autres, ils glorifiaient Dieu dans leur cœur en disant « Dieu agit en moi » ; et c’est pour cela que je trouve aujourd’hui, comme un clin d’œil merveilleux, cette fête du saint Curé d’Ars. Si le Curé d’Ars était une lumière spirituelle, intellectuellement, ce n’était pas sa réputation : il n’était pas docteur en théologie… C’était un homme tout simple qui avait failli ne pas être prêtre. Pourquoi ? Il ne parlait pas assez bien le latin, ne comprenait pas la théologie. Il était renvoyé de tous les séminaires, mais il persévérait. Finalement, il a été ordonné et, très vite, les gens, le peuple chrétien a vu dans cette homme tout simple la lumière de Dieu. Ils ont vu dans ses yeux cette intensité ardente de l’amour de Dieu. Ils ont entendu de ses paroles, et ils ont perçu en lui quelque chose d’extraordinaire. Alors que son évêque, certainement très intelligent et diplômé de théologie, l’avait nommé dans un « trou » pour qu’il ne « sévisse » pas et ne fasse pas de mal aux âmes, les gens se déplaçaient de partout, en foule, pour venir le voir.

Je vais vous lire quelques lignes du Curé d’Ars qui nous rappelle l’essentiel : « Si nous voulons avoir un cœur pur, si nous voulons naître à la vie de Dieu, il faut prier, prier sans cesse. » Et c’est pourquoi, la vie spirituelle n’est pas seulement ce qui doit occuper notre temps libre ou nos vacances. Nous devons prier jour et nuit. Et quand nous ne prions pas la nuit, pensons que dans le monde, d’autres chrétiens à ce moment-là prient pour nous, et qu’il y a une communion des saints et que nous sommes responsables. Ainsi, vous voulez des prêtres exemplaires, et vous avez raison, vous voulez des prêtres lumineux, et vous avez raison, vous voulez des prêtres qui ne chutent jamais, et vous avez raison. Priez pour eux, parce que si vous ne priez pas pour eux, ils ne deviendront pas des saints. Et nous avons besoin de vos prières et de vos larmes dans cette prière. Nous avons besoin de votre cri vers Dieu, parce que sans cela, nous n’avancerons pas. La prière, c’est l’essence de notre moteur. La prière, c’est l’air que nous respirons. La prière, c’est la lumière dont nous avons besoin, et sans prière, notre vie devient obscure.

Le Curé d’Ars le dit bien mieux que moi. Je lui laisse maintenant la parole :
« Voyez, mes enfants : le trésor d’un chrétien n’est pas sur la terre, il est dans le ciel. Eh bien ! Notre pensée doit aller où est notre trésor.
L’homme a une belle fonction, celle de prier et d’aimer. Vous priez, vous aimez : voilà le bonheur de l’homme sur la terre !
La prière n’est autre chose qu’une union avec Dieu. Quand on a le cœur pur et uni à Dieu, on sent en soi un baume, une douceur qui enivre, une lumière qui éblouit. Dans cette union intime, Dieu et l’âme sont comme deux morceaux de cire fondus ensemble ; on ne peut plus les séparer. C’est une chose bien belle que cette union de Dieu avec sa petite créature. C’est un bonheur qu’on ne peut comprendre.
Mes enfants, vous avez un petit cœur, mais la prière l’élargit et le rend capable d’aimer Dieu. La prière est un avant-goût du ciel, un écoulement du paradis. Elle ne nous laisse jamais sans douceur. C’est un miel qui descend dans l’âme et adoucit tout. Les peines se fondent devant une prière bien faite, comme la neige devant le soleil.
On en voit qui se perdent dans la prière comme le poisson dans l’eau, parce qu’ils sont tout au bon Dieu. Dans leur cœur, il n’y a pas d’entre-deux. Oh ! Que j’aime ces âmes généreuses !

Puissions-nous, les uns et les autres, devenir ces âmes généreuses.

Amen

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 28 juillet 2019

17ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 18, 20-32) – Psaume (Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 6-7ab, 7c-8) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens (Col 2, 12-1) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 11, 1-13)]

Après un nouvel épisode caniculaire qui a frappé une grande partie de l’Europe et de nombreux pays dans le monde, épisode aux origines « inconnues », nous respirons. De plus, aujourd’hui, après quelques gouttes de pluie qui ont rafraîchi la nature et nos esprits, il fait beau. Tout est là pour éprouver un sentiment de joie, voire de légèreté.

Pourtant, et je ne vous le cacherai pas, aujourd’hui dans mon cœur, il y a un mélange de tristesse, de colère, un brin de désespérance et, en même temps, un soleil qui se lève. Cet état intérieur n’est pas dû aux rebondissements dignes d’un roman de gare qui frappent actuellement les différents ossuaires du Vatican où les découvertes se succèdent. Il est dû aux déclarations intempestives d’un des plus grands dirigeants de la planète, chrétien, élu démocratiquement. Ce dirigeant, s’en prenant à des élus de sa nation et à certains états, a parlé d’infestation. A travers cela, il voulait parler de la présence de Noirs et de Sud-américains dans ces états.

Certes, ce pays est éloigné, mais nous savons qu’au sein même de l’Europe, actuellement, certains dirigeants tiennent les mêmes discours. Ça y est, j’entends l’esprit de certains d’entre-vous qui pense : « Le père Gourrier fait de la politique. Qu’il nous parle de l’Évangile ! ». C’est une tendance rapide que nous avons dans l’Église : quand des chrétiens se déclarent contre l’avortement, on dit qu’ils sont traditionalistes, voire intégristes, quand des chrétiens s’intéressent au social, on dit qu’ils font de la politique et qu’ils sont « rouges ». Non, mon discours se fonde sur la Bible. Dès le premier chapitre de la Bible, il est dit que Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance et non pas seulement ceux qui sont blancs ou de type arien. Tout homme sur cette terre est créé à l’image de Dieu, appelé à la ressemblance et, tout au long de la Bible, il est dit que l’homme est le sommet de la création, qu’il est aimé de Dieu.

Dieu, tout au long de l’Évangile, par le Christ son fils, vrai Dieu, vrai Homme, nous donne le commandement d’aimer. D’aimer profondément. Il nous demande, comme le disent les psaumes, d’accueillir la veuve, l’étranger, l’orphelin. Discours difficile à tenir dans une société en crise. Mais les chrétiens sont-ils chargés de penser comme tout le monde ? Sûrement pas. Alors oui, en voyant ces déclarations et les réactions qu’elles ont suscitées, j’ai pleuré. Oui, j’ai pleuré car je me suis dit : « Mais, avec la violence de tels propos, la guerre n’est plus très loin ! ». Opposer les hommes les uns contre les autres quand on dirige une nation à la puissance nucléaire, n’est-ce pas jouer avec le feu.

Alors, sommes-nous impuissants ? Ici, nous, petite communauté de moniales, de chrétiens, certains de passage durant l’été, sommes-nous impuissants ? Sûrement pas. Aujourd’hui plus que jamais, je ressens cette célébration comme un appel profond, à vivre la messe avec le cœur. A vivre la messe intensément. A vivre chaque instant comme un cri.

Tout à l’heure, à la fin de l’Oraison, vous répondrez d’une seule voix : « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». C’est là tout le sens de notre présence ici. Nous sommes aujourd’hui en mission, comme tous les dimanches, comme à chaque célébration. Nous sommes ici pour célébrer la gloire de Dieu, ce Dieu Créateur qui a créé le monde et tous les êtres qui s’y trouvent, par amour. Mais, nous sommes ici aussi pour le salut du monde, ne l’oublions jamais.

La participation des chrétiens à la célébration, ce n’est pas seulement : faire les annonces ou la procession d’offrande. Cela, ce sont des gestes visibles. La participation de chacun d’entre-nous à la messe, c’est la prière pour le salut du monde. Et les textes d’aujourd’hui sont un rappel : « Demandez, on vous donnera. Cherchez, vous trouverez. Frappez, on vous ouvrira. ». Dans ces trois courtes phrases, se trouvent réunis à la fois l’effort de l’homme qui demande, qui cherche, qui frappe, et la grâce de Dieu qui se donne, qui se trouve, qui s’ouvre. Effort et grâce sont les deux ailes de notre vie spirituelle. Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons à prier Dieu, à le supplier de sauver le monde, d’envoyer son esprit comme Il nous le dit, comme Il nous le promet, pour que cet Esprit éclaire tous les hommes. Les baptisés, mais aussi les membres de toutes les religions, car l’Esprit Saint, par ses rayons, brille aussi ailleurs comme le déclare le Concile Vatican II. Cet Esprit peut sauver le monde si nous supplions Dieu de sauver le monde.

C’est la vocation des sœurs, qui, tout au long du jour, à des moments réguliers, prient Dieu de sauver le monde. Nous retrouvons là l’esprit de la Première lecture qui nous donne une indication : le monde va mal. Oui, le monde va mal. Comme le disait Nicéphore le Solitaire au VIe, les hommes sont devenus fous, ils prennent le bien pour le mal et le mal pour le bien. Mais, s’il y a dix justes, Dieu sauvera le monde, et nous, chrétiens, sommes chargés d’être ces justes, non pas une heure par semaine ou à chaque célébration, mais à tout instant de notre vie. Tous les jours, à chaque heure, nous devrions comme les cloches sonner vers le ciel et dire à Dieu : « Sauve le monde ! Envoie ton Esprit. ». Que le cœur des hommes souffre, que ce vivre ensemble dont on parle tant dans notre société, dans l’Europe ou dans le monde, ne soit pas un concept mais une réalité. Alors, le Psaume 137 nous éclaire à son tour: « De tout cœur, je te rends grâce, Seigneur. Tu as entendu les paroles de notre bouche. Tu fais grandir en mon âme la force ». Dès lors, tristesse, colère ou désespérance n’ont pas leur place dans notre cœur parce que nous savons que Dieu a déjà sauvé le monde.

Ce que j’ai entendu hier, ce que j’ai vu et qui a fait jaillir de mon cœur les larmes, ne doit pas nous inviter à être soumis mais, au contraire, debout, à être des chrétiens convaincus, des chrétiens brûlants. Annoncer l’Évangile sans amour, c’est être une cymbale qui retentit. Annoncer l’Évangile, la vérité de Dieu, avec amour, alors, c’est être de vrais disciples du Christ.

Cela peut commencer maintenant, dès aujourd’hui. Cela dépend de notre prière.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 21 juillet 2019

16ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 18, 1-10a) – Psaume (Ps 14 (15), 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens (Col 1, 24-28) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 10, 38-42)]

Certains d’entre-vous m’ont carrément dit que je les agaçais lorsque j’en parlais. D’autres, sans me le dire, par des soupirs ou des regards, me l’ont fait comprendre. En ce qui me concerne, je suis un peu comme un fumeur qui, tout en continuant de fumer, annonce qu’il va arrêter, avec le secret espoir que cela arrivera un jour. Mais, de quoi parlons-nous ? De la sainteté.

Encore une fois, parlons de la sainteté, car une vie chrétienne sans désir de sainteté, sans désir de transformation, est une vie tiède et médiocre. Dieu souhaite que nous soyons des ardents. Pour nous aider sur ce chemin de la sainteté, Dieu déroule devant nous un véritable tapis rouge. Le Christ, tout d’abord, Il est l’homme parfait, le modèle, Celui que nous devons, comme le dit saint Paul, imiter afin de devenir comme Lui.

Par le baptême, Dieu nous donne l’Esprit-Saint qui nous mène à la perfection. Vous le voyez, tout est fait pour que nous devenions des saints. Mais, en plus, l’Église nous propose régulièrement des modèles de sainteté. Ainsi, aujourd’hui, nos frères Libanais sont en fête. En effet, ils fêtent aujourd’hui celui qui, à leurs yeux, est l’un des plus grands saints du Liban : saint Charbel Makhlouf. Saint Charbel est si important que l’on trouve son portrait dans la basilique souterraine de Lourdes. Il a vécu au XIXe siècle. Prêtre et moine, il devint au bout d’un certain temps ermite. L’érémitisme, une vocation qui nous paraît désuète, et pourtant le code droit canon de 1983 a remis en avant cette vocation instituant la vocation de prêtres diocésains ermites. Des prêtres diocésains qui, un jour, deux jours, trois jours ou toute la semaine, vivent seuls, non pas repliés sur eux-mêmes, mais dans le silence à l’écoute de Dieu.

L’Évangile de ce jour nous montre un chemin privilégié : entre Marthe et Marie, le Christ n’hésite pas, celle qui a choisi la meilleure part, c’est Marie, car elle est aux pieds du Seigneur en silence et elle prie. Dans ce débat qui secoue l’Église régulièrement et qui semble opposer prière et action, la prière est fondamentale. Nos sœurs, ici même, nous rappellent la devise de saint Benoît : « Ora et labora », « prie et travaille », et non « Labora et ora », « travaille et prie ». La prière est le fondement de la vie chrétienne. La prière est la voie royale vers la sainteté. La prière, c’est ce cœur à cœur avec Dieu où l’on entend réellement sa voix. La prière, c’est ce moment où l’on peut méditer la Parole de Dieu. Aujourd’hui, les textes sont riches. Ainsi, je vous invite à reprendre le psaume 14 qui, à lui-même, est un véritable programme de sainteté : ne pas faire de tort à son frère, ne pas outrager son prochain, mettre un frein à sa langue, prêter son argent sans intérêt, ne rien faire qui nuise à l’innocent. Saint Paul, dans sa lettre, donne un sens à la souffrance. Cette souffrance que nous traversons, car personne n’y échappe, « lui permet », dit-il, « de continuer à accomplir dans sa chair les épreuves du Christ ». Oui, la sainteté est un chemin exaltant, et les saints qui nous sont proposés tous les jours, tout au long de l’année, sont pour nous des modèles

Alors, aujourd’hui, permettez-moi de vous livrer, comme un cadeau, ces quelques paroles de saint Charbel Makhlouf. Je les ai découvertes cette semaine en reprenant un ouvrage qui lui est consacré. Ces paroles sont pour chacun d’entre-nous un chemin. Prenez le temps, si vous le souhaitez de fermer les yeux et « d’ouvrir les oreilles de votre cœur ».

Voilà ce que nous dit saint Charbel :

Votre voyage dans ce monde est un cheminement vers la sainteté. Tous les humains sont dotés de deux oreilles pour entendre, mais peu nombreux sont ceux qui entendent. Parmi ceux qui entendent, peu nombreux sont ceux qui comprennent. Aussi, parmi ceux qui entendent et comprennent, très peu sont ceux qui vivent en conformité avec ce qu’ils ont compris. Écoutez, comprenez et témoignez. Prêtez l’oreille à la voix du Seigneur. Que votre cœur soit tendre et votre esprit libre. Vivez dans la lumière de la vérité que vous saisissez.

Priez pour vous transformer en lumière. Écoutez en priant. Faites que toute votre vie soit prière et service. Si vous servez sans prier, vous vous servez vous-mêmes. Priez en famille. Priez en communauté. Priez en Église. Priez dans votre chambre en intimité avec le Seigneur, vous garderez votre esprit et vous ouvrirez votre raison au mystère de Dieu. Priez en famille, vous garderez votre famille et la mettrez au cœur de la Trinité. Priez en votre communauté, l’Église, vous garderez votre Église et vous rendrez proche le royaume de Dieu. Votre prière personnelle en privé avec le Seigneur vous mettra dans le cœur de Dieu.

Exercez-vous au silence, silence qui écoute, silence qui vit, silence qui est bien loin du calme du néant.

Pratiquez la charité, laissez-vous transformer par la sainteté. Écoutez pour entendre. Croyez et ayez courage pour témoigner. Aimez pour vous sanctifier.

Amen

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 14 juillet 2019

15ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du Deutéronome (Dt 30, 10-14) – Psaume (Ps 18b (19), 8, 9, 10, 11) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens (Col 1, 15-20) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 10, 25-37)]

Comme vous le savez, car je le dis souvent, je crois aux anges. Je crois, que dans notre sommeil, Dieu par l’intermédiaire de ses anges peut nous parler. Ainsi en a-t-il été pour Joseph, pour les rois mages qui, dans un songe, ont entendu la voix de l’ange. Cette voix qui, par son message, a totalement changé leur destinée. Les pères du désert, mes maîtres spirituels, croyaient aussi que Dieu parlait dans les songes. C’est pourquoi, ayant fait cette nuit un songe, je tiens à vous le partager. J’étais, en quelque sorte, dans l’espace comme si je flottais. Une voix me dit : « Il faut monter. Il faut vous élever. Vous en avez les moyens. Vous êtes en train de tout gâcher. Satan est en train de devenir le maître. Il sera trop tard. Il faut vous élever ». Alors, je demandais à cette voix dans mon rêve : « Mais comment s’élever ? », et cette voix me répondit : « En devenant ».

Ce songe m’a marqué, mais en fait il n’a de sens que si on le met en rapport avec la Parole de Dieu, et particulièrement avec la Parole de Dieu aujourd’hui. D’ailleurs, dans la suite de mon rêve, j’étais là devant vous, et j’avais pour mission de vous parler, de vous dire ce message, de vous le communiquer. Ce message s’éclaire notamment par la lecture de saint Paul, Apôtre, aux Colossiens : « Par le Christ, tout a été créé. Il est l’image du Dieu invisible. Il est ce chemin d’élévation ». Je suis toujours triste quand des personnes me disent : « Oh, le Christ, oui, non, je ne m’adresse pas à Lui. Je préfère m’adresser directement à Dieu ». Pourtant, le Christ lui-même dans l’Évangile nous dit : « Qui me voit, voit le Père », et Je suis « le Chemin, la Vérité, la Vie ». Oui, le Christ est l’image du Dieu invisible et nous avons à passer par Lui pour aller vers le Père. Nous avons à passer par Lui pour habiter avec le Père.

Alors, à partir de là, tout s’éclaire, tout devient lumineux. Ainsi, la première lecture, tirée du Livre du Deutéronome, qui nous dit que la Parole a été mise dans nos cœurs. Désormais, avec le Dieu de la Bible, la Parole n’est plus extérieure, elle est intérieure, et nous avons à la mettre en pratique. C’est pourquoi dans mon rêve, l’ange me disait qu’il fallait monter, qu’il fallait nous élever et que nous avions les moyens. Oui, nous le pouvons. Nous pouvons nous élever, non par nos propres moyens, mais avec la grâce de Dieu. Alors oui, choisir de suivre le Christ, c’est choisir la vie parce que le Psaume 18, qui a été lu tout à l’heure, nous dit que « la loi du Seigneur est parfaite », qu’elle « redonne vie », que « les préceptes du Seigneur sont droits », qu’ils « réjouissent le cœur ». C’est la réponse à tant d’hommes et de femmes qui, dans notre société, sont parfois tristes, ne trouvant pas de sens à leur vie. Le Christ nous montre le chemin.

Enfin l’Évangile. Cet Évangile nous invite à devenir parfait, comme Dieu Lui-même est parfait. Pour cela, Dieu nous donne les deux commandements principaux :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même ». Tout est dit. Aimer Dieu profondément, de tout notre être.

C’est avec cela, avec ce commandement, que nous pourrons nous élever. L’amour appelle l’amour. Dieu nous aime et nous appelle à l’aimer. Nous avons à l’aimer librement. Nous avons à aimer, comme Lui, notre prochain comme nous-mêmes.

Cette parabole du Samaritain est extraordinaire. Les Samaritains étaient très mal vus des Juifs, voire détestés. Ils passaient pour des hérétiques. Dans cette parabole, c’est cet hérétique que le Christ choisit pour montrer qui est le prochain et ce qu’est la vraie charité.

Nous aussi, nous avons, aujourd’hui, à aimer ceux qui sont laissés pour compte. A aimer ceux qui sont différents. A aimer ceux qui sont oubliés sur le chemin. A aimer aussi ceux qui ont pu se repentir de ce qu’ils ont fait, parce qu’il n’y a pas d’amour sans pardon. L’amour pardonne tout, l’amour endure tout, l’amour supporte tout. C’est pourquoi de grands criminels peuvent devenir des disciples du Christ. De grands criminels peuvent se convertir et nous n’avons pas à les juger, mais nous avons à ouvrir notre cœur comme le Christ Lui-même l’a fait avec la femme adultère, avec le bon larron sur la croix.

C’est cela être chrétien. C’est cela qui fait du christianisme ce qu’il est fondamentalement. C’est cela qui fait du christianisme une religion, à mes yeux, inégalée, parce que l’amour et le pardon sont en première place.

Alors oui, si nous voulons devenir comme l’ange me le disait, nous avons à devenir comme le Christ. Il est notre modèle, et la messe est ce moment fondamental où nous pouvons devenir comme Dieu. Saint Augustin, lui-même, disait à propos de la Communion : « Devenez ce que vous recevez ». En sortant d’une célébration eucharistique, nous sommes transformés. Alors oui, sachons témoigner de cette joie qui est la nôtre. Sachons donner envie à d’autres de venir nous rejoindre.

Oui, nous le croyons, Tes paroles, Seigneur, sont Esprit, et elles sont Vie.

Tu as les paroles de la Vie Éternelle. Et notre amour répond à ton amour.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 7 juillet 2019

14ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du livre du prophète Isaïe (Is 66, 10-14c) – Psaume (Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates (Ga 6, 14-18) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 10, 1-12.17-20)]

Comme tous les dimanches en lisant les textes que nous propose la liturgie, j’ai l’impression d’être face à un grand jardin contenant de multiples fleurs, avec une consigne : faire le plus beau bouquet possible. Alors, pour faire ce bouquet, j’ai choisi quelques fleurs des textes qui nous sont proposés aujourd’hui. La première fleur, c’est cette phrase de saint Paul dans l’Épître aux Galates : « Ce qui compte, ce n’est pas d’être circoncis ou incirconcis, c’est d’être une création nouvelle ». Je trouve cette phrase extraordinaire : « être une création nouvelle », c’est ce à quoi nous invite Dieu Lui-même à chaque instant. C’est ce à quoi nous sommes appelés à consacrer notre vie, notre vie spirituelle. La vie spirituelle, c’est devenir cette créature nouvelle à laquelle Dieu nous appelle. Pour devenir une créature nouvelle, il nous faut laisser de côté ce qui nous encombre et ne retenir que ce qui nous élève. Le Psaume 65 nous donne une piste pour nous élever : au lieu de critiquer sans cesse, nous sommes appelés à entrer continuellement dans l’action de grâce, à acclamer Dieu, à le glorifier, à chanter pour Lui, à chanter pour son nom, à chanter pour toute sa Création.

Rentrer dans l’action de grâce, c’est adopter une dynamique nouvelle, c’est nous tourner vers le haut, nous tourner vers le ciel. C’est alors être capable de traverser les épreuves de l’existence avec un regard différent, avec une âme différente. Une autre fleur nous est proposée avec le prophète Isaïe qui nous dit : « Alors, vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire ». Nous, Français, sommes prompts à aimer manger, à déguster les bons plats, à faire attention à notre alimentation, avons-nous conscience que Dieu, à chaque instant, nous nourrit par sa Parole, par l’Eucharistie, par toutes ces fêtes que nous sommes appelés à célébrer ? Ce qui nous nourrit fondamentalement, c’est cet amour de Dieu qui imprègne tout. Cet amour de Dieu pour l’homme qui imprègne l’existence, qui imprègne le monde. La vie spirituelle, finalement, ce n’est pas difficile, c’est répondre à l’amour par l’amour.

La question fondamentale que je pose continuellement mais qui est déterminante pour la vie spirituelle : est-ce que nous aimons Dieu ? Est-ce que nous aimons le Christ ? Est-ce que nous passons du temps à Lui dire : « Je t’aime » intérieurement ? Est-ce que, lorsque nous contemplons une image de Lui, nous sommes émus, remués, bouleversés en pensant à tout l’amour qu’Il a pour nous et à cet amour que nous avons à redonner en retour. L’enjeu est capital. Le monde a besoin d’amour. Nous avons besoin d’amour, et personnellement en tant que prêtre, je suis triste de voir que beaucoup d’hommes et de femmes se détournent du christianisme trouvant les chrétiens légalistes, moralistes, culpabilisateurs, prompts à condamner le monde. Le Christ n’a jamais condamné le monde. Il n’est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver. Pourquoi nous, nous jugerions le monde ? Pourquoi nous, est-ce que nous jugerions ceux et celles qui sont autour de nous ? De quel droit ? Dieu Lui-même ne l’a pas fait. Ce n’est pas en culpabilisant quelqu’un, en le jugeant, qu’on l’aidera à s’élever, c’est en l’aimant.

Alors, nous avons, comme ces disciples que le Christ envoie, ces 72, à témoigner de Lui par notre existence, par nos pensées, par nos paroles, par nos actes. Nous avons à rendre compte de cet amour. Je trouve saisissant, et j’accueille comme une nouvelle fleur que le Christ les envoie deux par deux. C’est un signe : nul n’avance dans la vie spirituelle seul. Avancer seul dans la vie spirituelle, c’est se condamner, pour le coup, à l’impasse, c’est pourquoi le Christ les envoie deux par deux. En disant cela, je pense, bien entendu, à l’accompagnement spirituel. Il est capital d‘avoir un ou une accompagnatrice spirituelle. Il est capital de pouvoir le ou la rencontrer régulièrement pour rendre compte de notre vie chrétienne, pour rendre compte de ce qui nous anime, pour rendre compte de nos doutes, pour rendre compte de nos certitudes. L’autre n’aura pas à dire ce que nous avons à faire mais peut-être que, par le renvoi qu’il nous fera de nos propos, il nous permettra d’avancer. Nul n’avance seul dans la vie spirituelle. Le croire, c’est faire preuve d’ego, d’une suffisance absolue. Dieu a besoin de nous, nous avons besoin de Dieu, nous avons besoin de l’autre pour avancer.

A une époque où l’on parle beaucoup de réformes dans l’Église, il me semble que la plus grande réforme doit être une réforme spirituelle et non pas une réforme d’organisation. Redécouvrir le sens de l’accompagnement spirituel, qui n’est en rien psychologique. En psychologie, on cherche à aller moins mal, au niveau spirituel, on cherche à s’élever.

Alors, une dernière fleur nous est proposée, le Christ nous dit que « les démons nous sont soumis en son nom ». Cette phrase peut paraître terrible mais elle est fondamentale. Dans la vie spirituelle, il y a un combat contre le démon, il y a un combat contre le diable. Mais dans ce combat, nous sommes vainqueurs par le nom du Christ. Tout comme ne pas avoir de père spirituel/mère spirituelle, d’Abba ou d’Amma, risque de nous entraîner dans une impasse, ne pas comprendre que nous avons à combattre, nous entraîne dans une impasse. Nous sommes vainqueurs au nom de Jésus.

Pour terminer, permettez-moi de vous rappeler la vénération des pères du désert pour le Nom de Jésus. Lorsque vous êtes tentés de vous mettre en colère, lorsque vous êtes tentés de calomnier, d’être médisant, méchant, de fermer votre cœur, prononcez avec amour : « Jésus », le Nom de Jésus. C’est ce nom de Jésus qui pourra nous rendre vainqueur de la tentation. C’est ce que nous dit le Christ. Alors oui, quand nous perdons face à la tentation, c’est que nous n’avons pas invoqué son nom.

Prenons l’habitude de murmurer le nom de Jésus avec amour. Par son nom, nous serons sauvés.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 30 juin 2019

13ème dimanche du Temps Ordinaire

[1ère lecture : Lecture du premier livre des Rois (1 R 19, 16b.19-21) – Psaume (Ps 15 (16), 1.2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11)- 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates (Ga 5, 1.13-18) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 51-62)]

Je n’aime pas l’expression « Temps Ordinaire ». Ce qui est ordinaire dans notre société, c’est ce qui est quelconque. Or nous le savons, le temps, la vie, constituent des biens précieux. A fortiori, le temps liturgique. Ainsi, en ce mois de juin, comme tous les mois de juin, j’ai été pris de vertige, ayant du mal à assimiler toutes les fêtes qui nous ont été proposées, et à en tirer suffisamment de fruits spirituels. Souvenez-vous : la Trinité, la fête du Corps et du Sang du Christ. Hier, nous étions invités à nous tourner vers saint Pierre et saint Paul. Chacun, certainement, nous avons pensé à tous les prêtres qui allaient être ordonnés ce week-end à travers le monde. Malheureusement, cette année en France ne sera pas une année record.

Mais, ne désespérons pas. Désespérer, ce serait ne pas croire à la Parole de Dieu, Or Dieu peut faire des choses extraordinaires pour chacun d’entre-nous. Ainsi, par exemple, c’est ce qu’Il a fait pour Pierre et pour Paul. Tous deux, comme le Christ nous y invite dans l’Évangile de ce jour, après l’avoir rencontré, ont avancé sans regarder en arrière. Pierre, un brave homme, pécheur de poissons de son métier, plutôt rustre, voit sa vie bouleversée par l’appel du Christ. Il abandonne tout et le suit. Paul, à l’opposé, un intellectuel, un pharisien, un convaincu, qui, lorsqu’il vit les chrétiens émergés, se mit à les persécuter comme une secte dangereuse. Il rencontre le Christ et il est bouleversé. Et sa vie change tellement qu’il donnera sa vie pour le Christ. Mais, que s’est-il passé pour ces deux hommes vers lesquels nous nous sommes tournés hier ? Dieu leur a parlé au cœur, non pas à l’intellect, au cœur, car c’est au cœur que Dieu parle. C’est pourquoi, il y a eu cette semaine une fête à mes yeux fondamentale, la fête du Sacré Cœur de Jésus. Ce Sacré Cœur, ce cœur ouvert de Dieu, ce cœur rempli d’amour qui ne sait faire qu’une seule chose : aimer et se donner.

Cet amour, nous l’implorons dès le début de la messe en nous tournant vers Dieu : « Seigneur, prends pitié ». Mais savons-nous que le mot « pitié » ne signifie pas le fait de s’humilier devant Dieu, devant un supérieur qui aurait pitié d’un inférieur ? En hébreu, le mot « pitié » désigne l’amour profond de Dieu, son amour maternel pour chacun d’entre-nous. Cet amour qui sort de ses entrailles. Quand nous implorons la pitié de Dieu, nous implorons son amour pour qu’Il se donne à chacun d’entre-nous. En réponse, Dieu attend, comme disait Dimitri de Rostov, un mystique, que nous ouvrions notre cœur, que nous puissions enlever tous les verrous qui nous barricadent, parce que, parfois, notre cœur est fermé. Notre cœur devient sec.

Au terme de notre existence, ce ne sont pas les beaux discours qui seront comptabilisés, mais c’est l’ouverture de notre cœur. C’est ce qui fait que nous sommes des humains, que nous sommes des chrétiens et, Pierre et Paul fêtés hier l’avaient bien compris. Ils avaient compris, comme dit Paul dans l’Épître aux Galates de ce jour, que le Christ est venu pour nous libérer. Parfois, il peut nous arriver de devenir aveugles, sourds. Nous ne voyons plus l’essentiel et nous perdons notre temps, alors que l’essentiel tient dans ce cœur à cœur avec Dieu, dans ce cœur à cœur avec ceux et celles qui nous entourent.

Alors oui, je le répète, ne vivons pas notre vie chrétienne de manière ordinaire. Vivons constamment l’extraordinaire au cœur du quotidien et cet extraordinaire viendra de notre cœur. C’est dans notre cœur que se trouve la source de l’amour, parce que cette source prend son origine en Dieu Lui-même.

Tout comme le Christ multiplia les pains à un moment donné de son existence, multiplions l’amour, et cela ne pourra se faire qu’avec un cœur ouvert.

Amen

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 23 juin 2019

Fête du Saint Sacrement

[1ère lecture : Lecture du livre de la Genèse (Gn 14, 18-20) – Psaume (Ps 109 (110), 1, 2, 3, 4) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (1 Co 11, 23-26) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 11b-17)]

Il y a plus de trente ans déjà, mais on ne voit pas le temps passer dans la vie, j’accompagnais un de mes amis archéologue en Égypte. Il était spécialiste de tous les temples qui se trouvent du côté d’Abou Simbel. Un jour, prenant sa jeep, nous sommes partis en plein désert pour contempler une stèle qui a fait couler beaucoup d’encre. Sur cette stèle, on voit le pharaon Akhenaton avec sa femme et ses enfants tendre leurs mains vers un soleil éblouissant diffusant ses rayons. Akhenaton, je vous le rappelle, fut le seul pharaon monothéiste, et le clergé d’Amon, d’ailleurs, ne lui a pas pardonné, puisqu’à sa mort, on a essayé de faire oublier son nom de tous les bâtiments.

Je me souviens de mon émotion face à cette stèle. Pour moi, c’était évident, ce soleil représenté était le Christ, et je me suis demandé comment Akhenaton, pharaon égyptien, avait eu l’intuition de ce qui était, de ce qui allait être. Je vous rappelle que cette image solaire est largement employée dans notre Église pour désigner tout à la fois la Trinité mais aussi le Christ. Ainsi, Grégoire de Nysse nous dit que le soleil lui-même, c’est Dieu le Père, que le Fils, ce sont les rayons, et que la chaleur diffusée, c’est l’Esprit-Saint. Dans nos églises, cette image solaire, reprise d’ailleurs par sainte Thérèse d’Avila, est omniprésente. Tout à l’heure, vous pourrez le constater lors de l’adoration, le Saint-Sacrement est entouré d’un soleil. Sur les vitraux, très souvent, on représente un soleil ainsi que sur la porte des tabernacles. On appelle d’ailleurs dans une église la « Gloire » ce signe énigmatique que nous comprenons mal, nous, chrétiens du troisième millénaire : un triangle entouré d’un soleil, pour signifier la gloire de Dieu.

A chaque fois que je célèbre la messe, je pense à cette image. Ainsi, quand j’élève le corps du Christ, c’est tout à la fois, pour moi, le Christ soulevé de terre et mis sur la croix par amour pour chacun d’entre-nous et, en même temps, paradoxalement, cette croix devient le soleil, le soleil de l’espérance, le soleil de la foi, le soleil de l’amour, le centre de notre vie chrétienne, de notre vie spirituelle. De même, lorsque je soulève la coupe, le Christ au corps ensanglanté qui nous donne la vie et qui nous illumine à jamais.

Nous ne pourrions pas vivre sans la lumière du soleil. Il n’y aurait pas de plantes, il n’y aurait pas de vie, nous n’existerions pas. Ainsi en est-il de l’Eucharistie : un chrétien ne peut pas vivre sans communier au corps et au sang du Christ. Il est bon de rappeler que le Concile Vatican II a enseigné que l’Eucharistie était source et sommet de toute vie chrétienne. Il n’y a pas de vie chrétienne sans Eucharistie et toute vie chrétienne est, à mes yeux, eucharistique, au plus profond d’elle-même.

L’Eucharistie est ce qui nous réunit, le Christ a voulu l’Eucharistie, et c’est ce que nous rapporte le texte de saint Paul aujourd’hui. Texte écrit avant les Evangiles eux-mêmes, vers l’an 55 disent les spécialistes. L’Eucharistie est ce qui nous fait vivre, et c’est pourquoi, vous l’avez remarqué, quand je donne la communion, j’ai choisi une formule que l’on peut tout à fait prendre : « Que le corps du Christ vous garde pour la vie éternelle ». Le corps du Christ est ce pain de la vie présente et de la vie éternelle.

Alors, en tant que prêtre, j’ai le cœur déchiré et meurtri quand je vois que le taux de pratiquants ne cesse de diminuer, et qu’en l’espace de quelques mois en France, trois séminaires ont déjà fermé : Bordeaux, Lille, le séminaire aux Armées. Il nous appartient, à chaque communauté, de donner envie à des jeunes de devenir prêtres, afin qu’ils puissent célébrer l’Eucharistie le plus souvent possible. Nous sommes encore aujourd’hui dans une période de grâce et je suis admiratif de ces prêtres âgés qui continuent, malgré la maladie parfois ou les douleurs, à célébrer l’Eucharistie pour nos communautés. Sans eux, nombre de lieux ne seraient pas irrigués par cette vie divine. Nous avons besoin du corps du Christ, et pour moi, tout groupe chrétien, toute communauté, toute paroisse est eucharistique car son centre, c’est le corps et le sang du Christ qui donne sa vie, la Vie, et son amour.

Mais le pain et le vin que le prêtre consacre, sont respectivement composés d’épis de blé et de grappes. Nous sommes, chacun d’entre-nous, ces grains de blé et ces grains de raisins. Unis ensemble, broyés par le Seigneur, par son amour, nous devenons à notre tour Eucharistie. C’est pourquoi, on a coutume de dire que l’Église est corps du Christ. L’Église n’est pas qu’une réalité constitutionnelle, la considérer ainsi serait une vision laïque. Elle est une communauté spirituelle, mystique, appelée à devenir sainte pour être vraiment corps du Christ. Nous-mêmes, quand nous allons communier tout à l’heure, nous sommes appelés par saint Augustin, qui a le sens de la formule, à « devenir ce que nous recevons ». Nous sommes appelés chacun d’entre-nous à devenir un autre Christ. Dieu se donne. Dieu ne sait que se donner mais Il attend une chose de nous : que nous nous donnions totalement. Son don appelle notre don. Le don de sa vie appelle le don de notre vie.

Alors, certes, nous ne sommes pas tous appelés à devenir religieuses, religieux ou prêtres, mais nous pouvons dans la vie courante, dans la vie quotidienne, être les représentants du corps du Christ. Nous pouvons être, au sein même de notre société, d’autres Christ. Mais, cela exige de nous que nous devenions comme ces vitraux : transparents à la lumière. La moindre médisance, la moindre critique sur l’autre, le moindre jugement, la moindre méchanceté, aussi petite soit-elle, fait que nous ne sommes plus Corps du Christ, que nous ne laissons pas à Dieu sa place. « Être saint » disait Maurice Zundel « ce n’est pas un objectif », c’est une exigence.

La tâche peut nous paraître immense, impossible ! Bien sûr, humainement ça l’est. Mais, elle est possible avec la force de l’Esprit-Saint que nous avons reçue à la Pentecôte.

Alors, dans un instant de silence, demandons au Seigneur de faire de nous d’autres Christ. Demandons-Lui de nous donner la force d’effacer de nous tout ce qui Lui fait ombrage. Alors chacun d’entre-nous, au quotidien, deviendra cette lumière, ce soleil resplendissant.

Alors le texte de l’Evangile sur la multiplication des pains deviendra réalité sensible. Nous serons ces pains multipliés.

Alors d’autres diront : « Mais pourquoi tes yeux brillent-ils ? », et nous pourrons répondre.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 9 juin 2019

Fête de la Pentecôte

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 2, 1-11) – Psaume : (Ps 103 (104), 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34) – 2ème lecture : Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 8, 8-17) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 14, 15-16.23b-26)]

Le pape François, il y a quelques années, invitait les prêtres à ne pas parler plus de dix minutes. Il avait raison, mais combien c’est difficile ! En effet, aujourd’hui, j’ai tant de choses à vous dire, car je suis bouleversé. Bouleversé, comme tous les dimanches, comme à chaque messe. Bouleversé parce que tout à l’heure sur l’autel, Dieu se donne et que nous allons communier à son corps et à son sang. Agathe, aujourd’hui, va communier pour la première fois. Son cœur n’est pas encore habitué et j’espère qu’aucun d’entre-nous n’a ici une âme habituée, et qu’à chaque fois que nous communions, c’est comme si c’était la première fois.

Mais je suis bouleversé aussi car c’est fête de la Pentecôte. En mesurons-nous assez l’importance ? Comme chaque fête chrétienne, elle est pour moi un évènement, une dynamique, un processus.

Un évènement tout d’abord : souvenez-vous, le Christ est mort, injustement crucifié, alors que son message n’était qu’un message d’amour qui cherchait à relever chacun d’entre-nous. Pendant cinquante jours, Il apparaît à ses disciples, à ses apôtres, à beaucoup de personnes, des centaines. Il leur parle, II les enseigne, leur annonce qu’Il va envoyer l’Esprit-Saint. Puis, dimanche dernier, nous avons fêté son Ascension. Il monte vers le ciel et en montant vers le Ciel, Il ouvre, comme un canal, la porte du Ciel pour chacun d’entre-nous. Nous savons désormais que le Ciel n’est pas pour nous une réalité inaccessible, car Dieu a ouvert la porte du Ciel.

On aurait pu s’arrêter là et nous, pauvres terriens, vivre dans cette « vallée de larmes », comme le disent certains chants. Mais Dieu n’a pas voulu cela. Dieu n’oppose pas la terre, vallée de larmes, au Ciel, lieu de la béatitude, et aujourd’hui, Il envoie son Esprit-Saint. L’histoire de l’Église commence aujourd’hui. Remettons-nous dans le contexte de l’époque : le Christ est mort, les chrétiens sont persécutés, les apôtres sont terrorisés. Judas a trahi, Pierre a renié et les autres se cachent ou se sauvent… Terrés dans une maison avec Marie, ils ont peur de subir le même sort que leur maître. Et là, de manière bouleversante, Dieu se donne. Il envoie l’Esprit, la force de Dieu, Dieu Lui-même, et des langues de feu illuminent chacun des apôtres.

Mais en rester à cet événement serait incomplet. Oh, bien sûr, cet événement est capital, car tout commence, les apôtres terrorisés deviennent courageux et ils annoncent l’Évangile chacun comprenant celui-ci dans sa langue. Alors qu’avec la Tour de Babel, les hommes avaient voulu atteindre Dieu sans Dieu, là, Dieu se donne et tout le monde comprend la même langue. L’humanité est désormais réunie, tendue vers le Ciel. C’est un évènement exceptionnel. Un évènement fondateur. Mais c’est aussi une dynamique, parce que l’Esprit-Saint nous mène à la perfection. L’Esprit-Saint, que nous avons reçu au baptême, qui a été reçu dans sa plénitude à la confirmation [Je rappelle que la confirmation n’est pas un sacrement optionnel, la confirmation est la plénitude de l’Esprit-Saint].

Et cet Esprit, c’est lui qui nous mène à la perfection, qui nous mène à la sainteté. Cet Esprit fait que, dans cette église, ce qu’il y a de plus beau, ce qu’il y a de plus exceptionnel, ce qu’il y a de plus merveilleux, c’est chacun d’entre-nous.

Ce ne sont pas ces vitraux, ce n’est pas ce bâtiment, ce ne sont pas les églises, aussi belles soient-elles, ce qu’il y a de plus beau aujourd’hui comme tous les jours, mais nous l’oublions, c’est chacun d’entre-nous. Pourquoi ? Nous sommes le temple de Dieu. Par le baptême, nous avons reçu l’Esprit-Saint, et le père Maurice Zundel disait que chacun d’entre-nous, par le baptême, devient une cathédrale. Dans cette église, chacun d’entre-nous est une cathédrale ; et une cathédrale, on veut qu’elle soit belle, on veut qu’elle soit lumineuse, on veut qu’elle soit accueillante, et c’est là où cette fête de la Pentecôte est un processus intérieur, à vivre chaque jour. Chaque matin, nous devrions nous lever en nous disant : « Aujourd’hui, comment est-ce que j’aménage la cathédrale ? Qu’y a-t’il à faire pour qu’elle soit encore plus belle ? Est-ce que les vitraux sont assez lumineux ? Est-ce qu’ils laissent passer la lumière ? Est-ce que les colonnes sont assez solides pour que notre foi ne vacille pas ? Est-ce que les portes de notre cathédrale sont suffisamment ouvertes pour que les uns et les autres puissent contempler par nos yeux, par nos pensées, par nos paroles et par nos actions, la beauté de Dieu ? »

Chacun d’entre-nous est appelé à devenir un rayon de la beauté divine. Mais nous l’oublions, et nous, chrétiens, parfois, trop souvent, avons une « face de carême », nous ne sourions pas, nos yeux ne brillent pas. On dirait presque, pardonnez-moi, que nous n’avons pas la foi ou que nous ne sommes pas amoureux de Dieu. Les yeux des amoureux brillent, leur cœur est brûlant, ainsi devrait-il en être pour chacun d’entre-nous.

Oh certes, je le sais et je ne l’ignore pas, nos vies traversent le tragique, le tragique de l’existence qui nous frappe de manière impromptue et qui, parfois, nous fait mettre les genoux à terre tant il est violent. Mais, même dans ce tragique, l’Esprit-Saint œuvre en chacun d’entre-nous. Si nous le laissons œuvrer ! Car c’est là ce qu’il y a d’étonnant chez le Dieu des chrétiens : Il ne fait rien sans nous, Lui le Dieu tout-puissant ne peut rien en nous si nous répondons : « Non ». Il ne peut rien en nous, si nous ne voulons pas changer. Si nous avons choisi de vivre tête baissée avec une face de Carême, nous pourrons le faire continuellement. Mais si nous avons choisi de laisser l’Esprit-Saint développer sa force en nous, alors tout est possible.

Tout à l’heure, fort heureusement pour chacun d’entre-nous, la Séquence de la Pentecôte était chantée en latin et, pourtant, il est dit qu’en nous, il y a les sept dons de l’Esprit-Saint. Sept dons qui ne demandent qu’à se développer.

Je vous pose la question : connaissez-vous les sept dons de l’Esprit-Saint ? Pouvez-vous, là, si je parcours les allées, me les donner, tous, les uns après les autres ?

Rassurez-vous, je ne le ferai pas. Mais comment ces dons pourraient-ils se développer en nous si nous ne les connaissons pas ? L’activité de l’après-midi est toute trouvée. Vous avez certainement chez vous un catéchisme ou bien Internet, cherchez les dons de l’Esprit-Saint et interrogez-vous : « Lequel vais-je demander à Dieu de laisser croître en premier en moi ? »

Tout dépend de nous.

10 minutes 40 secondes, j’arrête, sinon le Pape sera fâché.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 2 juin 2019

7ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 7, 55-60) – Psaume : (Ps 96 (97), 1-2b, 6.7c, 9) – 2ème lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 22, 12-14.16-17.20) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 17, 20-26)]

A l’occasion du récent Marathon de Poitiers, je soulignais l’importance de s’entraîner avant une épreuve, et pour nous, chrétiens, de l’importance de lire l’Évangile avant de venir à la messe.

Ainsi, aujourd’hui, je pense que si vous n’avez pas lu l’Évangile avant et si vous ne l’avez pas sous les yeux en ce moment, il est incompréhensible. En effet, c’est certainement l’une des pages les plus difficiles de saint Jean et pourtant l’une des plus fondamentale. Ce qu’il met en avant est bouleversant, et tellement bouleversant que cela paraît incompréhensible. Je cite le Christ lui-même : « Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un ». Ce mot UN est prononcé à plusieurs reprises par le Christ, et il concerne différentes réalités.

La première : l’unité de la Trinité. Nous allons bientôt fêter la fête de la Trinité et nous savons combien il est difficile pour certains de comprendre la Trinité : un seul Dieu en trois personnes. Nos esprits humains ont du mal, et c’est pourquoi les images sont nombreuses pour expliquer la Trinité. Ainsi, au catéchisme, on invite les enfants à imaginer trois cierges dont on confond les trois flammes qui ne deviennent plus qu’une. Il y a trois cierges mais une seule flamme : trois personnes, un seul Dieu. L’image, plus poétique à mes yeux et plus facile à comprendre, que j’emploie souvent est celle utilisée par Grégoire de Nysse : le soleil. Dieu le père, c’est le soleil lui-même. Dieu le fils, ce sont les rayons. Dieu l’Esprit-Saint, c’est la chaleur du soleil. Une seule réalité, trois manifestations.

La deuxième : l’unité du genre humain avec Dieu. Nous avons du mal à la comprendre car depuis toujours, nous ne cessons de séparer l’homme de Dieu : l’homme misérable pécheur qui fait ce qu’il peut, et Dieu qui est amour, si éloigné qu’on le représente sur les tableaux assis sur un nuage avec un visage de grand-père. Nul n’a dit dans la Bible que Dieu avait l’air d’un grand-père avec une grande barbe blanche. Nul n’a dit qu’Il était séparé des hommes. Bien au contraire, avec un mot un peu barbare, la « kénose » les théologiens nous expliquent que Dieu s’est abaissé pour relever le genre humain, saint Irénée écrivant que Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. Nous avons du mal à comprendre, nous, humains, que le Dieu des chrétiens apporte un bouleversement total par rapport à l’idée de Dieu. Dieu ne reste pas séparé de l’homme.

Dieu a voulu l’homme. Dieu a créé l’homme et Dieu souhaite amener l’homme à la perfection, et la perfection, c’est l’unité avec Dieu. Cette unité fondamentale n’en n’ayons pas peur, bien au contraire ! Ne la repoussons pas mais ouvrons nos bras et laissons-nous diviniser par Dieu. Je vous le dis, je le répète très souvent, il y a un geste fondamental du prêtre à la messe, geste qui malheureusement se déroule quand on fait la quête et au moment où l’orgue joue, quand le prêtre verse l’eau dans le vin, il dit : « comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité ». La goutte d’eau, c’est chacun d’entre-nous, le vin, c’est Dieu et Dieu nous appelle à nous unir à Lui. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais je trouve cette perspective bouleversante !

Le Dieu des chrétiens aime tellement l’homme qu’Il souhaite partager avec lui sa divinité. Il ne garde rien. Je lisais, ce matin, le passage d’un mystique qui disait : « Dieu donne tout, mais Il attend tout de nous ».

La troisième qui passe malheureusement inaperçue, y compris dans notre Église. En effet, même dans l’Église nous raisonnons par la dualité. Hier soir, lors d’une messe, j’ai employé ce mot et une jeune fille, visiblement érudite, me dit à la fin de la messe : « Mais, Père, quand vous parlez de dualité, ce n’est pas chrétien, c’est bouddhiste ». En effet les bouddhistes parlent de dualité ou de non-dualité mais nous aussi nous en parlons sans cesse. La réflexion de cette jeune fille m’a paru fort intéressante car elle montre que même dans les jeunes générations, ce que je vais dire n’est pas encore passé dans les cœurs. En effet, même dans l’Église, nous séparons l’homme et la femme, et je me souviens enfant de ces églises du Pays Basque où les hommes étaient, me semble-t-il, en haut et les femmes en bas. Or, il est dit dans la Genèse que Dieu crée l’homme à son image, homme et femme Il les créa. Cette parole est bouleversante, il n’y a plus de dualité, il y a des êtres créés à l’image de Dieu et sur cette terre, tous les êtres humains sont unis par cette non-dualité qui puise sa source dans le fait que chacun d’entre-nous est porteur de l’image de Dieu.

Mais Dieu va plus loin encore pour nous-mêmes, les baptisés. Nous sommes baptisés, nous recevons l’Esprit-Saint dans nos corps, nous devenons le temple de Dieu. La non-dualité est encore plus forte, nous sommes un en Dieu par le baptême. Il y a unité or nous jouons constamment la dualité : hommes-femmes, prêtres-laïcs, prêtres-évêques, évêques entre eux, évêques-pape. La dualité est partout et quand il y a dualité, il y a séparation et donc il y a opposition et conflit. Or, ce texte de Jean nous indique comment sortir du conflit : « Qu’ils soient un, comme nous sommes un. Moi en eux et Toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que Tu m’as envoyé et que Tu les as aimés comme Tu m’as aimé ». Ce qui unit les hommes et les femmes, les prêtres et les laïcs, les évêques et les prêtres, les évêques et le pape – c’est l’amour, parce que l’amour, c’est le ciment de la Trinité. Ce qui fait tenir la Trinité : Père, Fils et Esprit-Saint, c’est l’amour. Et la Trinité ne cherche qu’une seule chose : à nous faire entrer dans cet amour.

Dès lors, il n’y a plus de dualité au sein même de notre Église parce que nous sommes UN. Saint Paul va très loin, il dit : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ.» (Galates 3, 28), nous sommes tous enfants d’un même père. Ainsi, sur cette terre pour nous, il n’y a pas d’étrangers, cela n’a pas de sens de parler des étrangers pour un chrétien, il y a des êtres à l’image de Dieu.

Alors, rêvons quelques minutes que cette idée d’unité du genre humain, d’unité de l’Église entre dans nos cœurs, que de temps serait gagné ! Que de conflits seraient évités ! Que de guerres ne seraient pas menées ! Tout à l’heure, nous allons communier au corps du Christ et je regrette que nous recevions tous des hosties individuelles. Nous avons l’impression de recevoir « notre » hostie. Non. Ce que nous allons recevoir, c’est Le corps du Christ et nous recevons dans cette partie tout le corps du Christ. Dieu se donne entièrement à nous pour que nous nous donnions à Lui.

Alors, prions pour l’unité, l’unité du genre humain. Prions pour l’unité de l’Église.

Prions pour l’unité des chrétiens. Quand nous serons un, alors, réellement, nous serons en Dieu.

Vidéo de l’homélie

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Jeudi 30 mai 2019

Ascension du Seigneur

[1ère lecture : Commencement du livre des Actes des Apôtres (Ac 1, 1-11) – Psaume : (Ps 46 ) – 2ème lecture : Lecture de la lettre aux Hébreux (9, 24-28 ; 10,19-23) – Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 24, 46-53)]

Dès le début de la célébration, à travers l’antienne d’ouverture, nous avons reçu du ciel un avertissement. Cet avertissement avait déjà été lancé aux apôtres par les anges, ces créatures célestes qui, aujourd’hui avec nous, sont ici de manière invisible pour rendre gloire avec nous à notre Dieu. Cet avertissement, souvenez-vous, était : « Mais qu’avez-vous à regarder le ciel ? ». En effet, nous pourrions, aujourd’hui, être spectateurs comme auraient pu l’être les apôtres et regarder vers le ciel, bouche bée, le Christ s’élever. Mais en rester là serait non seulement insuffisant mais non fidèle à l‘esprit de l’Évangile. Pour moi, l’Ascension est tout à la fois un évènement, une dynamique et un processus.

Un évènement. Le Christ s’est incarné. Le fils de Dieu s’est fait homme. Il a habité parmi nous, vécu parmi nous, enseigné parmi nous et son enseignement basé sur l’amour lui a coûté la vie. Injustement jugé, martyrisé, exécuté, Il est ressuscité. Depuis le jour de Pâques, nous lisons de nombreux textes qui nous font part de ses apparitions aux uns et aux autres. Aujourd’hui même, pour la dernière fois, le Christ, présent sur la terre, nous ouvre la voie du ciel. C’est un évènement.

Le Christ monte au ciel pour nous ouvrir le chemin du ciel, et c’est là où cette fête de l’Ascension constitue pour nous une dynamique : Dieu s’est fait homme mais nous appelle, comme le disent tous les pères de l’Église, à partager sa divinité. Il nous appelle à élever notre humanité vers le ciel, vers le divin.

Mais, la fête de l’Ascension est aussi un processus. Un processus spirituel que nous sommes appelés à vivre constamment. Depuis un certain nombre d’années, la tendance est de ne voir dans notre religion que son aspect horizontal, fondamental. Bien entendu, la charité, le souci des plus pauvres font partie intégrantes de l’expression de notre foi. Et nous voyons combien c’est difficile. Ainsi, le pape François a beaucoup de mal à éveiller nos cœurs, à tirer nos larmes devant cette mer Méditerranée devenue un cimetière. A nos portes, dans nos villes, nombreux sont ceux et celles qui souffrent et qui ont besoin de solidarité. Mais si nous, chrétiens, nous ne vivions la charité, la solidarité que dans cette dimension horizontale, nous serions infidèles à ce que nous sommes, car la base de la charité chrétienne, c’est la dimension verticale de notre foi. Comme le dit dans ses sermons paroissiaux, le bienheureux John Henry Newman, nous sommes appelés nous chrétiens à avoir constamment le cœur, l’âme, l’esprit, le corps tournés vers le ciel, tournés vers les réalités d’en-haut, tournés vers ce que nous ne voyons pas encore et qui pourtant s’est pleinement révélé. Henry Newman va très loin, il dit que notre attitude sur la terre dépend de ce regard tourné vers le ciel.

Mais ce processus le vivons-nous réellement ? Combien de fois par jour, tournons-nous notre regard, tout simplement, vers les cieux à dire à Dieu : « Je t’aime, Tu es là, présent, et je tends vers Toi » ?

Notre existence terrestre dépend de ce regard. Grégoire de Nysse dans un magnifique texte sur la Création, nous dit que l’homme a la position debout comme le Christ dans l’Évangile d’aujourd’hui, parce qu’il tend vers le ciel. Notre corps lui-même est en tension entre le fini et l’infini, le terrestre et le céleste, l’humain et le divin. Nous ne sommes pas comme les animaux, nous ne marchons pas à quatre pattes à regarder le sol. Non, nous sommes debout intérieurement ou physiquement, à regarder vers le ciel. C’est de cette attitude que dépend alors notre vie sur terre. Si nous avons le regard tendu vers le ciel, vers cet amour infini de Dieu, nous sommes alors les passeurs du ciel sur cette terre, nous vivons l’amour de l’autre, nous vivons notre vie sur terre entièrement illuminée par cette tension intérieure. Les pères du désert avaient un mot pour désigner cette tension, ils disaient que nous sommes en « épectase ». Non pas en extase, mais en épectase, cette tension entre le terrestre et le céleste, le fini et l’infini, l’humain et le divin.

Mais aujourd’hui, nous, chrétiens, vivons-nous cette tension ou ne pensons-nous finalement qu’à aménager la terre, les yeux baissés sans regarder le ciel ? « L’Église n’est pas une ONG », disait le pape François. Il a raison, on n’a pas besoin d’être chrétien pour être généreux, et l’on peut être généreux sans amour. Nous, chrétiens, notre être-même est ancré dans le ciel, ancré dans ce monde invisible que nous ne voyons pas, ou du moins pas tous, car, pour des êtres comme Newman, le monde invisible était plus présent à ses yeux que le monde visible, et c’est là qu’il puisait sa force.

Je rencontre régulièrement des gens, des chrétiens, épuisés, sans ressource intérieure, parfois sans espoir. Ils sont certes généreux, actifs, faisant plein de choses, mais épuisés. Or, si aujourd’hui les lumières du plafond nous éclairent, c’est qu’elles sont branchées à l’électricité. A qui sommes-nous branchés ? Est-ce que, justement, ce ciel, dans lequel le Christ s’élève aujourd’hui, est le lieu de notre ressourcement ?

Nous ne sommes pas citoyens de cette terre, nous, chrétiens, nous sommes citoyens de la Jérusalem Céleste, dont nous avons à être les témoins.

Alors oui, vous le voyez, ne soyons pas spectateurs de cette fête de l’Ascension. Soyons pleinement acteurs, ancrés dans l’évènement lui-même. Laissons-nous prendre par le Christ dans une dynamique qui tous les jours nous fait monter plus haut et offrons notre vie à ce processus intérieur qui nous fera voir constamment la lumière malgré les épreuves de l’existence. Notre lumière ne dépend pas des circonstances terrestres.

Notre lumière vient du ciel, elle vient de Dieu. Ce ciel est en nous.

Ne l’oublions jamais.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 26 mai 2019

6ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 15, 1-2.22-29)- Psaume : (Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8) – 2ème lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 21, 10-14.22-23) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 14, 23-29)]

Il est toujours important dans la vie spirituelle de s’interroger tout à la fois sur l’objet de son désir et sur la force de son désir. Ainsi, par exemple, pourquoi venons-nous à la messe le dimanche ? Qu’elle est notre attente ? Qu’elle est l’intensité de notre désir ?

Durant la célébration, sommes-nous les spectateurs en partie attentifs ou bien les acteurs de ce qui se joue à chaque célébration ? Aujourd’hui, l’Oraison de départ a donné un sens à notre réflexion, le mot « transformé ». Si nous venons à la messe, c’est parce que nous souhaitons être transformés. C’est parce que nous ne sommes pas satisfaits de ce que nous sommes. C’est parce que nous avons le désir ardent d’être transformé. Par qui ? Par le Christ. Comment ? Par sa Parole et par son Corps et par son Sang.

En fait, chaque célébration est pour nous l’occasion d’un immense bouleversement intérieur, d’une transformation qui devrait être sensible pour tous ceux et celles qui nous entourent. Si nous entrons par la porte de l’Église et si une heure plus tard, nous en sortons à l’identique, c’est que nous n‘avons pas été transformés. Pour être transformé(e), il faut goûter, déguster, s’imprégner de la Parole de Dieu. C’est pourquoi, il est toujours important, comme les sportifs, de se préparer. Aucun sportif ne commence une épreuve en disant : « Ce sera simple, j’ai bien fait de ne pas me préparer ».

Avant la célébration de l’Eucharistie, il devrait en être de même pour chacun d’entre nous : nous préparer à la messe, et ce, de multiples manières. La première, la plus importante, serait de lire avant les textes qui vont être lus afin de ne pas les découvrir au moment de la messe. En lisant les textes à l’avance, nous serons frappés par telle ou telle phrase. Ensuite, durant la célébration, quand nous les écouterons, ce sera peut-être par telle ou telle autre. L’homélie du prêtre quant à elle sera censée nous aider en donnant un éclairage partiel et partial des textes.

Alors aujourd’hui, permettez-moi de vous dire avec quoi je vais faire du miel pour ma journée. Je vais faire du miel d’une parole du Christ qui me bouleverse et à laquelle je ne m’habitue pas : « Si quelqu’un m’aime » dit le Christ, « il gardera ma parole. Mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et chez lui, nous nous ferons une demeure ». Ce « chez lui, nous nous ferons une demeure » me bouleverse. En effet, pendant des siècles, et encore parfois maintenant, des hommes et des femmes se sont prosternés devant des statues de divinités, les vénérant comme des objets extérieurs vers lesquels ils tendaient. Alors que le Dieu chrétien ne dit pas cela. Il ne dit pas : « Venez devant moi me vénérer ». Il dit : « Si quelqu’un m’aime, chez lui, nous nous ferons une demeure ». N’est-ce pas bouleversant de penser que le Dieu chrétien, qui a créé le ciel et la terre, les étoiles, les astres, chacun d’entre-nous, désire faire de nous sa demeure ?

Pardonnez-moi, mais quand je me regarde, je me dis : « Mais, mon pauvre Dieu, tu veux faire de moi ta demeure, mais tu mériterais bien mieux ! Tu mériterais un temple avec des pierres précieuses, de l’or, de l’argent, des soieries merveilleuses, car Tu es Dieu ». Eh bien, non. Le Dieu des chrétiens nous dit, quelle que soit notre faiblesse : « Je souhaite faire de toi ma demeure ». Alors, cette phrase a suscité cette semaine, en moi, un sursaut : « J’accepte », ai-je dit au Seigneur : « Tu veux faire de moi ta demeure, alors il faut m’aider à faire le ménage. Un minimum de ménage pour que cette demeure, que je suis, soit un tout petit peu digne de Toi ».

Ce ménage, nous sommes appelés à le faire continuellement. Un chrétien n’est jamais un produit fini, mais un être en perpétuelle évolution. Faire le ménage, c’est retirer de notre cœur tout ce qui pourrait blesser le Seigneur : nos colères, nos impatiences, nos manques de foi, nos manques de douceur, nos jugements, notre absence de tendresse, notre regard qui parfois est dur, nos mots qui parfois sont tranchants. Nous ne voulons pas que le Seigneur se blesse en faisant de notre cœur sa demeure, alors il nous faut nettoyer, avec son aide, cette demeure, car sans Dieu, nous ne pouvons pas faire le ménage. Nous avons sans cesse à l’invoquer et pour cela nous devons prendre conscience de ce qui pourrait Le blesser. Une fois que nous avons conscience de cela, nous lui demandons ardemment : « Je t’en prie, Seigneur, crée en moi un cœur pur, renouvelle et raffermit au fond de moi mon esprit » comme le dit le Psaume 50.

Oui, Dieu veut faire de nous sa demeure, car Il nous aime passionnément et nous juge digne qu’il en soit ainsi.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 19 mai 2019

5ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 14, 21b-27) – Psaume : (Ps 144 (145), 8-9, 10-11, 12-13ab) – 2ème lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 21, 1-5a) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 13, 31-33a.34-35)]

Nous le savons tous, ici même, et les plus âgés d’entre-nous le savent encore mieux, les mots ont une puissance infinie. Avec un mot, nous pouvons élever quelqu’un, lui redonner confiance, lui montrer qu’il est aimé. De la même manière, avec un mot, nous pouvons détruire quelqu’un, le blesser à jamais, lui laisser des traces pour toute son existence. Mais les mots, il est important de le préciser, ne sont que l’expression visible de nos pensées. Les mots que nous prononçons sont les fruits de nos pensées. Si les mots sont beaux, lumineux, plein d’amour, harmonieux, c’est que nos pensées le sont. Si nos mots sont mauvais, méchants, destructeurs, c’est que nos pensées le sont.

Ainsi, à la manière des pères du désert dont je parle si souvent, nous sommes appelés à travailler sur nos pensées, à les trier comme le faisait Evagre le Pontique, qui voyant ses pensées arriver devant lui leur demandait : « Es-tu de Dieu, es-tu du diable ou es-tu de moi-même ? », ne laissant passer que celles qui venaient de Dieu. Dès lors, son cœur était pur, et comme le dit la béatitude : « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. », Evagre, comme bien d’autres après lui ont vu Dieu. Ils ont vécu ce que l’on appelle un « dévoilement », comme si un voile obscurcissait nos yeux et que d’un seul coup nous voyons Dieu tel qu’Il est. C’est le sens du mot « apocalypse ». Mais ce mot « apocalypse » porte en lui une puissance évocatrice qui parfois peut nous éloigner de Dieu. Marqués par de nombreux films ou séries télévisées, nombreux sont ceux et celles, y compris parmi les catholiques qui pensent que l’Apocalypse marque une destruction, une fin, des souffrances, de la tristesse. Mais le mot « apocalypse » en grec signifie « dévoilement », Dieu se dévoile définitivement, et j’ose espérer que dans notre assemblée aujourd’hui, les uns et les autres, nous avons déjà vécu ces moments d’apocalypse où Dieu se dévoile, où la lumière divine de Notre Seigneur illumine notre cœur et notre âme de l’intérieur. Ces moments où tout paraît clair, où tout paraît évident.

Oui, n’ayons pas peur du mot « apocalypse », au contraire, demandons à Dieu d’ouvrir nos yeux. Jean, dans son texte nous dit : « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, il n’y aura plus deuils, ni cris, ni douleurs ». Oui, c’est ce que nous attendons, c’est ce que nous souhaitons vivre dès maintenant.

Mais, si certains mots ont une puissance évocatrice, d’autres mots ont, eux, souffert d’un mauvais usage. Ainsi en est-il du mot « aimer ». Au fil des siècles, le mot « aimer » a été abîmé au point d’être parfois défiguré. Or, le mot « aimer » est pour nous, chrétiens, un mot extrêmement précieux : Jean, justement, dans sa Première Lettre, nous dit, en définissant Dieu : « Dieu est Amour ». Avons-nous conscience de cela ?

« Dieu est Amour ». Dès lors, le mot « aimer » est extrêmement précieux pour nous, mais nous ne sommes pas appelés, nous, chrétiens, à aimer comme tout le monde, à aimer uniquement de manière naturelle. Nous sommes appelés à aimer de manière surnaturelle. C’est le Christ qui le dit dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Comme je vous ai aimé, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». Nous ne sommes pas, nous, chrétiens, appelé, à nous aimer de manière purement humaine. Je le répète : aimer l’autre, s’il pense comme nous, s’il nous ressemble, est facile. Aimer ceux qui nous aiment est facile. Nous sommes appelés à aimer comme Dieu : « Comme je vous ai aimés ».

Dès lors, le mot « amour » revêt cette puissance surnaturelle dont le Cardinal Newman, bienheureux pour l’instant et certainement prochainement saint, parlait lorsqu’il parlait de l’Invisible. Mais pour aimer comme Dieu, il faut savoir ce que cela signifie. Ainsi, le Cardinal Newman passait les premières heures de sa journée à lire la Parole de Dieu, à s’en imprégner, à la connaître presque par cœur. Elle ne faisait plus qu’un avec lui. Dès lors, à travers les lignes qu’il a pu nous laisser, on se rend compte que le mot « amour » lui est apparu réellement dans toute sa puissance. Dans le monde, dans ce qu’il a de plus négatif, le mot « amour » a pu être défiguré. Mais il l’est aussi dans notre Église, et ce n’est pas moi qui le dit, c’est le pape François qui, dans son magnifique texte sur la sainteté, nous dit que parfois dans l’Église, non seulement nous n’aimons pas, mais nous nous opposons. Il prend ainsi comme exemple l’hystérie collective des réseaux sociaux où l’on lynche les uns et les autres, y compris le Saint Père. Ce n’est pas parce qu’on a des différents avec quelqu’un que l’on ne doit pas l’aimer. L’amour va au-delà des différences et quand, par nos pensées, par nos paroles et par nos actes, nous n’aimons pas comme Dieu, nous nous condamnons nous-mêmes.

Alors oui, demandons au Seigneur, aujourd’hui, de dévoiler notre regard, de retirer même des certitudes qui nous enferment et qui nous rendent aveugles. Demandons-Lui de nous rendre vulnérables, car aimer, c’est être vulnérable. Aimer, c’est risquer d’être blessé, comme le Christ l’a été.

Pour terminer, je m’adresse à vous tous. Dans la vie, à votre avis, que faut-il faire :

« Ne rien faire par peur, ou tout risquer par amour ? »

Cette question s’adresse à chacun d’entre-nous, et c’est à chacun d’entre-nous d’y répondre.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 12 mai 2019

4ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 13, 14.43-52) – Psaume : (Ps 99 (100), 1-2, 3, 5) – 2ème lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 7, 9.14b-17) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 10, 27-30)]

Parler de la vocation est toujours difficile, parce que c’est une histoire personnelle. Ainsi, chacune des sœurs, ici présentes, est devenue religieuse à travers une rencontre personnelle, et aucune n’a rencontré le Christ de la même manière. De même pour moi, de même pour vous. Le Christ appelle, nous l’écoutons ou nous ne l’écoutons pas.

Mais parler de la vocation est particulièrement difficile pour moi en tant que prêtre cette année, et particulièrement cette semaine où le pape François vient de sortir un document extrêmement important parce qu’il sanctionne désormais de manière officielle, prêtres et évêques qui seraient infidèles à leur mission et qui sombreraient dans ce que l’on appelle pudiquement la pédocriminalité. L’Église a enfin pris en compte un phénomène endémique qui frappe tous les pays. Un phénomène qui salit, et le mot est faible, qui pollue le ministère même du prêtre.

Quand Dieu appelle, c’est la lumière qui appelle, c’est l’amour qui appelle, c’est la joie qui appelle. Quand Dieu appelle : prêtres, religieux, religieuses, c’est afin de faire de nous des témoins de cette joie, de cet amour, de cette lumière. Ainsi, même si je crois que des réformes sont importantes au sein même de notre Église, je ne crois pas du tout que ce sont des réformes structurelles ou organisationnelles qui donneront au ministère du prêtre un nouvel éclat. Ce que je trouve le plus important dans une vocation de prêtre, de religieux, de religieuse, c’est que nous puissions être des témoins de l’Invisible et du Surnaturel. Or, aujourd’hui :

  • Dans les séminaires, on nous « bourre » la tête de connaissances, nous passons des diplômes, des examens, sur la Parole de Dieu.

  • Dans les diocèses, on pense qu’il faut former les prêtres à l’animation de réunions, à la gestion de paroisses, à la comptabilité.

Est-ce cela que le monde demande aux prêtres, aux religieux, aux religieuses : que nous soyons de bons gestionnaires temporels ? Je ne le crois pas du tout.

Alors, je fais partie d’un petit noyau qui pense qu’il faut revoir la formation des prêtres et insister justement sur l’Invisible et le Surnaturel. Soyons clair, aujourd’hui, ce qui nous réunit, c’est Jésus-Christ, vrai Dieu, vrai Homme, qui est né il y a deux mille ans, qui a enseigné son message et qui est mort et ressuscité. A priori, aucun d’entre-nous n’a vu de ses yeux humains Jésus-Christ. Mais si nous sommes là, aujourd’hui, c’est que les yeux de notre cœur Le voient ; les yeux de notre cœur, dont parle saint Augustin dans les Confessions, voient le Christ. Nous sentons Sa présence. Nous entendons avec les oreilles de notre cœur son message et, dès lors, nous avons envie de Lui répondre. Nous avons envie de Lui dire à notre tour, comme Pierre dans l’Évangile : « Tu sais bien Seigneur que je T’aime ».

Et l’amour, ça ne s’enseigne pas ! On peut être docteur en théologie et avoir un cœur sec. On peut être docteur en théologie et aimer, bien entendu.

Cette semaine, le Pape s’adressant au clergé de Rome, dont il est l’évêque, insistait sur le fait que le monde n’attend pas de nous des projets pastoraux à moyen, court ou long terme. Il attend de ceux qui ont reçu un appel particulier comme les prêtres, les religieux, les religieuses, Il attend que nous aimions ceux et celles que nous rencontrons. Si nous ne les aimons pas, nous pouvons être de bons gestionnaires, de bons animateurs mais sûrement pas de bons prêtres, ni de saints prêtres, ni de bonnes religieuses – si je puis me permettre – ni de saintes religieuses.

Aimer, c’est le message du Christ dans tout l’Évangile. J’aime à dire que l’Évangile, c’est un manuel d’amour. Le Christ, tout au long de sa vie, nous a enseigné à aimer comme Lui a aimé, et ceux qui reçoivent un appel particulier sont appelés avant tout à témoigner de cet amour, et je mesure tous les jours qu’aimer n’est pas facile. Ainsi le Pape insiste sur le fait qu’il faut aimer les gens qui nous agacent, c’est une bonne école. Et même pour moi, prêtre, il y a des gens qui m’agacent, mais je suis appelé à les aimer quand même, comme le Christ, parce qu’ils agacent « Gourrier », mais ils n’agacent pas le Christ dont « Gourrier » doit être le témoin. Ce que je dis pour « Gourrier » est bien entendu valable pour chacun d’entre-nous…

Nous sommes appelés à être les témoins de plus grand que nous, à faire taire notre ego, à être comme ces vitraux, que j’utilise si souvent dans mes homélies. Ces vitraux passent la lumière, ils ne sont pas source de la lumière. Nous sommes ces vitraux, et le soleil qui les éclaire en ce moment-même, c’est la lumière de Dieu, et le reflet qu’ils donnent dans cette église, c’est le témoignage que nous donnons dans le monde. Alors oui, je pense qu’aujourd’hui, plus que jamais, nous sommes appelés à prier pour que les prêtres, les religieux, les religieuses soient vraiment témoins de cet amour inconditionnel de Dieu.

Quand je vous disais tout à l’heure qu’au Rwanda, dans les séminaires, des séminaristes d’ethnies différentes se sont entre-tués, mais nous sommes dans un non-sens ! Où sommes-nous ? Sommes-nous devenus fous ? Point n’est besoin d’aller au Rwanda, en France même, dans notre Église, les oppositions sont violentes. Je relisais le texte du pape François sur la sainteté qui se plaignait que sur les réseaux catholiques, la méchanceté règne, que la médisance soit dominante et que l’amour en soit absent. Alors oui, je pense qu’il faut une réforme, une réforme profonde, mais pas institutionnelle.

Après deux mille ans de christianisme, qu’avons-nous fait de Dieu ? En sommes-nous des témoins fidèles ou non ?

Maintenant, très humblement, je vous fais une demande à vous qui êtes présents : priez pour les vocations. Non pas une fois par an lors du dimanche du Bon Pasteur, mais tous les jours. Parce que, ne pas prier pour les prêtres, les religieux, les religieuses tous les jours, c’est ne pas croire à la puissance de la prière, et je crois à la puissance de la prière. Ce ne sont pas des écrits humains qui vont changer l’Église, c’est notre prière. Il est de notre devoir de prier.

Alors oui, je vous en supplie, à partir d’aujourd’hui, priez tous les jours pour la sainteté des prêtres, des religieux et des religieuses. En France, où la situation est si dramatique au niveau des vocations, il suffirait d’un saint pour redonner l’énergie à une Église parfois endormie. Prions-nous pour qu’un saint émerge et change la face de la France, fille aînée de l’Église ? Ou alors, faisons-nous partie de ceux qui râlent tout le temps, qui critiquent sans cesse : leur curé, la paroisse, l’évêque, le Pape ?

La critique ne grandit pas, la prière élève et elle transforme. Mais chacun d’entre-nous est libre.

Vidéo de l’homélie

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Dimanche 5 mai 2019

3ème dimanche de Pâques

[1ère lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 5, 27b-32.40b-41) – Psaume : (Ps 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13) – 2ème lecture : Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (Ap 5, 11-14) – Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 21, 1-19)]

Certains d’entre-vous ont peut-être frémi en s’apercevant que j’avais choisi la version longue de l’Évangile de ce jour. J’aurai pu choisir une version courte mais cela n’aurait pas eu de sens à mes yeux. En effet, le point capital, aujourd’hui, de cet évangile, ce sont ces trois questions que Jésus pose à Pierre : « Simon-Pierre, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? ». Mais ces trois questions, ce n’est pas seulement à Pierre qu’Il les pose, Il les pose à chacun d’entre-nous : « Patrice, m’aimes-tu ? Mireille, m’aimes-tu ? Jérôme, m’aimes-tu ? Jacques, m’aimes-tu ? Vianney, m’aimes-tu ? ». Oui, c’est à chacun d’entre-nous qu’aujourd’hui Il pose cette question.

Aimons-nous Jésus ? Sommes-nous capables de dire, du plus profond de notre cœur, à Jésus : « Oui, Seigneur, Tu le sais, je t’aime » ? De cette question dépend non seulement toute notre vie chrétienne mais l’avenir même de l’Église. Face à la crise que nous traversons, dévastatrice, ce n’est pas par des réformes de structures uniquement, même si certaines sont nécessaires, que nous irons vers le Seigneur, mais c’est par l’amour. C’est quand chaque chrétien, chacun d’entre-nous dans cette assemblée, sera capable de dire sans hésiter : « Seigneur, je t’aime ». C’est quand chaque chrétien se lèvera le matin et sera capable de dire au réveil : « Seigneur, je t’aime ».

Mais alors, immédiatement, j’entends chez les uns et les autres des objections. La première : « Mais comment aimer Jésus, je ne le vois pas ? Je suis capable de dire : ‘’ je t’aime ‘’ à mon conjoint, à mes enfants, à mes amis, mais Jésus, je ne le vois pas ! »  Mais alors, lisez ! Lisez la parole de Dieu ! Saint Augustin, ce grand converti, disait dès le IVe siècle : « L’Écriture, la Parole de Dieu, est l’incarnation du Christ ». Nous ne pouvons pas dire : « Je ne connais pas Jésus ». Ou, du moins, nous pouvons le dire si tous les jours nous ne nous nourrissons pas de la Parole de Dieu. C’est pourquoi le pape François a insisté à de multiples reprises : « Ayez toujours un évangile sur vous afin de pouvoir le lire à tout moment ». Lire l’évangile, c’est contempler l’incarnation du Christ à travers sa Parole. C’est se nourrir réellement. Ensuite, à chaque messe, nous assistons à un miracle inimaginable quand le prêtre, tout indigne qu’il est, étend les mains sur l’autel : c’est alors Jésus Lui-même qui descend sur l’autel. C’est Dieu Lui-même qui descend sur l’autel, sous l’espèce de son corps et de son sang.

Je suis prêtre depuis bientôt vingt ans. Je me suis certainement habitué à beaucoup de choses, ce qui est un défaut, mais je ne me suis jamais habitué à la messe. Chaque messe est pour moi un bouleversement. Je suis tellement bouleversé que je me demande parfois si j’arriverai à célébrer jusqu’au bout.

Tous les gestes marquent une intimité du prêtre avec le Christ : embrasser l’autel, embrasser l’Évangile, embrasser la patène, tenir à un moment de la célébration le Corps et le Sang du Christ dans mes mains, j’ai alors l’impression d’être comme Marie qui tenait son fils dans ses bras. Ce sont des moments d’une émotion intense. Ils ne peuvent être intenses que si le prêtre est amoureux de Dieu, et si aujourd’hui, et encore cette semaine, des prêtres ont été infidèles à leur mission, ont trahi leur mission, c’est peut-être parce qu’ils ne sont plus amoureux de Dieu, qu’ils ne sont plus amoureux du Christ.

Quand on est amoureux de quelqu’un, on cherche à lui faire plaisir, on cherche à montrer les plus beaux côtés de son être, à éliminer toutes traces de violence, toutes traces de colère ou d’impatience et à se montrer à cet être dans ce qu’il y a de plus beau en nous, en faisant tout, je le répète, pour lui plaire, dans un couple, dans une famille, avec des amis. Il en est de même avec Dieu. Malheureusement, nous avons déformé le visage de Dieu. Aujourd’hui, nous avons des images perverties de Dieu. Si Coca Cola a fait de saint Nicolas le père Noël que nous connaissons, rouge et blanc, nous, nous avons fait de Dieu un père Noël ! Notre prière est à sens unique : « Seigneur, exauce-moi pour ceci, Seigneur exauce-moi pour cela, je te le demande ». Et, quand Il ne nous exauce pas, alors, nous traversons une crise de foi.

Mais est-ce que nous nous interrogeons le matin et le soir : « Est-ce que ma journée va plaire à Dieu ? Est-ce que mes pensées vont plaire à Dieu ? Est-ce que mes paroles vont plaire à Dieu ? Est-ce que mes actes vont plaire à Dieu ? » Et, en fin de journée, se demander si tout ce que nous avons pensé, tout ce que nous avons dit, tout ce que nous avons fait, plaît à Dieu, alors nous serons sur le vrai chemin. La question n’est pas que Dieu nous plaise mais que notre vie plaise à Dieu. Sinon, c’est une perversion de la vie chrétienne. Malheureusement, nous avons des images perverties de Dieu qui, au fil des siècles, nous ont été proposées : un Dieu juge, un Dieu intolérant, un Dieu qui condamne, un Dieu moralisateur. Mais prenez l’Évangile, lisez-le : l’Incarnation du Christ, Dieu est amour, Dieu ne juge pas, Il pardonne. Mais Il ne pardonne qu’à une condition, c’est qu’on Lui demande pardon. Ce sont nos actes qui nous jugent, et au Jugement Dernier, car il y aura un jugement, si notre vie ne plaît pas à Dieu, nous ne pourrons pas le contempler face à face.

D’autres images perverties de Dieu traînent dans nos esprits : « Plus on souffre, plus on est près de Dieu ». C’est une manière de voir que je respecte, mais si la souffrance était si grandiose aux yeux de Dieu, Il n’aurait jamais guéri un malade, jamais ressuscité des morts, jamais rendu la vue à des aveugles. Il l’a fait.

Alors oui, aujourd’hui, la question fondamentale que nous avons à nous poser, c’est : « Est-ce que j’aime Jésus ? ». Là, aujourd’hui, Il me pose la question : « M’aimes-tu ? ». Qu’est-ce que nous Lui répondons ? Qu’est-ce que vous Lui répondez ?

L’amour est la plus grande des forces. La peur est ce qu’il y a à éviter. Le Cardinal Sara, récemment, déclarait que la peur, actuellement, est le plus grand ennemi de l’Église. La peur renferme, la peur aveugle, la peur rend violent. L’amour ouvre le cœur.

Alors oui, interrogeons-nous : que répondons-nous à Jésus dans le fond de notre cœur, à Lui qui nous dit : « M’aimes-tu ? » ? Sommes-nous capables de Lui dire, en tendant nos mains, en ouvrant notre cœur : « Seigneur, Tu sais bien que je t’aime » ?

De cela dépend notre vie chrétienne et toute notre vie sur terre, ainsi que notre salut éternel.

Vidéo de l’homélie

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